Annonay
Histoire d’Annonay
Annonay est une commune de Ardèche, en Auvergne-Rhône-Alpes, qui compte 16 873 habitants. L’origine du nom de la ville renvoie à plusieurs hypothèses. L’une d’entre elles veut qu’Annonay vienne de Annoniacum ou domaine d’Annonius, riche Romain qui aurait vécu là. Une autre explique qu’Annonay proviendrait de la présence d’un entrepôt de vivres de l’Annone.
Quoi qu’il en soit, le site de la ville fut fréquenté dès l’Antiquité. Des pièces et médailles romaines ont été retrouvées lors du percement de la rue Malleval en 1851. (Anonai en occitan, dialecte vivaro-alpin selon la graphie classique, Anounai selon la graphie mistralienne)
Les formes anciennes du nom de la ville sont Anonacus au VIIIè s, vicaria Annonacensis en 814 et Nonay en 1464. Il est formé du nom d’homme germanique Anno; au cas régime Annon, accompagné du suffixe de propriété latin -acum: il s’agissait à l’origine du « domaine d’Anno ». L’anthroponyme Anno, exprimant une idée de vieillesse, de sagesse, est formé sur le vieux haut allemand ano, « aïeul ».
Le premier écrit citant Annonay daterait de 403. Une chronique des archives de Vienne qualifierait la ville de bourgade « bâtie par de pauvres ouvriers parcheminiers égarés dans les montagnes du Haut-Vivarais ». Un manuscrit aujourd’hui disparu: l’Histoire d’Annonay du Père Barthélemy Popon (fl. Une charte de 790 (« Les statuts de l’Église de Vienne »), confirmée en 805, extraite du cartulaire de l’Église de Vienne, cite Annonay comme le siège d’un archiprêtré rural. Au et début, la ville d’Annonay est une étape sur la route du pèlerinage vers la Vierge du Puy-en-Velay. En témoignent les hôtelleries pour pèlerins, les cinq monastères dont le couvent Sainte-Claire, celui des Cordeliers et les deux prieurés tel celui de Trachin. La famille de Ro(u)ssillon domine la région.
Guillaume de Roussillon, seigneur d’Annonay de 1271 à 1277, participe aux Croisades. Dès 1288, entre la ville et le seigneur est signée une charte qui accorde une certaine autonomie à la cité: en particulier, le droit de levée des tailles. Au, Annonay passe aux Thoire-Villars par le mariage (sans postérité) d’Alix de Roussillon avec Humbert VII de Thoire, seigneur de Villars; puis au, à la mort d’Humbert VII (probablement en mai 1423; il avait gardé l’héritage de sa femme Alix, † en 1367, dont Roussillon et Annonay), sa veuve Isabeau d’Harcourt († le 16 avril 1443, ou en juin 1443) abandonne Annonay dès juin 1423 aux Lévis-Lautrec, dont les droits venaient du mariage d’Eléonore de Villars, sœur d’Humbert VII, avec Philippe III de Lévis, vicomte de Lautrec et seigneur de (La) Roche. Ces derniers sont suivis par leur fils Philippe IV de Lévis († en janvier 1440), marié à Antoinette Bermond d’Anduze, dame de La Voulte, puis par leur fils aîné, Antoine de Lévis (il teste en 1454). Mais les deux fils d’Antoine (x 2° 1425 Isabelle de Chartres, dame d’Ons-en-Bray, fille d’Hector de Chartres, le frère de Regnault), Jean et Antoine II de Lévis, vendent les biens familiaux. 1474, sans postérité légitime) cède Villars le 1 février 1469 à Amé IX de Savoie, alors que son frère cadet Antoine II de Lévis abandonne ses droits sur Villars (plus Annonay et Roche-en-Régnier) en 1461 puis le 9 mars/7 mai 1473 à Jean II, duc de Bourbon. Finalement Villars restera aux Savoie, et les biens vivarois ou vellaves aux Bourbons, donc, après Jean II, aux ducs Pierre II puis Charles III, le connétable de Bourbon (respectivement: le frère de Jean II; et le gendre de Pierre II). À la déchéance puis la mort du connétable en 1523-1527, la nièce de Jean II et Pierre II de Bourbon hérite, c’est-à-dire Louise de Savoie (1476-1531), mère de François; puis à sa mort en 1531, l’héritage des Bourbons, dont Annonay, est rattaché au domaine royal: ainsi, Catherine de Médicis ou son fils le duc d’Anjou en seront apanagés.
