Un rocher de tuf, percé de grottes naturelles, dominant un village aux toits de tuiles roses : Cotignac ressemble à un décor de conte. Mais ce qui s’y serait passé en 1519, puis en 1660, dépasse tous les contes — et a fait de ce bourg varois l’un des lieux de pèlerinage les plus discrets et les plus enracinés de France.

La Vierge sur le rocher

En 1519, un paysan prénommé Gaspard Simon affirme voir sur le rocher qui domine Cotignac une femme lumineuse tenant un enfant, entourée de saint Bernard et de saint Michel. Elle lui demande de faire construire une chapelle en ce lieu. L’apparition se répète. Les autorités religieuses enquêtent, le site est reconnu, et une chapelle troglodytique est taillée dans le roc même — Notre-Dame de Grâces.

Le lieu connaît rapidement une fréquentation importante. Anne d’Autriche, reine de France et d’Espagne, stérile après vingt ans de mariage avec Louis XIII, vient y prier pour obtenir un enfant. Elle aura Louis XIV — ce qui vaudra au sanctuaire une reconnaissance royale durable.

Saint Joseph au même village

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Elle rebondit en 1660. Un paysan nommé Gaspard Ricard — curieux hasard que ce prénom — affirme voir dans les champs voisins un homme de haute taille qui se présente comme Joseph, l’époux de Marie. Il lui demande une chapelle en ce lieu également. Le roi Louis XIV, enfant du vœu d’Anne d’Autriche, finance la construction de cette deuxième chapelle.

Cotignac devient ainsi, fait unique en France, un lieu où la Vierge et saint Joseph auraient tous deux apparu, à un siècle de distance. Les deux sanctuaires sont aujourd’hui séparés de quelques kilomètres, reliés par un chemin de pèlerinage que beaucoup font à pied.

Le pèlerinage aujourd’hui

Les deux sanctuaires sont confiés aux frères capucins, qui y accueillent pèlerins et retraitants toute l’année. L’atmosphère est à l’opposé des grands sanctuaires de foule : pas de boutiques, peu de bruit, beaucoup de verdure. La chapelle troglodytique de Notre-Dame de Grâces, creusée dans la falaise, est particulièrement saisissante — on s’y sent littéralement enveloppé par la roche.

Le village de Cotignac lui-même, avec ses façades colorées, ses platanes et ses fontaines, vaut amplement la visite. C’est la Provence intérieure, celle qu’on n’atteint pas par autoroute.

Le saviez-vous ?

  • Le sanctuaire de Notre-Dame de Grâces possède une collection de milliers d’ex-voto — ces petits tableaux peints que les pèlerins offrent en remerciement d’une grâce obtenue. Certains datent du XVIe siècle et constituent un témoignage rare sur la vie quotidienne provençale de l’Ancien Régime.
  • Jean-Paul II envoya en 1981 une lettre autographe au sanctuaire de saint Joseph de Cotignac pour lui confier son pontificat, peu après l’attentat dont il avait réchappé — ce qui se passa le 13 mai 1981, jour anniversaire de la première apparition de Fatima.
  • La falaise de tuf sur laquelle est creusée la chapelle Notre-Dame de Grâces est percée de dizaines de grottes naturelles, dont certaines furent habitées au Moyen Âge par des ermites.