Il y a des lieux qui semblent posés sur la terre sans vraiment lui appartenir. Vézelay est de ceux-là — une colline ronde au-dessus de la Bourgogne, une basilique à la lumière de miel, et le silence persistant d’une femme qui a beaucoup aimé.

Marie-Madeleine, la femme qui dérange et fascine

Rares sont les figures du Nouveau Testament qui ont autant nourri l’imaginaire occidental que Marie-Madeleine. Pécheresse repentie pour certains, première témoin de la Résurrection pour d’autres, compagne fidèle selon tous les Évangiles — elle cristallise depuis deux mille ans les questions que les croyants posent sur la grâce, le pardon et la dignité. La tradition médiévale lui attribua une retraite provençale à la Sainte-Baume, mais c’est à Vézelay que ses reliques auraient été transportées au IXe siècle, faisant de la bourgade bourguignonne l’un des plus grands centres de pèlerinage d’Europe.

La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre. Les miracles se multiplièrent, attestés ou supposés. Et les foules vinrent — à pied, à cheval, en litière — de toute la chrétienté.

La basilique Sainte-Marie-Madeleine, chef-d’œuvre de l’art roman

La basilique que l’on voit aujourd’hui fut construite aux XIe et XIIe siècles. Son narthex, orné du tympan du Jugement dernier et de la Pentecôte — parmi les plus beaux sculptés de l’art roman — donne sur une nef d’une clarté étonnante, alternant pierres claires et foncées dans un rythme presque musical. La lumière joue ici un rôle architectural à part entière : deux fois par an, aux solstices, elle dessine une ligne de soleil parfaite le long du sol de la nef. Hasard ou calcul des bâtisseurs ? Le débat reste ouvert.

C’est depuis cette colline que Saint Benoît — ou plutôt son héritage clunisien — a rayonné sur tout l’Occident monastique. Les moines de Vézelay relevaient de l’abbaye de Cluny, et leur spiritualité portait la marque de cette filiation rigoureuse et cultivée.

Le départ vers Compostelle et les grandes heures historiques

Vézelay est aussi un point de départ. L’une des quatre grandes routes françaises menant à Saint-Jacques-de-Compostelle commence ici, franchit le Morvan et les plaines du Centre avant de rejoindre l’Espagne. Toussaint ou Pentecôte, les pèlerins partent encore, bâton en main, en quête d’eux-mêmes autant que du tombeau de l’apôtre.

Mais l’histoire de Vézelay ne se résume pas au recueillement. C’est ici que Saint Benoît et la tradition cistercienne ont alimenté de grandes décisions politiques et spirituelles : en 1146, Bernard de Clairvaux prêcha la deuxième croisade depuis cette colline devant le roi Louis VII et une foule si dense qu’on dut descendre dans la plaine. En 1190, Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion s’y retrouvèrent avant de partir pour la troisième croisade.

Le saviez-vous ?

  • La basilique de Vézelay fut classée parmi les premiers monuments historiques de France par Prosper Mérimée en 1840, alors qu’elle était en ruines. C’est Viollet-le-Duc, à seulement 26 ans, qui fut chargé de sa restauration — l’une des premières grandes interventions de l’architecte qui sauverait aussi Notre-Dame de Paris.
  • Les reliques de Marie-Madeleine conservées à Vézelay furent remises en question au XIIIe siècle quand Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, en Provence, affirma posséder les vraies reliques. La controverse fit perdre une partie de l’affluence pèlerine à Vézelay — une rivalité des ossements qui en dit long sur la politique religieuse médiévale.
  • Chaque année, le pèlerinage de la Madeleine rassemble des milliers de fidèles le 22 juillet, fête de Marie-Madeleine, dans une célébration nocturne qui mêle prière, chant grégorien et lumières.