Mais le 24 août 1582, par décision du Parlement, (et concrètement en novembre et décembre 1589), les Lévis-La Voulte-Ventadour (Gilbert III, duc de Ventadour, issu de Bermond de Lévis de La Voulte qui fut respectivement le fils et le frère puîné de Philippe IV et d’Antoine de Lévis) réussissent à faire valoir leurs droits et à récupérer Annonay et Roche-en-Régnier. En 1347 ou 1349, Annonay subit la peste noire qui sévit en Europe. Une grande partie de la population est décimée. Comme pour d’autres régions du Massif Central, des épidémies de peste reviennent à plusieurs reprises entre 1350 et 1450. À partir de 1365, deux consuls sont responsables de la ville. Au cours du, Annonay s’affirme comme un carrefour commercial: exportation de vin, échanges entre la Vallée du Rhône, le Dauphiné et la montagne, grâce aux muletiers; la tannerie se développe en profitant des eaux de la Deûme. La ville, bâtie d’abord sur l’éperon rocheux situé entre les deux rivières de Deûme et de Cance, est défendue par le château des Roussillon au sud et deux maisons fortes, au nord (Maleton) et à l’ouest (Du Peloux). Une ligne de remparts ceinture l’ensemble.
Des faubourgs se développent vers le Champ de Mars, sur les rives de la Cance et de la Deûme. Mais cette relative prospérité attire les brigands, routiers et mercenaires. Lors de la guerre de Cent Ans, la ville renforce ses fortifications avec des tours de guet, comme la Tour dite des Martyrs, et les murailles sont percées de portes afin de contrôler les entrées et sorties. On trouve des mentions écrites des portes de Deûme, de Cance, du Champ. En 1487, la ville compte quatorze églises ou chapelles pour environ deux mille habitants. Au centre de la ville se trouve l’église paroissiale dédiée à Notre-Dame à laquelle est attaché un collège de chanoines de l’ordre de Saint-Ruf. Les clercs représentent alors jusqu’à la moitié de la population. En 1524, Annonay est rattachée au domaine du roi de France à la suite de la révolte du connétable de Bourbon: ses biens, dont fait partie Annonay, sont confisqués.
La contrée est dominée ensuite par les Lévis-Ventadour (héritiers des Thoire-Villars, voir plus haut) et leurs descendants les Rohan-Soubise (Hercule-Mériadec de Rohan épouse en 1694 Anne-Geneviève de Lévis-Ventadour, d’où la suite des princes de Soubise, ducs de Ventadour, seigneurs d’Annonay; cf. la petite voie dite « passage Soubise » à Annonay, et le château de Ventadour en Vivarais, dont les sites éponymes sont de grands fiefs, bien loin de l’Ardèche, des Rohan et des Lévis: Soubise et Ventadour). À cette époque, Annonay compte. Les quartiers de la Cance et de la Deûme sont délaissés par les plus riches au profit de la place Vieille (actuelle place de la Liberté), la place Grenette, la rue des Forges (ancienne Grand-Rue devenue aujourd’hui rue Franki-Kramer). En 1583, 1584 et 1585, les mauvaises récoltes amènent inflation, disette et famine. De surcroît, la peste fait des ravages en Haut-Vivarais… Avec la signature de l’édit de Nantes, la ville retrouve la prospérité. À la fin du, une trentaine de tanneries sont installées sur les berges de la Deûme et de la Cance, attirées par la qualité de leurs eaux et les élevages environnants.
On compte et en 1590; puis respectivement 20 et 37 en 1704. Le catholicisme domine dans la capitale du Haut-Vivarais en raison de l’arrivée massive de population extérieure. La reconstruction de l’église Notre-Dame est entreprise avec un budget contraint. Pendant ce temps, la chapelle de Trachin seul édifice religieux intact devient église paroissiale. Un temple protestant est édifié dans le quartier de la place Sainte-Ursule. De nouvelles communautés religieuses s’installent et créent un établissement d’enseignement, le couvent Sainte-Marie. Un nouvel hôpital, réunissant les structures médiévales de Notre-Dame la Belle et Notre-Dame de l’Aumône, est créé le 16 mars 1686 au Champ-de-Mars. En 1685, la révocation de l’édit de Nantes impose aux protestants, qui représentent à cette époque 50 % de la population de choisir entre s’exiler, abjurer ou continuer à pratiquer leur religion dans la clandestinité.
