Sainte Salomé la Myrophore : la femme au tombeau du Christ

Dimanche de Pâques, à l’aube. Trois femmes marchent vers un tombeau, les bras chargés d’aromates et de myrrhe. Elles viennent embaumer un corps. Elles trouveront un tombeau vide. Parmi ces femmes, il y a Salomé — la mère de deux apôtres, la disciple fidèle, celle qui fut là au début et à la fin. Son histoire est l’une des plus méconnues des Évangiles, et pourtant elle se trouvait au cœur même de l’événement fondateur du christianisme.
Une mère au cœur de l’aventure
Salomé apparaît dans l’Évangile de Marc comme l’une des femmes qui suivaient Jésus en Galilée et le servaient. Elle est généralement identifiée comme l’épouse de Zébédée, pêcheur du lac de Tibériade, et la mère de deux apôtres parmi les plus proches de Jésus : Jacques le Majeur et Jean, le « disciple bien-aimé ».
C’est une femme de caractère. L’Évangile de Matthieu rapporte un épisode révélateur : Salomé s’approche de Jésus et lui demande que ses deux fils siègent à sa droite et à sa gauche dans son Royaume. Jésus lui répond avec douceur mais fermeté : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. » La mère ambitieuse reçoit une leçon d’humilité qui résonne à travers les siècles. Elle voulait des places d’honneur ; elle obtiendra la coupe de la souffrance.
Car Jacques sera le premier des apôtres à mourir martyr, décapité par Hérode Agrippa vers 44. Et Jean, s’il vit longtemps, connaîtra l’exil à Patmos. Salomé, cette mère qui rêvait de gloire pour ses fils, les verra devenir des témoins jusqu’au sang.
Au pied de la croix
L’Évangile de Marc nous dit que Salomé faisait partie des femmes qui assistèrent à la crucifixion de Jésus, « regardant de loin ». Tandis que la plupart des disciples masculins avaient fui, les femmes sont restées. Ce détail, souvent relevé par les commentateurs, en dit long sur le courage de ces femmes dans une société où leur témoignage n’avait aucune valeur juridique.
Salomé est là, au pied de la croix, avec Marie, la mère de Jésus et Marie-Madeleine. Trois femmes debout face à l’horreur. Trois témoins d’un événement que les hommes n’ont pas eu le courage de regarder en face.
La porteuse de myrrhe
C’est le titre de « myrophore » — porteuse de myrrhe — qui définit le mieux Salomé dans la tradition chrétienne. Au matin de Pâques, elle fait partie des femmes qui se rendent au tombeau pour oindre le corps de Jésus d’aromates, selon la coutume funéraire juive. Le sabbat les avait empêchées de le faire le vendredi soir.
Elles arrivent au tombeau et le trouvent ouvert. Un ange leur annonce : « Il n’est pas ici, il est ressuscité. » Les femmes sont les premières témoins de la Résurrection — un fait théologique d’une importance capitale. Dans la tradition orientale, les saintes myrrhophores sont célébrées solennellement le deuxième dimanche après Pâques.
Salomé est ainsi liée aux deux moments les plus décisifs du christianisme : la Croix et le Tombeau vide. Présence silencieuse mais essentielle, elle incarne la fidélité de ceux qui restent quand tout semble perdu.
Entre Orient et Occident
Le culte de Salomé la Myrophore est particulièrement vivant dans les Églises orientales. En Occident, elle est parfois confondue avec d’autres Salomé mentionnées dans les textes anciens. La tradition occidentale l’a longtemps associée à Sainte Anne, en la considérant comme sa fille ou sa parente, ce qui ferait d’elle une cousine de la Vierge Marie.
Que ces généalogies soient historiques ou légendaires, elles témoignent d’une intuition profonde : les femmes de l’Évangile ne sont pas des figurantes. Elles sont au cœur du récit, présentes aux moments décisifs, premières témoins de la bonne nouvelle.
Le saviez-vous ?
- Le mot « myrophore » vient du grec « myron » (huile parfumée, myrrhe) et « phorein » (porter). Les Églises orientales célèbrent les « saintes myrrhophores » le troisième dimanche après Pâques, une fête majeure.
- L’Évangile de Marc cite nommément Salomé comme l’une des trois femmes au tombeau le matin de Pâques, aux côtés de Marie-Madeleine et de Marie, mère de Jacques. Ce sont les premières témoins de la Résurrection.
- Selon une tradition provençale, Salomé aurait débarqué aux Saintes-Maries-de-la-Mer avec d’autres femmes de l’Évangile après avoir fui la Palestine. Cette légende est à l’origine du célèbre pèlerinage camarguais.