Gien
Histoire de Gien
Gien est une commune de Loiret, en Centre-Val de Loire, qui compte 13 387 habitants. Le nom de la ville est écrit sous la forme Giomum. Elle remonte vraisemblablement à un prototype gaulois Giamo-magos « marché d’hiver ».
On a découvert des traces d’occupation préhistorique à Gien-le-Vieux. Gien fut probablement un centre d’échanges entre cultivateurs carnutes et forgerons éduens. À l’époque romaine, et probablement pendant la période gauloise, le site de Gien-le-Vieux était occupé par un village. On y a en effet retrouvé d’importants vestiges gallo-romains: colonnes, monnaies, etc. Le nom de cette petite cité nous est inconnu. Le site s’est ensuite appelé plus simplement Gien lorsque d’une part Orléans a abandonné son ancienne dénomination et que d’autre part le site initial du Vieux Gien a été lui-même abandonné. Gien-le-Vieux devient une paroisse au haut Moyen Âge, lorsque saint Pérégrin, évêque d’Auxerre (258-304), y fonde l’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul. En 476, Gien est conquis par les Burgondes et forme la partie la partie la plus occidentale du Royaume Burgonde.
Gien et le comté d’Auxerre seront conquis par les Francs en 501 puis intégré au premier royaume de Bourgogne en 534. En 596 le règlement de saint Aunaire, évêque d’Auxerre (572-605), inclut Gien dans les trente principales paroisses du diocèse. En 760, Pépin le Bref, sa femme Bertrade de Laon, et son armée font halte à Gien-le-Vieux avant d’aller combattre les Aquitains et les Vascons. Au, Charlemagne autorise la construction d’une motte fortifiée à l’emplacement du château actuel. Aux, Gien-le-Vieux est victime de troubles dus à la déliquescence de l’empire carolingien et aux raids des Vikings qui pillent les villages riverains de la Loire. La population déserte progressivement Gien-le-Vieux, indéfendable, pour l’éperon de Gien et sa motte fortifiée. Une nouvelle agglomération se développe ainsi à l’emplacement de la ville actuelle. Cependant, Gien-le-Vieux conservera sa paroisse Saint-Pierre-et-Saint-Paul jusqu’au.
La seigneurie de Gien-le-Vieux relève de l’abbaye de Fleury à Saint-Benoît-sur-Loire, tandis que le château puis la ville fortifiée de Gien auront des seigneurs laïcs: Étienne de Vermandois, premier seigneur de Gien autour de l’an mil, les comtes de Nevers par mariage, et les puissants barons de Donzy, comtes de Gien par usurpation en 1156. En 1199, Philippe Auguste se fait céder Gien et son comté par Pierre II de Courtenay, comte de Nevers, et le rattache au domaine royal. En 1246, du temps de saint Louis, un premier pont de pierre est construit; le pont actuel du en inclut certaines parties. Fin la première enceinte de fortifications est construite autour de la ville; trois autres enceintes lui succéderont. Dès lors, la ville est entièrement fortifiée jusqu’en 1824, date de la construction des quais de la Loire. L’église paroissiale de Gien-le-Vieux étant trop éloignée de la ville, une nouvelle église est construite. La paroisse Saint-Laurent est ainsi créée à Gien. Vers 1403, par souci de commodité, on demande la réunion des chapitres de Saint-Laurent et de Gien-le-Vieux.
L’abbé de Fleury à Saint-Benoît-sur-Loire s’y opposa malgré la faible population de sa paroisse. Jean Baillet ( évêque d’Auxerre 1477–1513), qui veut enrichir la cathédrale Saint-Étienne d’Auxerre, souhaite unir la cure de Gien le Vieil au chapitre de la cathédrale, mais lui aussi se heurte au refus de l’abbé de Fleury, qui est à l’époque Jean d’Esclines (1477-1486). L’évêque se rabat alors sur la cure de la collégiale Saint-Laurent de Gien, qu’il réunit au chapitre de Saint-Étienne d’Auxerre en 1485. Or l’église est en si mauvais état qu’on ne peut plus l’utiliser en hiver et guère mieux en saisons plus clémentes. Les chanoines de la cathédrale ne perdent pas de temps: en 1485 ils exposent au pape Innocent VIII que Charles VIII et sa sœur Anne projettent de la rebâtir. Le pape leur accorde une sorte de Jubilé pour les trois premiers jours de la semaine sainte pour les années 1486, 1487 et 1488; mais comme les aumônes cessent avec le jubilé, Jean Baillet accorde en 1486 des indulgences à ceux qui contribuent à réparer la collégiale, laquelle abrite les reliques de sainte Felicule Vierge. La vieille église est abattue avant la fin du siècle, et rebâtie au moins en partie avec l’aide de la princesse Anne. En 1509 l’évêque visite ce chapitre et y établit des règles concernant les chapelains.
