Entre Cluny et Cîteaux, dans ce pays de Bourgogne qui a tant donné à l’histoire monastique chrétienne, un village de quelques dizaines d’habitants est devenu depuis les années 1960 l’un des lieux de rassemblement de jeunes les plus importants au monde. Taizé ne ressemble à aucun autre pèlerinage.
Une communauté née dans la guerre
En 1940, un jeune homme de 25 ans quitte la Suisse avec un vélo et une idée : créer en France occupée une communauté d’accueil pour les réfugiés. Roger Schutz — futur « frère Roger » — s’installe dans le village de Taizé, en Saône-et-Loire, presque par hasard : c’est la première maison disponible qu’il trouve dans la région. Pendant deux ans, il cache des réfugiés juifs avant d’être contraint de fuir en Suisse. En 1944, il revient à Taizé avec quelques frères. La communauté est née.
Ce qui la distingue d’emblée : frère Roger est protestant, mais il veut une communauté qui ne soit ni catholique ni protestante, ou plutôt qui soit les deux à la fois — une anticipation de l’unité chrétienne. Les frères font vœu de célibat, de vie communautaire et de simplicité. Certains sont luthériens, d’autres réformés, d’autres catholiques. Tous prient ensemble.
La découverte par les jeunes
Dans les années 1950 et 1960, des jeunes commencent à affluer à Taizé, attirés par une prière simple, répétitive, chantée — ce qui deviendra le « chant de Taizé », repris depuis dans des milliers d’églises du monde entier. La fête de Noël est notamment l’occasion de rassemblements européens massifs, organisés chaque année dans une ville différente.
Aujourd’hui, Taizé accueille chaque semaine, de Pâques à octobre, des milliers de jeunes de toutes confessions et de tous pays. Ils dorment sous des tentes ou dans des dortoirs rudimentaires, participent trois fois par jour à la prière commune dans la grande église de la Réconciliation, et passent leurs journées en groupes de réflexion et de partage.
Ce qui rend Taizé unique
Ce n’est pas un sanctuaire au sens traditionnel — pas de reliques, pas d’apparitions, pas de miracles revendiqués. Ce que l’on vient chercher à Taizé, c’est une expérience : prier avec des inconnus venus de partout, dans plusieurs langues mêlées, sans hiérarchie visible ni distinction confessionnelle.
La liturgie de Taizé est reconnaissable entre toutes : des chants courts, souvent en latin ou en grec, répétés jusqu’à ce que la mélodie devienne une prière intérieure. Des silences longs. Une lumière de bougies. Frère Roger avait compris avant beaucoup d’autres que la beauté est aussi un chemin spirituel.
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Le saviez-vous ?
- Frère Roger fut assassiné le 16 août 2005, en pleine prière du soir, par une déséquilibrée mentale roumaine. Il avait 90 ans. La communauté, sous le choc, continua la prière jusqu’à la fin de l’office sans interrompre le rassemblement — en accord avec ce qu’aurait voulu frère Roger lui-même.
- Les chants de Taizé sont aujourd’hui traduits en plus de cinquante langues et chantés dans des paroisses catholiques, protestantes et orthodoxes de tous les continents. Certains sont devenus des classiques de la liturgie contemporaine sans que beaucoup de fidèles sachent d’où ils viennent.
- La communauté compte environ cent frères permanents, de vingt-cinq nationalités différentes et de plusieurs confessions chrétiennes. Ils ne reçoivent ni dons ni héritages à titre personnel et vivent du travail de leurs mains — poterie, icônes, publications.