Bergerac
Histoire de Bergerac
Bergerac est une commune de Dordogne, en Nouvelle-Aquitaine, qui compte 26 323 habitants. La localité a été successivement mentionnée sous les formes suivantes Brageyrack (1100), Brageyrac (Froissart), Bregerat en 1608. Il peut s’agir du dérivé d’un nom de personnage gallo-roman Bracarius accompagné du suffixe -acum indiquant le « domaine de Bracarius ». Le bracarius est à l’origine un nom de métier gaulois, correspondant à un fabricant de braies.
Le linguiste et toponymiste Yves Lavalade cite également la forme Brajairac, conforme à l’étymologie ainsi qu’à la prononciation [brɒtsɒj’ra] pratiquée, entre autres, dans les alentours du village de Domme. Cette seconde graphie est d’ailleurs attestée dans des documents anciens, notamment chez le troubadour périgordin Salh d’Escola.
Bergerac est situé le long de la Dordogne et son développement est historiquement lié au transport fluvial. En effet, les fleuves ont longtemps été grâce aux gabares le moyen le plus rapide et le plus sûr de faire circuler des marchandises. À la descente, la production viticole de la région est transportée vers Bordeaux et, à la remonte, grâce aux chemins de halage, diverses denrées et des matériaux de construction. Cette activité est importante: par exemple, au premier semestre 1859, tonneaux de vin partent pour la capitale aquitaine depuis Bergerac et au second. Cette tradition de la batellerie décline avec l’apparition du chemin de fer et disparaît dans la première moitié. Lui succèdent les bateaux-sabliers au milieu du siècle puis le tourisme fluvial depuis la fin du siècle, représenté notamment à Bergerac par des balades à bord de gabares., levée entre 1762 et 1766 par Pezet et Dalier. À Corbiac, lieudit situé à environ au nord-est de Bergerac, à moins de du ruisseau Caudeau (limite communale avec Lembras), la pelouse du château recèle un gisement préhistorique formé de quatre couches de Périgordien et d’une couche sous-jacente de Moustérien de tradition acheuléenne (MTA).
La couche supérieure de Périgordien et la couche de MTA sont particulièrement riches. La couche supérieure de Périgordien a livré plus de en plus des lames (plus de ), nucléus et éclats, à partir desquels François Bordes invente en 1970 le « burin de Corbiac », un burin triédrique sur tranchant. O’Farrell de déterminer des différences notables entre les techniques de chasse du Gravettien et celles de l’Aurignacien. La très grande quantité de pièces lithiques au Périgordien évolué désigne le site comme un atelier de taille du silex, la région étant connue pour l’abondance et la qualité de ses gîtes à silex. Sur le site du Bout-des-Vergnes, les sépultures d’une nécropole mérovingienne des Ve-VIe siècles ont été mises au jour en 2012 à l’occasion du chantier de la rocade ouest de Bergerac (nouveau tracé de la route départementale 709). De 1322 à 1904, la municipalité siège dans l’ostal Malbec (la maison Malbec) situé place de la Halle (actuelle place Malbec), dans un bâtiment qui a été détruit en 1908. Situé rue Neuve-d’Argenson, le nouvel hôtel de ville est construit à l’emplacement de l’ancienne maison des Dames de la Foi, un couvent fondé en 1678 et dédié aux malades, aux pauvres et à l’enseignement, détruit sous la Révolution, remplacé par un hôpital public que fit construire Joseph Lakanal sous le même régime et qui y restera jusqu’en 1895, avant que ses murs n’accueillent depuis la municipalité. Situées rue d’Albret, les maisons dites des Consuls sont typiques des édifices bourgeois.
Leurs rez-de-chaussée en arcades servaient d’écuries, d’entrepôts, d’ateliers ou de boutiques, les appartements privés se trouvant à l’étage, sains, confortables et fonctionnels. Les baies qui ornaient ces derniers ont été remplacées au par des fenêtres quadrangulaires. Le deuxième étage, moins cossu, servait aussi d’appartement, tandis que les combles abritaient logements ou lieux de stockage. Les étages ne disposant pas toujours de cheminée, les cuisines étaient généralement en rez-de-chaussée. Au début de la guerre de Cent Ans, la ville est prise d’assaut par Henri de Grosmont, comte de Derby. En mai 1472, le roi Louis XI confirme par lettres patentes les privilèges de la ville octroyés par ses prédécesseurs, à la suite de la mort. Le protestantisme s’implante à Bergerac dès les années 1540 Le roi Louis XIII entre à Bergerac et fait démolir les fortifications de la place de sûreté par les huguenots.
Il s’agit en effet d’une des plus importantes places fortes du Sud-Ouest protestant. Une troupe de cavalerie ramène l’ordre puis quitte la ville à la mi-mai. Le règne de Louis XIV est aussi marqué par les persécutions contre les protestants, avant la révocation de l’édit de Nantes (18 octobre 1685) Le roi Louis XV cède à titre d’échange à Bertrand Nompar de Caumont, marquis de la Force et de Caumont, l’entier domaine de Bergerac et les châtellenies de Maurens et de Mouleydier avec tous les droits de haute, moyenne et basse justice contre la forêt de Senonches. L’acte est définitivement confirmé par lettres patentes en octobre 1773. Quand les commissaires députés par le roi signifient ce contrat aux consuls de la ville, le 8 mars 1773, l’émotion est grande. Les notables, les bourgeois et les habitants de la ville s’indignent que le roi ait pu si légèrement disposer d’eux. La jurade du 22 juin 1773 précise qu’elle va s’opposer à la consommation de cet échange.