Ce sont surtout des artisans, des industriels, des vignerons et les commerçants. Un siècle plus tard, un recensement montre qu’il ne reste que 7 % de protestants, en majorité issus des classes supérieures. L’industrie papetière s’implante à Annonay au, avec les Montgolfier, papetiers originaires d’Ambert, installés à Vidalon-lès-Annonay (aujourd’hui hameau de la commune de Davézieux). Les Johannot, autre famille auvergnate, est installée depuis 1634 à Faya. Attirés par la qualité des eaux, la force motrice des rivières et l’abondance de la matière première (les chiffons), ils importent les innovations technologiques de Hollande: la pile hollandaise. Dans le dédale des ruelles et placettes d’Annonay, un progrès est à noter avec la mise en service en 1726 de quatre fontaines publiques alimentées par des eaux de sources captées. En 1780, la production industrielle de la ville est florissante: de vaches, de moutons sont traitées par les tanneries. Les usines de papier produisent de papier.
Les papeteries Montgolfier engagent les meilleurs ouvriers, ce qui provoque une raréfaction de la main-d’œuvre, et des demandes pour que les salaires augmentent. Ceux de l’atelier de Vidalon font une grève de deux mois à la fin de 1781; après une longue période de tensions entre le patron et ses employés, par son attitude intransigeante, celui-ci perd le meilleur de sa main-d’œuvre, dans une période où les bagarres entre gavots et dévorants sont fréquentes. En 1781, le bailliage devient sénéchaussée. En 1782 le 14 décembre, la première montgolfière inventée par Étienne et Joseph Montgolfier, s’élève à Vidalon-lès-Annonay. Elle est constituée d’un grand sac de papier doublé de toile placé au-dessus d’un feu de paille mouillée et de laine. Elle reste cependant une expérience privée, le premier envol public et officiel d’une montgolfière a lieu le 4 juin 1783 depuis Annonay, très exactement depuis la place des Cordeliers, devant un public où se trouvent les membres des États particuliers du Vivarais. Plusieurs autres inventions sont à mettre au compte de Joseph Montgolfier: le bélier hydraulique, le mode de fabrication du papier vélin et du papier filtre, appelé papier joseph. Annonay se développe grâce au commerce.
Celui-ci profite du réseau routier amélioré (à la suite de la révolte des camisards). En 1787, Annonay compte pour environ: parmi ceux-ci, rapiers, de chaussure. La population grandit, on construit deux nouvelles églises: Saint-François et Saint-Joseph. Autour de la ville, les demeures bourgeoises, telles le domaine de Marc Seguin ou le château de Déomas rivalisent d’élégance. La mégisserie transforme des peaux de chevreaux de grandes qualités en cuirs destinés essentiellement à la confection de gants ou de chaussures pour femmes et enfants. Sous le règne de Charles X près de 300 ouvriers travaillent dans les ateliers qui longent les berges de la Deume et de la Cance. Il seront plus de 1000 lorsque éclate la révolution de 1848 prenant une part active dans la proclamation de la Deuxième République à Annonay. Sous la monarchie de Juillet et le Second Empire 1/3 de la production part directement vers la Grande-Bretagne ou les États-Unis d’Amérique.
Le reste est vendu aux gantiers grenoblois qui exportent leurs produits aux quatre coins du monde. Ainsi Annonay devient la capitale mondiale de la megisserie de chevreau jusqu’à la Grande Guerre fabricant 6 millions de peaux en 1856 et près de 12 millions en 1905 avec une main d’œuvre, masculine, oscillant entre 1500 et 2000 personnes. La ville bénéficie alors d’une renommée internationale grâce à un savoir-faire remontant au moins au, à des négociants implantés dans toute l’Europe qui envoient à Annonay les meilleurs peaux, aux eaux pures qui la traversent et aux banques efficaces comme la Banque Béchetoille. Pourtant, l’amélioration du réseau routier, la création des premières lignes de chemin de fer, mettent fin au rôle d’Annonay en tant que centre commercial pour l’arrière-pays montagneux. Ce dernier est désormais directement en relation avec Saint-Étienne. Les échanges est-ouest qui avantageaient Annonay sont remplacés par des échanges nord-sud qui suivent en particulier la vallée du Rhône. Désormais à l’écart, Annonay, bien que ville natale de Marc Seguin, ne sera reliée au chemin de fer que par une ligne secondaire. Dans le contexte social agité de la fin du Second Empire, une grève mobilise plus de 1500 ouvriers de la mégisserie.
