Sainte Faustine Kowalska — L'apôtre de la Miséricorde Divine

Cracovie, 22 février 1931. Une jeune religieuse de vingt-cinq ans, dans sa cellule du couvent de Płock, voit apparaître le Christ vêtu de blanc. De sa poitrine jaillissent deux rayons — l’un rouge, l’autre pâle. Il lui dit : « Peins une image selon le modèle que tu vois, avec l’inscription : Jésus, j’ai confiance en Toi. » Hélène Kowalska — en religion sœur Marie-Faustine — ne sait pas peindre, à peine écrire. Mais de cette vision sortira l’une des dévotions les plus répandues du XXe siècle.
La troisième de dix enfants
Hélène naît le 25 août 1905 à Głogowiec, un village pauvre de Pologne centrale. Troisième d’une famille de dix enfants, elle ne fréquente l’école que trois ans. À seize ans, elle part travailler comme domestique à Łódź pour aider ses parents. Elle veut entrer au couvent, mais on la refuse partout — trop pauvre, pas assez instruite. Il faut une année de travail supplémentaire comme servante pour réunir le trousseau exigé par la congrégation des Sœurs de Notre-Dame de la Miséricorde.
Elle entre finalement au couvent en 1925. Elle y sera cuisinière, jardinière, portière. Personne ne remarque cette petite sœur effacée. Pourtant, dans son journal intime, elle consigne des expériences mystiques d’une intensité extraordinaire.
Le Petit Journal — un best-seller inattendu
Sur ordre de son confesseur, Faustine rédige entre 1934 et 1938 un journal spirituel de plus de six cents pages. Le texte est écrit dans un polonais simple, parfois maladroit, avec des fautes d’orthographe. Mais sa puissance est telle qu’il deviendra l’un des ouvrages spirituels les plus traduits au monde — disponible aujourd’hui en plus de vingt langues.
Elle y décrit ses dialogues avec le Christ, qui lui demande de diffuser le message de la Miséricorde Divine. Le cœur de ce message tient en une phrase : « Plus le pécheur est misérable, plus il a droit à ma miséricorde. » Une théologie qui rappelle celle de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et sa « petite voie » de confiance — comme si le XXe siècle avait eu besoin qu’on lui répète, par des voix différentes, que la porte reste ouverte.
Trente-trois ans, et l’éternité
Faustine meurt de tuberculose le 5 octobre 1938, à trente-trois ans — le même âge que le Christ. La Pologne est à un an de l’invasion nazie. Le message de miséricorde qu’elle a porté va traverser la nuit la plus sombre de l’Europe.
Après la guerre, la dévotion se répand malgré une période de suspension par le Vatican (1959-1978), due à des traductions défectueuses du journal. C’est un archevêque de Cracovie nommé Karol Wojtyła qui rouvre l’enquête. Devenu pape sous le nom de Jean-Paul II, il béatifie Faustine en 1993 puis la canonise le 30 avril 2000 — faisant d’elle le premier saint canonisé du IIIe millénaire. Le même jour, il institue le Dimanche de la Miséricorde Divine dans toute l’Église.
Aujourd’hui, l’image peinte selon la vision de Faustine est accrochée dans des millions de foyers, d’églises et de chapelles à travers le monde. Le sanctuaire de Łagiewniki, à Cracovie, accueille deux millions de pèlerins par an. L’intuition de Saint Padre Pio, qui disait que le monde avait besoin de miséricorde plus que de justice, trouve chez Faustine son écho le plus lumineux.
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Le saviez-vous ?
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Faustine a été refusée par plusieurs congrégations religieuses avant d’être acceptée. Le motif récurrent : elle était trop pauvre pour fournir le trousseau. La future sainte du millénaire a dû travailler un an comme bonne à tout faire pour se payer son entrée au couvent.
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Le tableau original de la Miséricorde Divine, peint en 1934 par Eugeniusz Kazimirowski sous les indications de Faustine, ne plaisait pas à la sainte. « Qui peindra Dieu aussi beau qu’Il est ? », aurait-elle soupiré en voyant le résultat. C’est une version ultérieure, peinte par Adolf Hyła en 1943, qui est devenue l’image la plus connue.
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Jean-Paul II est mort le 2 avril 2005, veille du Dimanche de la Miséricorde — la fête qu’il avait lui-même instituée pour Faustine. Beaucoup y ont vu un signe. Le lien entre le pape polonais et la petite religieuse de Cracovie aura marqué l’histoire de l’Église du début à la fin de son pontificat.