En 1818, un jeune prêtre de 32 ans arrive à pied dans un village de 230 âmes, perdu dans les brumes de la Dombes. Personne ne l’attend vraiment. Quarante et un ans plus tard, quand il mourra, des milliers de personnes se presseront à ses funérailles, venues de toute l’Europe. Entre les deux, Ars-sur-Formans.
Un village ordinaire, un destin extraordinaire
Ars était, au début du XIXe siècle, un bourg sans relief particulier, mal desservi, à l’écart des grandes routes. L’évêque de Grenoble avait envoyé saint Jean-Marie Vianney dans ce poste jugé sans importance, peut-être parce que le jeune prêtre avait eu du mal à obtenir son ordination — son niveau en latin laissait à désirer. Ce qu’on prenait pour une affectation sans avenir allait devenir l’un des phénomènes religieux les plus spectaculaires du XIXe siècle.
En quelques années, la réputation du curé Vianney se répand : il passe seize à dix-huit heures par jour au confessionnal, parfois sans manger ni dormir. Des pèlerins arrivent d’abord des villages voisins, puis de Lyon, puis de Paris, puis d’Angleterre. À partir de 1845, une ligne de diligence spéciale est créée depuis Bourg-en-Bresse pour acheminer les pèlerins.
Le confessionnal comme lieu de pèlerinage
Ce qui attire à Ars n’est pas un monument ni une apparition, mais un homme et sa disponibilité radicale. Le Curé d’Ars ne prêche pas des foules : il écoute, un par un, des milliers d’inconnus qui lui confient leurs peines, leurs fautes, leurs doutes. On lui prête une capacité à « lire les âmes » — c’est-à-dire à connaître sans qu’on lui ait rien dit des détails intimes de la vie de ses pénitents.
Aujourd’hui, le confessionnal du saint est conservé à l’identique dans la basilique. Les pèlerins peuvent s’asseoir dans les mêmes stalles de bois où s’assoyaient les fidèles qui attendaient parfois plusieurs jours pour le voir.
Ce qu’on vient chercher à Ars
Le sanctuaire actuel est plus grand que la modeste église paroissiale que Vianney connut. Une basilique néo-gothique fut élevée à la fin du XIXe siècle pour accueillir les foules croissantes. Le corps incorrompu du saint — reconnu officiellement comme tel — y repose dans une châsse dorée.
Le village lui-même a peu changé. On peut visiter la cure, la salle de catéchisme, le presbytère où il dormait sur une paillasse. Ce n’est pas le tourisme religieux des grandes foules : c’est un pèlerinage de proximité, de lenteur, de silence choisi. La fête de saint Jean-Marie Vianney est célébrée le 4 août, date anniversaire de sa mort.
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Le saviez-vous ?
- Le Curé d’Ars dormait moins de deux heures par nuit pendant des décennies. Il lui arrivait de ne prendre qu’une poignée de pommes de terre bouillies comme seul repas de la journée — et ce pendant plusieurs semaines d’affilée.
- Il tenta à trois reprises de fuir son village pour aller « finir ses jours dans la pénitence » dans un monastère. À chaque fois, ses paroissiens le rattrapèrent sur la route et le ramenèrent à Ars.
- Jean-Paul II, en 1986, fit le déplacement jusqu’à Ars lors de son voyage en France — rare honneur pour un village de quelques centaines d’habitants — et s’y recueillit longuement en privé dans le confessionnal du saint.