La guerre franco-prussienne de 1870 gèle les exportations: les stocks des usines d’Annonay sont pendant un temps bloqués à Paris. Cette crise amorce le déclin de la mégisserie à Annonay, accentuée par la faiblesse des investissements industriels. Plus de sont licenciés et vont trouver du travail dans d’autres régions. De nouveaux procédés de fabrication de papier sont mis en place, la production se spécialise. La papeterie emploie vers 1875. Une telle activité nécessite beaucoup d’eau, elle est fournie depuis 1867 par la retenue réalisée sur le Ternay. Son eau est distribuée aux habitants grâce à des bornes-fontaines réparties dans chaque quartier. Tandis que l’on commence à voir apparaître la vie associative moderne avec la création des premiers clubs sportifs comme l’Annonéenne, société de gymnastique existant encore au; la presse locale naissante, rend compte d’événements comme les festivités marquant le Centenaire du premier envol d’une montgolfière.
Annonay soigne son entrée principale en créant une nouvelle artère reliant la gare PLM au centre-ville: le boulevard de la République (1883-1888)… Au début, la ville conserve son aspect ancien, à l’exception du quartier de la Gare. Des travaux de construction concernent surtout les industries concentrées dans les vallées industrieuses de la Cance et de la Deûme. « Les Galeries Modernes » (actuelle Maison des Services publics) sont le premier grand magasin d’Annonay. L’église historique de Notre-Dame est reconstruite. En 1910, arrive l’électricité. Les lois sur les congrégations religieuses et sur la séparation des Églises et de l’État trouvent un écho passionnel à Annonay et dans sa région. Les expulsions des religieux et des religieuses, les Inventaires en particulier sont l’occasion de violentes manifestations motivées par la crainte d’un retour des excès de 1793 – 1794.
La Première Guerre mondiale provoque 552 morts originaires d’Annonay. L’entre-deux-guerres est marqué par la visite présidentielle d’Alexandre Millerand en 1923 à l’occasion de l’inauguration du monument en l’honneur de Marc Seguin et par le Troisième cinquantenaire de l’envol de la première montgolfière (1933). L’aspect de la ville reste le même: des rues sales et noires, peu de constructions neuves comme la maison dite «La Vanaude ». La « ceinture dorée » des « châteaux » ou demeures bourgeoises contraste avec le centre-ville et ses taudis et industries polluantes. Sur le plan économique, les industries mécaniques se développent: machines pour la tannerie avec les frères Mercier et surtout fabrication d’autocars. L’ancienne entreprise artisanale de Jean-Joseph Besset devient Renault puis Irisbus, qui y fabriquera l’ensemble de sa gamme d’autobus et d’autocars pour la France. Ces entrepreneurs inventent le concept de la zone industrielle. Les descendants des frères Montgolfier, B.
de Canson, inventent le papier calque, des papiers photographiques. Les tissages connaissent un fort développement. L’hôtel de ville est pris par un incendie. Sa bibliothèque comportant est également la proie des flammes. Durant la Seconde Guerre mondiale, Annonay voit se terminer les derniers combats de 1940, notamment par la résistance des spahis marocains retenant un temps la poussée allemande à l’entrée de la ville, dans de violents combats. Comme de nombreuses villes françaises, Annonay accueille le nouveau régime du maréchal Pétain, mais les habitants déplorent les pillages allemands, la présence de collaborateurs (et miliciens) et la mainmise sur la ville de l’élite industrielle, pilier du régime de Vichy. Cependant, Annonay évolue d’un soutien au régime de Vichy à une franche opposition (surtout après l’instauration du S.T.O), elle est la première ville libérée par la Résistance (A.S. et F.T.P.) du 6 au 17 juin 1944, date de reprise de la ville par les Allemands et Vichy.
En effet, ces derniers ne pouvaient laisser cette enclave ‘libérée » perturber leur retraite du sud de la France. Le 3 août 1944, les Résistants annonéens se distinguent: ils délivrent un train de en le détournant vers Annonay. Trois d’entre eux, étant utilisés comme bouclier par leurs geôliers allemands, meurent dans le combat. La vie associative et culturelle est riche. Les Annonéens fêtent le centenaire de l’ouverture au culte de la nouvelle église Notre-Dame (2012) et de la création de l’usine de Joseph Besset (2013). Les rénovations et les constructions se poursuivent. Le centre ancien fait l’objet d’un projet de rénovation dans le cadre du Programme national de revitalisation des quartiers anciens dégradés (PNRQAD), qui est inclus avec le Zodiaque dans un vaste quartier prioritaire. Le long de la Deûme est aménagée une nouvelle entrée de la ville, elle débouche sur la place des Cordeliers maintenant embellie et débarrassée de son parc à voitures.
La ville, gérée par l’intercommunalité s’étend depuis les vallées de la Cance et de la Deûme en amont d’Annonay, jusqu’au plateau en direction de la vallée du Rhône.