Elle produit des documents rappelant que la ville de Bergerac fait partie du domaine de la couronne qui est inaliénable et rappelle la transaction sous forme de capitulation passée le 2 septembre 1377 avec le duc d’Anjou, frère du roi Charles V, et les habitants, les lettres patentes du roi Charles VII, en 1451, pour réunir à nouveau à la couronne la justice de la ville, confirmées par Louis XI en 1470, et les lettres patentes d’Henri IV du 2 septembre 1595 confirmant l’union de la ville à la couronne de France. Malgré ces rappels, le 4 mars 1777, le roi Louis XVI ordonne l’exécution de l’échange. Le marquis de la Force est mort en 1773. La marquise, sa veuve, fait une sommation à la suite du jugement d’un procès le 25 février 1785. Les maires et consuls réitèrent leurs protestations le 7 avril 1786 contre « un acte contraire aux lois du royaume ». Le cahier de doléances du tiers état du 23 février 1789 demande la révocation de cet échange. L’échange est annulé au début de la Révolution française du fait que le 4 août 1789, l’Assemblée nationale constituante abolit tout ce qui relève du système féodal, débarrassant la ville de son seigneur féodal et supprimant les charges afférentes. Le duc de la Force (alors le du nom) demande à être indemnisé pour ses droits de seigneur foncier (qui en revanche ne sont pas abolis), mais la proclamation de la République (septembre 1792) met fin à ses revendications.
En 1790, la ville de Bergerac devient une commune du département de la Dordogne, chef-lieu d’un district jusqu’en 1795, puis d’un arrondissement à partir de 1801. En 1794, les communes de La Conne, La Madeleine, Saint-Christophe-de-Monbazillac et Sainte-Foy-des-Vignes sont intégrées dans la commune de Bergerac. Deux moulins, celui de Piles et celui de Bellegarde, se trouvaient autrefois au niveau de la rue des Conférences, où un espace mémoriel a été aménagé près d’un bâtiment qui porte encore sur sa façade des inscriptions commerciales. Les archives ne remontent pas avant le, mais l’archéologie permet de dater l’origine de ces moulins aux années 1300, quand le canal du Caudeau fut installé. Ils font partie des quatre moulins que comptait Bergerac avant la Révolution française. Une taxe en nature était prélevée chaque année par la municipalité. Jusqu’à la construction de barrages dans la haute vallée, ces deux moulins étaient exposés au risque de crue de la Dordogne, qui inondait alors les quartiers bas de la ville. Jusqu’aux années 1760, ils produisent de la farine pour la population de la ville puis, intégrés dans une minoterie, se tournent vers l’exportation.
En 1834, la minoterie est reconvertie en papeterie et scierie par Chéri Gérard. L’activité de scierie, qui donne lieu à une modernisation du bâtiment, est reprise en 1916 par Louis Bardon et Madeleine de Lespinasse et ferme en 1919. dans les années 1930
Le chemin de fer arrive à Bergerac en 1875. Le 9 novembre 1890 est inauguré au sud de la place de la République le monument des « Mobiles de la Dordogne », en mémoire des morts de la guerre franco-prussienne de 1870. Le jour de l’inauguration est choisi en référence à la victoire de Coulmiers, à laquelle participèrent de nombreux Bergeracois. L’un d’eux, l’acteur Paul Mounet, frère du dramaturge Mounet-Sully (à qui une voie rend par ailleurs hommage à Bergerac) servit de modèle au sculpteur Louis Auguste Roubaud pour créer la statue. Pendant la Seconde Guerre mondiale, de juin 1940 à novembre 1942, Bergerac se trouve dans la zone non occupée. La ligne de démarcation sur la Dordogne se trouve à Lamothe-Montravel, à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Bergerac.
La zone libre est envahie par l’armée allemande à la suite du débarquement allié en Afrique du Nord (9 novembre 1942). La caserne Chanzy est occupée par les Allemands de la fin novembre 1942 au 20 août 1944. Il s’agit d’une place de garnison, aussi utilisée comme lieu d’interrogatoires et de détention des résistants de la Dordogne. Une antenne de la Gestapo est installée en 1943, au 18, cours Alsace-Lorraine, sous le commandement du capitaine SS Michael Hambrecht du SD de Périgueux. Une opération de libération des détenus de la prison de Bergerac est préparée dans l’urgence lors d’une réunion au PC du des Francs-tireurs et partisans à Saint-Jean-d’Eyraud. La Résistance craint que l’occupant n’exécute les prisonniers politiques avant son départ. Participent à la réunion les de la direction du, le commissaire aux opérations régionales Édouard Valéry, alias « Lecœur », Pierre Legendre alias « Henri », Pierre Huet alias « Hugues », Roger Faure alias « Jim », le commissaire aux opérations régionales avec entre autres Michel Schneersohn alias « Michel », responsable du service de renseignement des FTP pour le sous-secteur. Tous les prisonniers (89 au total) sont libérés sans effusion de sang grâce à l’efficacité du plan d’action.
Le 19 août 1944, le lieutenant Betz de la Wehrmacht reçoit l’ordre d’évacuer Bergerac. Les Allemands regroupent des camions de blessés et les soldats des différentes bases sur la place Gambetta. Le départ a lieu dans la nuit du, après avoir ordonné de saborder les installations de Roumanières, du château des Termes qui contient les archives de la Luftwaffe de Mérignac, et un des bâtiments de la caserne Chanzy où sont entreposées des munitions. La libération de Bergerac a lieu le dans une ville abandonnée par l’occupant, sous la direction de Maurice Loupias, alias « Bergeret », de l’Armée secrète, responsable de la Résistance pour la zone Sud Dordogne.
Patrimoine religieux
Bien que Sainte Foy des Vignes, ancienne paroisse du diocèse de Périgueux, soit une commune éphémère rattachée à Bergerac dans les premières années de la Révolution française, son église Sainte-Foy est située sur Ginestet, à de la limite des deux communes.