Saint Pio de Pietrelcina — Le capucin aux stigmates du XXe siècle

Le 20 septembre 1918, un jeune moine capucin est retrouvé inconscient devant un crucifix, les mains et les pieds percés de plaies sanglantes. Il gardera ces stigmates pendant exactement cinquante ans, jusqu’au jour de sa mort. Entre-temps, des millions de personnes viendront voir cet homme que personne n’arrive tout à fait à expliquer.
Un enfant déjà ailleurs
Francesco Forgione naît le 25 mai 1887 à Pietrelcina, un village pauvre du sud de l’Italie. La famille est modeste — le père partira deux fois en Amérique pour gagner de quoi vivre. L’enfant est pieux, maladif, sujet à des visions que sa mère prend d’abord pour de la fièvre. À quinze ans, il entre chez les capucins et prend le nom de Frère Pio.
Sa santé ne cesse de se dégrader. Les médecins mesurent des fièvres dépassant les 48 degrés, sans explication physiologique. Ses supérieurs l’envoient dans différents couvents. En 1916, il atterrit à San Giovanni Rotondo, un bourg isolé sur le promontoire du Gargano, dans les Pouilles. Il ne le quittera plus.
Cinquante ans de stigmates
Le 20 septembre 1918, Padre Pio reçoit les stigmates. Les plaies sont visibles, ouvertes, permanentes. Elles saignent abondamment — on estime qu’il perdait près d’une tasse de sang par jour. Les médecins dépêchés par le Vatican examinent, mesurent, photographient. Aucun diagnostic ne tient. Les plaies ne s’infectent jamais et dégagent, selon les témoins, un parfum de fleurs.
Comme Saint François d’Assise, premier stigmatisé connu de l’histoire, Padre Pio porte dans sa chair des marques qui défient la médecine. Mais là où François les a portées deux ans, Pio les gardera cinquante. Il célèbre la messe les mains enveloppées de mitaines, et ses célébrations durent parfois plusieurs heures, entrecoupées de larmes et d’extases.
Le Vatican, inquiet de l’enthousiasme populaire, lui impose des restrictions sévères entre 1923 et 1933 : interdiction de célébrer en public, de correspondre, de confesser. Padre Pio obéit sans protester. Quand les restrictions sont levées, les foules reviennent immédiatement.
Le bâtisseur et le confesseur
Padre Pio n’est pas qu’un mystique. En 1956, il inaugure la Casa Sollievo della Sofferenza, un hôpital moderne de 350 lits financé par les dons des fidèles du monde entier. L’ancien petit couvent du Gargano devient un centre hospitalier de premier plan. L’homme aux stigmates est aussi un pragmatique qui sait lever des fonds et gérer des chantiers.
Mais c’est au confessionnal que Padre Pio marque le plus les esprits. On lui attribue le don de lire dans les âmes : il interpelle des pénitents sur des péchés qu’ils n’ont pas confessés, refuse l’absolution à ceux qu’il juge insincères, console ceux qui arrivent brisés. Des files d’attente de plusieurs jours se forment devant son confessionnal. Comme Sainte Rita de Cascia, il attire ceux que la vie a malmenés.
Padre Pio meurt le 23 septembre 1968. Ses stigmates disparaissent quelques heures avant sa mort, sans laisser de cicatrice. Il est canonisé par Jean-Paul II en 2002. Aujourd’hui, San Giovanni Rotondo est le deuxième lieu de pèlerinage le plus visité d’Italie après le Vatican, avec huit millions de visiteurs par an.
Le saviez-vous ?
- Padre Pio aurait eu le don de bilocation — la capacité d’être présent en deux endroits simultanément. Plusieurs témoignages, dont celui d’un archevêque, rapportent l’avoir vu apparaître à des centaines de kilomètres du Gargano alors qu’il n’avait pas quitté son couvent.
- Pendant la Seconde Guerre mondiale, les pilotes alliés auraient tenté de bombarder San Giovanni Rotondo. Selon le témoignage de plusieurs aviateurs, une silhouette de moine serait apparue dans le ciel, les forçant à dévier. L’anecdote, invérifiable, est racontée avec conviction dans la région.
- Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, morte en 1897, était la sainte préférée de Padre Pio. Il affirmait que la « petite Thérèse » lui rendait visite régulièrement et l’appelait « ma grande sœur ». Deux mystiques que tout sépare en apparence — la carmélite discrète et le capucin spectaculaire — mais que la même soif spirituelle réunit.