Trélazé
Histoire de Trélazé
Trélazé est une commune de Maine-et-Loire, en Pays de la Loire, qui compte 15 358 habitants. Le nom de localité est attesté sous la forme latinisée Trelaxiacus; Trelazeium en 1157 – 1189. Il s’agit d’une formation toponymique gauloise ou gallo-romane dérivée avec le suffixe -(i)acum, qui a généralement abouti à une terminaison -é dans l’ouest de la France (plus anciennement -ei: Trelazei + désinence latine fictive -um). Le premier élément représente peut-être un anthroponyme latin *Trellasius (formation indigène non attestée) dérivé conjecturel du nom de personne latin Trellius ou peut-être du nom de personne gaulois non attesté *Trexalius, dérivé de Trexius, et devenu *Trelaxius par métathèse.
Le site de Trélazé est occupé dès l’époque gallo-romaine comme l’attestent des vestiges retrouvés à Cartigné. Trélazé est mentionné comme paroisse. À cette époque et jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, son territoire est alors partagé entre seigneuries laïques et ecclésiastiques. Dès le, les ardoisières à ciel ouvert bénéficient d’une belle notoriété. La carrière de Tire Poche, première exploitation connue dans la région, ouvre en 1406, suivie par celle de Bouc Cornu en 1457. Elles produisent une excellente ardoise choisie plus tard pour couvrir par exemple les toits du château de Chambord.
Au fil des ans, les perreyeux creusent, au prix d’un travail pénible, plus de 30 carrières. Ainsi apparaissent sur la veine de schiste ardoisier, buttes et carrières aujourd’hui inondées, appelées désormais « vieux fonds ». À la fin du, 250 ardoisiers produisent annuellement quelque 5 millions d’ardoises. En 1766, les exploitations de Villechien, La Paperie, l’Aubinière, la Noue, les Carreaux emploient déjà plus de 600 ouvriers. Tout au long de l’Ancien Régime l’extraction ardoisière se fait manuellement en connaissant un début de spécialisation entre les ouvriers « d’en haut » (de surface) et « d’en bas » (de fond): remontée de la pierre à dos d’homme par de longues échelles, fendeurs taillant au ciseau des lauzes grossières, eau et déchets évacués du fond à l’aide d’un tour à bras. En 1830, l’avènement de la machine à vapeur permet de s’enfoncer jusqu’à sous terre, mais les fonds deviennent de plus en plus dangereux.
L’installation du gaz en 1847 et la production d’électricité en 1878 orientent l’activité vers l’exploitation en mine. Apparaissent alors dans le paysage, les chevalements du Champ Robert, Hermitage, Fresnaies, Monthibert, Grands Carreaux, nécessitant le travail de plus de. Aujourd’hui, Monthibert au Bourg et la moderne descenderie aux Fresnaies permettent d’atteindre les exploitations souterraines (plus de ). Au cours des siècles, les carriers ou perreyeux connurent conditions pénibles de travail, accidents mutilants et schistose. Les conditions de vie sont précaires. Il faut de longues années d’action syndicale sous l’impulsion de Ludovic Ménard notamment, pour obtenir en 1947 le bénéfice de la sécurité sociale minière et le statut des mineurs.
Jusqu’au milieu du XIXe siècle, et après avoir passé la Révolution sans bouleversement majeur, Trélazé reste un gros bourg mi-ouvrier mi-paysan comme le rappellent les sculptures encadrant la porte d’entrée de l’hôtel de ville. Le développement de l’industrie ardoisière avec ses nouvelles méthodes d’exploitation, et l’établissement d’une manufacture d’allumettes en 1864, appellent une main-d’œuvre nouvelle. Les Bretons en particulier arrivent à Trélazé. Le linguiste Paul Sébillot signale d’ailleurs en 1878 une « colonie bretonnante » d’ouvriers originaires principalement de l’arrondissement de Châteaulin. Le coup d’État du 2 décembre 1851 orchestré par Louis-Napoléon Bonaparte met un terme aux réformes républicaines et démocratiques. Ce coup de force entraîne dans toute la France des insurrections populaires.
Une société secrète du nom de Marianne se fixe pour objectif de renverser le régime et de rétablir une république démocratique et sociale. En Anjou, la société secrète recrute parmi les filassiers et les ardoisiers. Des centaines d’ouvriers des ardoisières de Trélazé se révoltent. L’émeute éclate dans la soirée du à Saint-Barthélemy-d’Anjou. Les carriers pillent la gendarmerie pour s’emparer des armes. Ils pénètrent ensuite dans les faubourgs d’Angers en chantant la Marseillaise par défi contre Napoléon III et le Second Empire.
Le mouvement prend de l’ampleur au cours de la nuit et au petit matin, plus de 600 hommes avec, à leur tête, François Attibert, un ouvrier de carrière marianniste, marchent sur Angers. Prévenue, la force publique les attend avec les armes. Il n’y aura aucune victime, mais on procédera à des centaines d’arrestations. Les responsables Jean-Marie Secrétain, Joseph Pasquier et François Attibert sont déportés à Cayenne. La Loire en crue provoqua des ruptures de la levée en amont à la commune de Trélazé envahissant la vallée du l’Authion. L’eau se déversa alors sur la commune de Trélazé, submergeant les carrières des ardoisières, provoquant la mort d’une demi-douzaine d’ouvriers ainsi que l’arrêt du site pendant plusieurs mois.
À la suite de cette catastrophe, l’empereur Napoléon III se rendit sur le site pour « porter réconfort aux sinistrés » et essayer de restaurer son image ternie par la répression au mouvement de la Marianne. Le chef d’État s’engagea à cette occasion à faire construire une levée protégeant désormais la commune des inondations. Celle-ci existe toujours et est appelée « chemin Napoléon ». À la fin du XIXe siècle, des habitants sont bretons, pour beaucoup d’entre eux originaires des Montagnes Noires ou des Monts d’Arrée; « ils mènent une existence dangereuse et insalubre, exposés sans protection aux maladies pulmonaires occasionnées par les poussières de ces ardoises qu’ils extraient à longueur de journée du fond de profondes galeries, à plusieurs dizaines de mètres sous terre, sans aération et sans aucune mesure d’hygiène. (.) [Les Bretons] travaillent à près de 99% au fond, occupant les postes les plus exposés, les plus insalubres, les plus dangereux et. En 1889, à l’instigation d’un prêtre d’origine bretonne qui était vicaire à Trélazé, l’abbé Durand, 400 d’entre eux partirent de Trélazé vers l’Argentine dans l’espoir d’une vie meilleure; tous y ont disparu sans qu’aucune trace historique les concernant n’ait été retrouvée.
En 1890 les Bretons représentent la moitié des effectifs des ardoisières. Les entreprises encouragent le regroupement familial afin de les retenir, leur proposant des logements décents et prenant en charge la scolarisation des enfants, même si ceux-ci peuvent être embauchés dès l’âge de 10 ans. Leur quartier est surnommé « La petite Bretagne » avec un curé et un médecin bretonnants. L’immigration bretonne décline au début du XXe siècle et, après la Première Guerre mondiale, les entreprises recrutèrent principalement une main d’œuvre étrangère, principalement espagnole. À partir des années 1960, la crise frappe de plein fouet les deux pôles industriels de la ville: licenciement massifs aux ardoisières et fermeture de la manufacture d’allumettes, alors première au niveau national en termes de production. Le gisement étant épuisé, le groupe Imerys annonce en un plan social, et la fin de l’exploitation.