Saint Genou était traditionnellement honoré à Gien. Il existait une chapelle Saint-Genou ou saint-Genoulph au nord de la ville dans le faubourg des vignerons, à côté de laquelle les capucins de Gien avaient une maison. Vers le, il existe près de la ville de Gien un prieuré Saint-Fiacre de la Fontaine, dont le prieur est nommé par le prieuré de Flotin. En 1307, Philippe le Bel, donne Gien en apanage à son demi-frère Louis, comte d’Évreux. En 1385, ses héritiers cèdent leurs droits au duc Jean de Berry, qui les revend en 1388 à Philippe le Hardi, duc de Bourgogne. Jean sans Peur, son fils les hérite en 1404, et célèbre au château les noces de sa fille Catherine en 1410. En 1419, Jean Sans Peur est assassiné par le parti Armagnac à Montereau-Fault-Yonne. Gien retourne au domaine royal, mais est bientôt donné en apanage au connétable de Richemont, pour ses services en tant que connétable de France.
En 1427, son compagnon Dunois, délivre la ville des mains bourguignonnes. Après la délivrance d’Orléans en 1429, Jeanne d’Arc convainc à Gien le dauphin Charles de se rendre à Reims pour se faire sacrer roi. En 1430, le connétable de Richemont, tombé en disgrâce, se voit dépouillé de son comté de Gien par Charles VII, au profit de Dunois. En 1481, Louis XI donne en apanage le Comté de Gien à sa fille aînée Anne de Beaujeu. Elle fait de Gien l’une de ses résidences principales. De 1483 à 1491, elle est régente du Royaume, son frère le futur Charles VIII étant mineur. Sous son autorité, la ville s’embellit: le château est reconstruit dans le style renaissance entre 1494 et 1500, le pont est en partie reconstruit, l’enceinte fortifiée est restaurée et agrandie, l’église collégiale Saint-Étienne est reconstruite, le couvent des Minimes est fondé. Gien se pare de beaux hôtels renaissance.
En 1522, Anne de Beaujeu meurt, le comté passe à sa fille unique: Suzanne, épouse du connétable Charles de Bourbon. En 1523, le roi François, qui s’apprête à partir en guerre contre l’Empereur Charles Quint, signe dans le château l’acte qui confie la Régence du Royaume à sa mère Louise de Savoie. Cette dernière déteste Charles de Bourbon et lui confisque le comté de Gien après son acte de traîtrise de Pavie, où il combat son propre roi en 1525 et le fait prisonnier. Après la mort de Louise de Savoie, Gien revient en 1561 à Charles de Bourbon, arrière-cousin très éloigné du félon de Pavie. Gien possède une importante communauté protestante et un temple dès 1559. Gien devient rapidement une place forte protestante, comme ses voisines Châtillon-Coligny, Châtillon-sur-Loire et Orléans. Durant cette période, les églises sont pillées et le clergé chassé. La ligue reprend le contrôle de la ville vers 1587, qui en représailles perd son siège présidial et son bailliage à l’avantage de Bléneau.
En 1616, Charles de Lorraine, duc de Guise, obtient de Louis XIII le comté de Gien. Il le revend un peu plus tard au chancelier de Séguier. La paroisse de Gien-le-Vieux est réunie à celle de Saint-Étienne de Gien. Cette dernière reprend le double patronage Saint-Pierre Saint-Paul. En 1652, pendant la Fronde, Anne d’Autriche, régente du Royaume, Mazarin et le petit Louis XIV trouvent refuge au château alors que les armées royales du maréchal d’Hocquincourt sont vaincues par Condé à Bléneau. Turenne parvient à stopper l’armée de Condé à Poilly-lez-Gien. Le Roi et son entourage peuvent alors se retirer sur Sens puis Paris. En 1672, le chancelier Séguier meurt, laissant le château à sa fille Charlotte, qui épouse successivement Maximilien III de Béthune, duc de Sully (petit-fils de Sully et fils de Maximilien II), puis Henri de Bourbon, duc de Verneuil, fils naturel d’Henri IV.
