Saint Pie X — Le pape fils de facteur, patron des enfants

Portrait de saint Pie X, pape du début XXe siècle, défenseur de la communion fréquente et des enfants

Le jour de son élection, en 1903, le nouveau pape fond en larmes. Non pas de joie, mais d’accablement. Giuseppe Sarto, fils d’un facteur de village, n’a jamais voulu être pape. Il voulait être curé. Et c’est précisément cet instinct de pasteur de terrain qui fera de lui l’un des réformateurs les plus marquants de l’Église moderne.

De Riese à Rome, un parcours improbable

Giuseppe Melchiorre Sarto naît en 1835 à Riese, un village de Vénétie, dans une famille de dix enfants. Son père est facteur rural, sa mère couturière. L’enfant marche pieds nus jusqu’à l’école, ses souliers noués autour du cou pour ne pas les user. Ordonné prêtre en 1858, il passe neuf ans comme curé de campagne à Tombolo, puis à Salzano. Ces années de ministère paroissial le marqueront pour toujours.

La suite est une ascension que personne — lui le premier — n’avait prévue : chanoine, évêque de Mantoue, patriarche de Venise, et finalement pape en 1903, sous le nom de Pie X. Sa devise résume son programme : « Instaurare omnia in Christo » — tout restaurer dans le Christ.

La révolution de la première communion

La décision la plus célèbre de Pie X touche directement les familles. En 1910, par le décret Quam Singulari, il abaisse l’âge de la première communion à sept ans, « l’âge de raison ». Avant lui, dans la plupart des diocèses, les enfants devaient attendre douze ou treize ans. Pour Saint Jean Bosco, l’éducateur des jeunes, cette mesure aurait été une évidence. Pie X, lui, doit affronter la résistance de prélats qui jugent les enfants trop jeunes pour comprendre l’eucharistie. Il répond simplement : « Ce n’est pas à l’enfant de se hausser jusqu’au sacrement, c’est au sacrement de descendre jusqu’à l’enfant. »

Il encourage aussi la communion fréquente, voire quotidienne, pour tous les fidèles — une pratique qui était tombée en désuétude.

Le réformateur infatigable

Pie X entreprend une réforme massive de l’Église. Il restructure la Curie romaine, lance la codification du droit canonique — un travail titanesque achevé après sa mort — et réforme la musique liturgique en redonnant sa place au chant grégorien. Saint Charles Borromée, le grand réformateur du XVIe siècle, avait fait de même à Milan. Pie X applique cette même rigueur à l’échelle de l’Église universelle.

Son combat le plus controversé reste la lutte contre le modernisme, qu’il qualifie de « synthèse de toutes les hérésies » dans l’encyclique Pascendi (1907). Cette position, sévère pour l’époque, continue de diviser les historiens. Saint Grégoire le Grand, en son temps, avait lui aussi dû arbitrer entre tradition et adaptation.

« Je suis né pauvre, j’ai vécu pauvre, je veux mourir pauvre »

Pie X meurt le 20 août 1914, quelques semaines après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, dont il avait pressenti l’horreur. On raconte que la déclaration de guerre a accéléré sa fin. Son testament est d’une sobriété totale : pas de fortune personnelle, pas de biens à léguer. Canonisé en 1954 par Pie XII, il reste le dernier pape canonisé avant Jean XXIII et Jean-Paul II.

Le saviez-vous ?

  • Le pape aux pieds nus. Enfant, Giuseppe Sarto marchait quatre kilomètres pieds nus pour aller à l’école, portant ses chaussures autour du cou pour les préserver. Devenu pape, il conserva cette simplicité : il refusait les appartements luxueux et continuait à repriser lui-même ses soutanes.

  • Il a refusé le népotisme. Contrairement à la tradition, Pie X n’a accordé aucun privilège à sa famille. Ses sœurs sont restées dans leur village, vivant modestement. Quand l’une d’elles vint le visiter au Vatican, il lui dit : « Tu vois, je suis prisonnier ici. »

  • Le veto impérial. Lors du conclave de 1903, le cardinal Puzyna de Cracovie transmit un veto de l’empereur François-Joseph d’Autriche contre le cardinal Rampolla, le favori. Sarto fut élu à la place. Son premier acte comme pape fut d’abolir définitivement ce droit de veto des puissances séculières sur l’élection pontificale.