Saint Louis de Gonzague — Le prince mort pour les pestiférés

Il était fils de marquis, héritier d’une des familles les plus puissantes d’Italie du Nord, destiné à commander des armées et gouverner des terres. À dix-sept ans, il renonce à tout. À vingt-trois ans, il meurt en portant un pestiféré sur ses épaules. Louis de Gonzague est l’histoire d’un jeune homme qui a choisi de brûler vite et entièrement.
Un enfant dans un monde de violence
Luigi Gonzaga naît le 9 mars 1568 au château de Castiglione delle Stiviere, entre Brescia et Mantoue. Son père, le marquis Ferrante, est un homme de guerre. La famille Gonzague est l’une des dynasties qui se partagent l’Italie du Nord à coups d’alliances et d’assassinats. L’enfance de Luigi baigne dans la violence politique, les intrigues de cour et le luxe princier.
Ferrante veut faire de son aîné un soldat. À quatre ans, le petit Luigi est habillé en uniforme et emmené dans les camps militaires. Il apprend le maniement des armes. Mais l’enfant est d’un autre bois. Très tôt, il se tourne vers la prière avec une intensité qui inquiète son entourage. À neuf ans, en voyage à Florence, il fait vœu de virginité. Il a neuf ans.
Le combat contre son propre père
La vocation de Luigi se précise : il veut entrer chez les jésuites, l’ordre fondé par Saint Ignace de Loyola une génération plus tôt. Son père refuse avec fureur. Un Gonzague ne se fait pas moine. Le conflit dure quatre ans. Ferrante envoie son fils dans différentes cours d’Italie, espérant que le monde le séduira. Luigi reste inflexible.
En 1585, à dix-sept ans, il renonce officiellement à son titre de marquis en faveur de son frère cadet. L’acte est signé devant notaire, en présence de l’empereur. Ferrante finit par céder. Luigi part pour Rome et entre au noviciat des jésuites.
La vie religieuse ne calme pas son ardeur. Luigi étudie avec acharnement, pratique une austérité que ses supérieurs doivent tempérer — il jeûne trop, prie trop, dort trop peu. Robert Bellarmin, son directeur spirituel (et futur saint lui aussi), lui ordonne de modérer ses mortifications. L’obéissance jésuite le force à accepter un équilibre qu’il n’aurait jamais cherché seul.
Mourir pour les pestiférés de Rome
En 1591, une épidémie de peste ravage Rome. Les hôpitaux débordent, les cadavres s’accumulent dans les rues. Les jésuites organisent des équipes de secours. Luigi se porte volontaire. Il soigne les malades, nettoie les plaies, porte les mourants sur ses épaules jusqu’à l’hôpital. Il sait ce qu’il risque.
En mars 1591, il contracte la maladie. L’agonie dure trois mois. Luigi meurt le 21 juin 1591, à vingt-trois ans. On raconte qu’il a choisi la date de sa mort : après avoir reçu une vision, il aurait annoncé qu’il partirait le jour de l’octave du Corpus Christi. C’est ce qui se produisit.
Benoît XIII le déclare patron de la jeunesse en 1729. Le choix peut surprendre : Louis de Gonzague n’a rien du jeune homme « cool » ou rebelle. Mais son histoire dit quelque chose d’essentiel sur ce que peut être la jeunesse quand elle se donne entièrement. Comme Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, morte elle aussi très jeune, il prouve que la sainteté n’attend pas le grand âge.
Saint Jean Bosco, trois siècles plus tard, le proposera comme modèle à ses jeunes ouvriers de Turin — non pas pour l’austérité, mais pour la détermination. Un prince qui renonce à tout pour servir : dans l’Italie du XIXe siècle comme dans celle du XVIe, le message porte.
Le saviez-vous ?
- Le corps de Louis de Gonzague est conservé dans l’église Saint-Ignace-de-Loyola à Rome, dans une chapelle ornée par le sculpteur Le Gros. Sa tête, cependant, est conservée séparément dans la basilique de Castiglione delle Stiviere, sa ville natale.
- Quand Luigi a renoncé à son titre, son jeune frère Rodolfo est devenu marquis. L’histoire ne fut pas tendre avec lui : impliqué dans des scandales et des crimes, il fut assassiné quelques années plus tard. Le contraste avec Luigi ne pouvait être plus saisissant.
- En 1991, pour le quatrième centenaire de sa mort, Jean-Paul II a publié une lettre aux jeunes du monde entier citant Louis de Gonzague comme exemple de « don total de soi ». Le pape voyait en lui non pas un modèle d’austérité mais un modèle de courage : celui de tenir bon quand toute sa famille, sa culture et son époque tirent dans l’autre sens.