Sainte Rose-Philippine Duchesne — L'évangélisatrice du Missouri

Portrait de sainte Rose-Philippine Duchesne, missionnaire en Amérique, XIXe siècle

En 1818, une religieuse française de quarante-neuf ans embarque sur un navire à Bordeaux, direction la Louisiane. Elle ne parle pas un mot d’anglais. Elle ne sait rien de l’Amérique. Elle a derrière elle vingt ans de vie religieuse et une révolution qui a failli la tuer. Devant elle : les forêts du Missouri, les villages potawatomis et une mission qui durera trente-quatre ans.

Survivre à la Révolution

Rose-Philippine Duchesne naît à Grenoble le 29 août 1769 — l’année même de la naissance de Napoléon. Fille d’un avocat au Parlement du Dauphiné, elle grandit dans l’aisance et la piété. À dix-neuf ans, contre l’avis de son père, elle entre au monastère de la Visitation de Sainte-Marie-d’en-Haut, au-dessus de Grenoble.

Puis la Révolution balaie tout. En 1792, les religieuses sont expulsées. Philippine rentre chez elle. Pendant dix ans, elle vit dans l’incertitude, soigne les malades, cache des prêtres réfractaires, tente même de racheter son ancien couvent pour y refonder une communauté. L’échec est cuisant. Mais cette décennie de chaos forge en elle une résistance et une adaptabilité qui seront ses meilleures armes en Amérique.

En 1804, elle rencontre Madeleine-Sophie Barat, fondatrice de la Société du Sacré-Cœur, et entre dans cette nouvelle congrégation. Son rêve missionnaire, nourri depuis l’enfance par les récits des jésuites en Nouvelle-France, ne l’a jamais quittée.

Le Missouri, terre de mission

Le 29 août 1818 — jour de ses quarante-neuf ans —, Philippine arrive à Saint-Louis, Missouri, avec quatre compagnes. Le choc est rude. Rien ne l’a préparée à la rudesse de la frontière américaine : le froid, l’isolement, la pauvreté, la méfiance des colons. Elle ouvre une première école à Saint-Charles, dans une cabane en rondins. Les élèves sont peu nombreuses. L’argent manque. Elle tombe malade.

Mais Philippine s’accroche avec une ténacité qui force l’admiration. En quelques années, elle fonde six maisons du Sacré-Cœur dans la vallée du Mississippi. Elle ouvre des écoles gratuites pour les filles pauvres, des pensionnats, des orphelinats. Comme Saint Jean Bosco le fera en Italie une génération plus tard, elle croit que l’éducation est le meilleur chemin vers la dignité.

« La femme qui prie toujours »

À soixante-douze ans, Philippine réalise enfin le rêve de sa vie : partir chez les Potawatomis. En 1841, elle s’installe à Sugar Creek, au Kansas, dans un village amérindien. Trop âgée pour apprendre leur langue, trop affaiblie pour enseigner, elle prie. Du matin au soir, immobile. Les Potawatomis l’observent, intrigués, puis la baptisent « Quah-kah-ka-num-ad » — « la femme qui prie toujours ».

Ce surnom est peut-être le plus beau titre qu’on lui ait donné. Il dit l’essentiel : au bout de toutes les aventures, de toutes les fondations, de tous les échecs, il reste une femme à genoux. Philippine meurt le 18 novembre 1852 à Saint-Charles, Missouri. Elle est canonisée par Jean-Paul II en 1988.

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Le saviez-vous ?

  • Rose-Philippine Duchesne traversa l’Atlantique à une époque où la traversée durait plus de deux mois. Son journal de bord décrit les tempêtes, le mal de mer, les rations avariées — et sa joie inébranlable à l’idée de rejoindre « les sauvages », comme on disait alors.

  • Le monastère de Sainte-Marie-d’en-Haut à Grenoble, où Philippine fit ses premiers vœux, abrite aujourd’hui le Musée dauphinois. On peut y visiter la chapelle où elle pria avant la Révolution.

  • Les Potawatomis qui la nommèrent « la femme qui prie toujours » reconnurent en elle une forme de sainteté proche de leurs propres traditions spirituelles, où la contemplation silencieuse et l’immobilité rituelle avaient une signification profonde. Cette rencontre entre deux spiritualités reste l’un des épisodes les plus émouvants de l’évangélisation du Nouveau Monde.