Étampes
Histoire d’Étampes
Étampes est une sous-préfecture de l’Essonne, en région Île-de-France, qui compte 26 529 habitants. Les formes les plus anciennes du toponyme correspondent au territoire de la localité, le pays d’Étampes ou Étampois: pago Stampensi vel Carnoteno en 587, in territorio Stapense en 615. Le nom de la bourgade elle-même apparaît à partir du VIIe siècle sur des inscriptions de monnaies mérovingiennes, puis sous les formes Stampas en 642-658, Stampae, Castellum Stampis, Stampae Vetulae en 1046 et Stampas en 1073. Les linguistes s’accordent à voir dans Étampes un dérivé du germanique *stampon, qui a donné l’allemand stampfen signifiant écraser ou piétiner, et l’ancien français estamper signifiant écraser ou piler. La signification précise reste discutée: certains y voient des fermes renversées et détruites, d’autres une foulerie de grains ou un grand pressoir. La toponymie des quartiers de la ville reprend la titulature de leurs églises: Saint-Basile, Saint-Martin, Notre-Dame, Saint-Gilles, Saint-Pierre-et-Saint-Michel, ces deux derniers ayant aujourd’hui disparu. Le nom du Petit-Saint-Mars, par exemple, vient de la chapelle qui y était dédiée à saint Médard, dont Mars est un diminutif, et le distingue ainsi du village voisin de Chalo-Saint-Mars, également appelé Grand-Saint-Mars.
À l’époque gallo-romaine, Étampes était un bourg situé dans l’actuelle zone industrielle. Son cimetière, apparemment le plus vaste connu en Île-de-France, fut localisé en 2006. Des trouvailles ont été faites dans ce secteur dès le XIXe siècle, et des fouilles encore en cours en 2008 ont mis au jour à Saint-Martin les restes d’une villa rustica gallo-romaine. Grégoire de Tours fait état d’une guerre qui aurait à son époque ravagé le pays d’Étampes, sans plus de précision. Au siècle suivant eut lieu, du côté de Saint-Martin, un combat resté connu sous le nom de bataille d’Étampes, le 25 décembre d’une année incertaine, traditionnellement 604, où l’armée du roi de Neustrie Clotaire II, commandée par le maire du palais Landéric, fut défaite par les troupes coalisées de Thierry II et Thibert II, rois de Bourgogne et d’Austrasie.
En 911, les troupes normandes de Rollon saccagèrent la ville. L’histoire du transfert progressif du noyau urbain principal vers l’actuel centre-ville reste mal connue. Depuis les années 2010, l’historien Bernard Gineste a développé l’idée que Saint-Basile constituait une fondation carolingienne, et que le périmètre de la place forte originelle, le castrum, attestée dès les environs de 936, se trouvait en contrebas, encore très restreint au milieu du XIe siècle; il n’aurait alors compris que quelques pâtés de maisons entre les actuelles rues du Petit-Panier, Sainte-Croix, de la Tannerie, Evezard et le début de la rue du Renard. Les fouilles archéologiques menées par l’INRAP, sous la direction de Xavier Peixoto, sur le site de l’ancien Hôtel-Dieu puis rue de la République, ont confirmé ces hypothèses fondées sur l’étude d’une charte de 1046, importante pour l’histoire de la ville. Helgaud de Fleury, ami et biographe du roi Robert le Pieux, attribuait à ce monarque et à son épouse Constance d’Arles la construction d’un palais dans ce castrum, ainsi que d’une collégiale desservie par douze chanoines, nommée Notre-Dame; cette dernière fondation semble cependant avoir été surtout le fait de la noblesse locale. Deux villes coexistaient alors: Estampes-le-Châtel et Estampes-les-Vieilles.
Comme son grand-père Robert, Philippe Ier séjourna à plusieurs reprises à Étampes: alors qu’il y hivernait en 1079, il tenta d’imposer son autorité à Hugues du Puiset, qui malmenait les clercs du pays chartrain voisin, mais ce vassal se rebella et défit l’armée royale près du Puiset, humiliation dont la royauté ne se releva que sous le règne de Louis VI. En 1123, Louis VI le Gros accorda une franchise aux marchands qui s’installaient dans le secteur inhabité séparant le quartier Notre-Dame du quartier Saint-Martin, à l’origine du peuplement du quartier Saint-Gilles. En 1130, le roi convoqua dans la ville les archevêques de Sens, Reims et Bourges, ainsi que des évêques et abbés parmi lesquels Bernard de Clairvaux, afin de juger lequel des deux prétendants d’alors était le pape légitime sur le plan canonique; cette assemblée, restée le plus notable des conciles d’Étampes, se prononça en faveur d’Innocent II et refusa de considérer le dossier de son adversaire Anaclet II. Plus tard, la ville assiégée par Jean sans Peur fut prise et revint au duché de Bourgogne. En 1478, un arrêté du Parlement annula toutes prétentions féodales, la ville étant désormais sous la protection des rois de France. En 1484, Charles VIII y signa les Statuts et ordonnances des cordonniers de Chartres. François Ier donna ensuite le comté à sa favorite Anne de Pisseleu, dont le mari, complaisant, fut créé duc d’Étampes en 1536, le territoire du nouveau duché étant augmenté des terres de Dourdan et de la Ferté-Alais. Cependant, le bel hôtel appelé maison d’Anne de Pisseleu n’hébergea jamais cette duchesse.
Patrimoine religieux
La commune d’Étampes est adhérente au label Villes et pays d’art et d’histoire, et son passé royal de place forte a laissé de nombreuses traces. Capitale d’un comté puis d’un duché, Étampes était également un centre religieux important sur la via Turonensis, l’une des grandes routes du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. La toponymie des quartiers de la ville reprend d’ailleurs la titulature de leurs églises: Saint-Basile, Saint-Martin, Notre-Dame, Saint-Gilles, ainsi que Saint-Pierre-et-Saint-Michel, ces deux dernières ayant aujourd’hui disparu. Le concile d’Étampes de 1130, qui réunit Bernard de Clairvaux et plusieurs archevêques pour reconnaître Innocent II comme pape légitime, marqua durablement l’histoire ecclésiastique de la cité. La collégiale Notre-Dame, fondée par la noblesse locale et attribuée par la tradition à Robert le Pieux et à son épouse Constance d’Arles, demeure l’un des édifices majeurs du patrimoine religieux étampois. La richesse des notables permit également à la ville de se doter de moulins, d’hôtels et de palais, dont la plupart sont aujourd’hui classés ou inscrits aux monuments historiques.