Sainte Marie-Hermine de Jésus — La martyre de Chine

Portrait de sainte Marie-Hermine de Jésus, martyre franciscaine en Chine, 1900

Été 1900. La Chine s’embrase. Les Boxers, ces miliciens nationalistes qui veulent expulser tous les étrangers, massacrent missionnaires et chrétiens chinois par milliers. À Taiyuan, dans la province du Shanxi, une jeune religieuse française de trente-quatre ans refuse de fuir. Elle s’appelle Irma Grivot, en religion Marie-Hermine de Jésus, et elle a choisi de rester auprès de ceux qu’elle est venue servir. Ce choix lui coûtera la vie.

D’Auvergne en Chine

Irma Grivot naît le 28 avril 1866 à Beaune, en Côte-d’Or, dans une famille modeste de la Bourgogne. Très jeune, elle sent l’appel de la vie religieuse et entre chez les Filles de la Charité, cette congrégation fondée par Vincent de Paul et Louise de Marillac au XVIIe siècle. Ces religieuses en cornette blanche sont présentes partout où il y a des pauvres à servir, des malades à soigner, des enfants à éduquer.

Irma prend le nom de Marie-Hermine de Jésus et demande les missions lointaines. En 1898, elle est envoyée en Chine, dans la province du Shanxi. Elle découvre un pays immense, une culture millénaire et une mission difficile : gérer un orphelinat et une école pour les enfants les plus pauvres de la région. Elle s’y consacre avec un dévouement total, apprenant les rudiments du chinois, s’adaptant à une vie austère dans un pays dont elle ne maîtrise pas les codes.

La tempête des Boxers

Depuis la fin du XIXe siècle, un mouvement nationaliste et xénophobe se développe en Chine : les Yihetuan, que les Occidentaux appellent les « Boxers » en raison de leurs pratiques d’arts martiaux rituels. Ils accusent les étrangers — et les chrétiens chinois — de tous les maux du pays. En 1900, avec le soutien tacite de l’impératrice douairière Cixi, ils passent à l’action.

Dans le Shanxi, le gouverneur Yuxian est un partisan féroce des Boxers. Il ordonne l’arrestation de tous les missionnaires et chrétiens de la province. Le 9 juillet 1900, Marie-Hermine de Jésus est arrêtée avec plusieurs autres Filles de la Charité et des missionnaires lazaristes. Ils sont conduits devant le gouverneur, qui leur offre une dernière chance : abjurer la foi chrétienne et vivre, ou mourir.

Marie-Hermine refuse. Elle est exécutée avec ses compagnes et de nombreux chrétiens chinois. Au total, la révolte des Boxers fera plus de trente mille victimes chrétiennes en Chine, dont des centaines de missionnaires européens.

De Beaune à la sainteté

Le sacrifice de Marie-Hermine de Jésus et de ses compagnons ne sera pas oublie. En 1955, le pape Pie XII béatifie un groupe de martyrs de Chine. Puis le 1er octobre 2000, en la fête de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus — patronne des missions –, le pape Jean-Paul II canonise cent vingt martyrs de Chine, dont Marie-Hermine de Jésus.

Cette canonisation collective suscite une polémique diplomatique avec la Chine populaire, qui y voit une provocation. Mais l’Église tient bon : ces hommes et ces femmes, Occidentaux et Chinois mêlés, sont morts pour leur foi, pas pour la politique coloniale.

Marie-Hermine de Jésus incarne le visage le plus radical de la vocation missionnaire : celui de la femme qui part au bout du monde servir les pauvres et qui accepte d’y mourir. Comme Sainte Jeanne d’Arc, elle illustre cette force paradoxale de la fragilité consentie face à la violence.

Le saviez-vous ?

  • Les cent vingt martyrs de Chine canonisés en 2000 comprennent quatre-vingt-sept chrétiens chinois et trente-trois missionnaires européens. L’Église a tenu à honorer ensemble les martyrs de toutes origines.
  • La révolte des Boxers de 1900 est l’une des plus grandes persécutions antichrétiennes de l’histoire moderne, avec plus de trente mille victimes en quelques mois.
  • Les Filles de la Charité, la congrégation de Marie-Hermine, comptaient au début du XXe siècle plus de quarante mille religieuses réparties sur tous les continents, ce qui en faisait la plus grande congrégation féminine du monde.

Voir aussi

Dans la même tradition :Saint Aristide — Le philosophe athénien qui plaida pour le ChristSaint Barnabé — Le fils de l’encouragement qui lança la missionSaint Barthélemy — L’apôtre sans ruse, écorché pour sa foi