Carpentras
Histoire de Carpentras
Carpentras est une sous-préfecture du Vaucluse, en région Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui compte 30 769 habitants. Les formes attestées les plus anciennes du toponyme sont Carbantorate, puis Carpentoracte Meminorum, qui devint Forum Neronis, c’est-à-dire « marché de Néron », sous Tiberius Claudius Nero. La cité reprit son nom de Civitas Carpentoratensium au IVe siècle pour devenir Carpentoratensium monasterium en 896. Le toponyme s’écrit Carpentràs selon la norme classique de l’occitan, ou Carpentras selon la norme mistralienne. Son étymologie est à rattacher au celte *carbanto, signifiant char, et *rate, qui désignait une forteresse: le rôle initial de cette cité fut donc celui d’une place fortifiée surveillant le passage des chars sur le gué de l’Auzon. La continuité du toponyme à travers les époques traduit la stabilité d’une fonction territoriale ancienne, articulée autour des voies de communication et du contrôle des points de franchissement.
D’après Pline, le peuple qui occupait le secteur de Carpentoracte était celui des Meminii. Après la conquête romaine en 120 avant J.-C., la ville conserva son rôle d’échange sur une route secondaire reliant l’Italie au Nord de la Gaule. Elle devint cité latine puis, au moment de la christianisation, accueillit un siège épiscopal qui alterna avec Venasque selon les événements historiques, avant de revenir définitivement à Carpentras en 982. Cette même année, l’évêque Ayrard fonda une communauté de chanoines pour l’assister dans son ministère et dans l’administration du diocèse. Ce chapitre perdura jusqu’à la suppression de l’évêché en 1801, logeant dans le quartier cathédral autour d’un cloître détruit à la fin des années 1820; des vestiges de ce cloître roman sont conservés dans la collection de la bibliothèque-musée Inguimbertine.
Le rôle de Carpentras comme centre d’échange perdura au Moyen Âge. En 1155, Raymond V de Toulouse, marquis de Provence, envoya son chancelier Raous à l’évêque de Carpentras pour confirmer les privilèges du marché qui se tenait dans la cité. Au Moyen Âge, ce marché avait lieu chaque vendredi dans le cimetière de Saint-Siffrein, et réunissait alors deux cents marchands forains. Au début de la papauté d’Avignon, l’évêque Bérenger Forneri tenta sans succès d’interdire le cimetière au marché. La présence d’une communauté juive à Carpentras est attestée depuis au moins le Moyen Âge, lorsque celle-ci rendit hommage à l’évêque, seigneur de la ville. La toponymie en garde le souvenir avec la rue de l’Ancienne-Juiverie, où se trouvait une synagogue. Un cimetière juif primitif, situé au nord de la cité, livra des pierres tombales avec inscriptions hébraïques lors de la destruction des remparts au XIXe siècle; ces fragments sont aujourd’hui conservés à la bibliothèque-musée Inguimbertine.
En 1274, Carpentras changea de suzerain lorsque le roi de France remit le Comtat Venaissin au pape Grégoire X, conformément au traité de Paris de 1229. La seigneurie temporelle restait toutefois la propriété de l’évêque. Fuyant le climat d’insécurité de Rome et de l’Italie, le pape Clément V se réfugia à Avignon en 1309 et séjourna régulièrement à Carpentras ainsi qu’au monastère du Groseau, à Malaucène, et à Monteux. À son initiative, un droit fut acheté en 1313 sur la source de Caromb, et un aqueduc aménagé pour conduire cette eau jusqu’à la cité. Le pape Clément V avait établi sa curie à Carpentras avant de partir vers l’Aquitaine. Le Sacré Collège se réunit à Carpentras en 1314 pour élire le successeur de Clément V, mais les tensions et les violences entre les différents partis provoquèrent la fuite des cardinaux; ce n’est qu’en 1316 que Jean XXII fut élu à Lyon. Ce dernier installa l’administration pontificale à Avignon et acheta à l’évêque la seigneurie temporelle de Carpentras le 12 avril 1320, par la bulle dite de dismembration. La cité devint alors la capitale du Comtat Venaissin, accueillant le Recteur, le Trésorier et la Chambre apostolique. La première assemblée des trois États du Comtat fut réunie en 1362 par le Recteur pour consentir à des impôts exceptionnels, et siégera désormais régulièrement à Carpentras. Ainsi, la cité, déjà siège épiscopal et centre d’échange commercial, devint également une capitale politique. La même décennie vit l’expulsion de la communauté juive, sans doute pour des raisons spéculatives liées à l’installation de l’administration comtale à moindre frais.
Patrimoine religieux
Le patrimoine religieux de Carpentras s’est constitué autour de son siège épiscopal, attesté dès l’Antiquité tardive et confirmé en 982 lors de la fondation par l’évêque Ayrard d’une communauté de chanoines pour l’assister dans son ministère et dans l’administration du diocèse. Le quartier cathédral, organisé autour d’un cloître roman aujourd’hui disparu mais dont des vestiges sont conservés à la bibliothèque-musée Inguimbertine, structurait la vie religieuse de la cité jusqu’à la suppression de l’évêché en 1801. La cathédrale Saint-Siffrein donne son nom au cimetière médiéval qui accueillait chaque vendredi le marché de la cité, illustrant l’imbrication des fonctions religieuse, économique et administrative dans le tissu urbain. La cité accueillit également des séjours réguliers du pape Clément V à partir de 1309, ainsi que la curie pontificale et les conclaves de 1314, avant que Jean XXII n’achète la seigneurie temporelle à l’évêque en 1320 et n’élève la ville au rang de capitale du Comtat Venaissin.