Haguenau
Histoire d’Haguenau
Haguenau est une sous-préfecture du Bas-Rhin, en région Grand Est, qui compte 35 715 habitants. Le nom de la commune réunit deux éléments germaniques anciens: Hag, qui désignait en vieux haut allemand une clôture, une barrière, un enclos, un bosquet ou un bois, encore employé régionalement sous la forme Haag dans les dialectes alémaniques; et l’appellatif -au, signifiant pré humide ou prairie inondable, identique à l’allemand Aue. Cette terminaison remonte au germanique commun *awa, à rapprocher du latin aqua, tous deux issus de l’indo-européen *akʷā- signifiant eau. La même racine est à l’origine du nom germanique de l’île, *awja ou *awgjo, que l’on retrouve dans l’anglais island, l’allemand Eiland, ainsi que dans les noms d’îles comme Yeu, Chausey, Jersey, Guernesey ou Aurigny. L’orthographe initiale du nom était Hagenau, encore en vigueur en allemand, la lettre u ayant été intercalée pour s’adapter à la phonétique française.
Le site de Haguenau ne connut pas d’occupation romaine, l’endroit étant alors couvert d’une vaste forêt. La ville antique des Triboques, peuple celte de la région, se trouvait à Brumath, alors appelée Brocomagus. Des camps romains furent installés à partir de 15 avant J.-C. pour sécuriser la frontière du Rhin en Alsace du Nord, à Strasbourg, alors Argentoratum, à Drusenheim, Castellum Drusi, à Seltz, Saletio, et à Lauterbourg, Concordia. Au IIe siècle, le panthéon traditionnel romain était remis en cause par les cultes à mystères qui séduisaient légionnaires, artisans et esclaves: c’est dans ce contexte que s’inscrit la découverte, dans la forêt voisine, d’une sculpture en bas-relief portant l’inscription « Deo Medru Matutina Cobnerta », que l’on peut traduire par « au dieu Mithra Matutina Cobnerta ». La divinité, coiffée d’un bonnet caractéristique, tient une pique dans la main gauche, sa main droite reposant entre les cornes d’un taureau, posture inhabituelle pour Mithra, traditionnellement représenté tirant l’animal. Les spécialistes restent partagés sur la nature exacte de la divinité figurée: Mars, Mithra, ou un dieu celte local nommé Medru, voire un syncrétisme religieux mêlant les trois cultes.
Au début du XIIe siècle, les ducs de Souabe de la maison de Hohenstaufen acquirent par héritages de vastes parts de la forêt de Haguenau. Le duc fit construire entre 1115 et 1118 un château sur une île de la Moder, conçu comme pavillon de chasse. Le lieu se développa alors en agglomération urbaine. La construction de l’église Saint-Georges débuta en 1143. Le duc accorda à la cité naissante des franchises avant de mourir en 1147; il fut inhumé dans l’église Sainte-Walburge de Walbourg, au nord de Haguenau, auprès de sa première épouse Judith de Bavière. Son fils, devenu empereur du Saint-Empire romain germanique, rédigea la charte de la ville en confirmant ses droits et privilèges. Le château fut converti en palais impérial en 1170; aujourd’hui disparu, il a été reconstitué en 3D par le 28e groupe géographique en 2015 pour figurer son aspect au temps des Hohenstaufen. Une place porte encore son nom et une stèle marque l’emplacement de la résidence.
En 1189, l’empereur quitta Haguenau pour la troisième croisade après avoir fondé un hospice confié à l’ordre des prémontrés, attaché à l’église Saint-Nicolas, pour accueillir les pèlerins. Il périt noyé en Asie Mineure. Ses successeurs séjournèrent fréquemment dans le palais impérial, particulièrement apprécié pour les vastes forêts environnantes propices à la chasse, ainsi que pour la riche collection d’écrits antiques qui y était conservée. Selon l’historien allemand Ernst Kantorowicz, l’empereur Frédéric II préférait à tous les palais allemands celui de Haguenau, pour ses forêts qui convenaient à sa passion de la chasse et pour sa bibliothèque qui répondait à sa soif de savoir. En 1193, Richard Cœur de Lion fut jugé devant le tribunal impérial réuni à Haguenau pour avoir abandonné le combat de la troisième croisade; le roi anglais fut libéré contre une rançon de vingt-quatre millions de deniers d’argent, équivalent à un camion entier rempli d’argent. Ville d’Empire, Haguenau profita du grand interrègne, entre 1250 et 1273, pour obtenir des droits supplémentaires de l’empereur, et devint en 1354 la capitale de la Décapole, ligue urbaine réunissant les dix villes impériales d’Alsace. Durant cette même période, les bourgeois acquirent de nombreuses libertés municipales qui marquèrent durablement l’organisation de la cité.
Patrimoine religieux
Près de deux cents bâtiments sont recensés sur la base Mérimée pour la commune de Haguenau, témoignant de la richesse de son héritage médiéval. L’église Saint-Georges, dont la construction débuta en 1143 sous l’impulsion des Hohenstaufen, et l’église Saint-Nicolas, liée à l’hospice fondé pour les pèlerins en 1189 et confié à l’ordre des prémontrés, comptent parmi les édifices les plus anciens de la cité. L’église Sainte-Walburge de Walbourg, située au nord de Haguenau, accueillit la sépulture du duc fondateur du château et celle de sa première épouse Judith de Bavière. Cet ensemble religieux reflète le rôle central joué par la cité au sein du Saint-Empire et la place qu’y tinrent les institutions ecclésiastiques au cours du Moyen Âge.