À sa mort en 1704, le comté passe à Henri Charles de Coislin, évêque de Metz. En 1736, le comté est racheté par Claude Henry Feydeau de Marville, marquis de Dampierre-en-Burly, alors jeune maître des requêtes. Veuf, ayant perdu tous ses enfants et sans héritier direct, il le lègue en 1778 à son lointain neveu Charles-Henri de Feydeau (1754-1802), marquis de Brou, qui le transmet ensuite à son fils cadet. Les Feydeau conservent ainsi le château jusqu’en 1823. La Révolution se déroule sans effusion de sang. La ville devient chef-lieu de district puis sous-préfecture en 1800. Au, la commune possède entre autres une prison, un bureau de bienfaisance, des tanneries, une brasserie, des imprimeries, une usine de grès. Les quais sont aménagés, la faïencerie créée; on construit les halles, l’hôtel-de-ville, l’église Saint-Louis, la gare.
C’est aussi l’époque de crues dévastatrices: 1846, 1856 et 1866, qui noient la ville sous plusieurs décimètres d’eau. La ville s’assoupit dans son beau décor. En 1823, le château est racheté au comte de Feydeau, dernier seigneur de Gien, par le département du Loiret pour y installer le tribunal, la maison d’arrêt et la sous-préfecture. En 1857, le quartier du Berry, en rive gauche de la Loire, est détaché de Poilly-lez-Gien et rattaché à Gien. En 1926, l’arrondissement de Gien est supprimé par la réforme Poincaré. La commune et le canton sont rattachés à l’arrondissement de Montargis. Cependant la ville garde son tribunal, et son centre des impôts. À la fin de la guerre d’Espagne, entre le 29 janvier et le 8 février 1939, plus de réfugiés espagnols fuyant l’avancée des troupes de Franco, arrivent dans le Loiret.
Devant l’insuffisance des structures d’accueil d’Orléans, 46 centres d’accueil ruraux sont ouverts, dont un à Gien. Les réfugiés, essentiellement des femmes et des enfants (les hommes sont désarmés et retenus dans le Sud de la France), sont soumis à une quarantaine stricte, vaccinés, le courrier est limité, et le ravitaillement, s’il est peu varié et cuisiné à la française, est cependant assuré. Une partie des réfugiés rentrent en Espagne, incités par le gouvernement français qui facilite les conditions du retour, ceux préférant rester sont regroupés au camp de la verrerie des Aydes, à Fleury-les-Aubrais. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le pont de Gien est bombardé le 15 par la Luftwaffe, afin de couper la retraite de l’armée française. Ce bombardement entraîne un gigantesque incendie qui ravage les vieux quartiers au pied du château. En 1941, Gien est en grande partie en ruines: 422 immeubles ont été totalement détruits et 921 partiellement. Le centre-ville a brûlé pendant 3 jours et 3 nuits. Les églises Saint-Pierre et Saint-Louis sont détruites, mais le château est épargné par un orage providentiel.
Les Giennois pensent à la lourde tâche de relever la ville. L’architecte urbaniste André Laborie est mandaté par le régime de Vichy pour dresser les plans de la Reconstruction selon un style régionaliste. Les Alliés ont bombardé la zone du pont en juin-juillet; ils n’ont pas atteint leur objectif et n’ont fait que des dégâts collatéraux dont quelques victimes civiles. L’arche centrale du pont a été détruite en août 1944 par les Allemands en retraite. La réelle reconstruction ne démarre qu’après la guerre, en juin 1946. Elle s’effectue d’après le plan Laborie, dans le style des rares immeubles restants. Les Trente Glorieuses voient la ville s’agrandir sur le plateau: les quartiers des Montoires, de Montbricon et la zone industrielle sont construits. Un nouvel hôtel de ville est construit loin du centre-ville, à côté des nouveaux équipements sportifs.
La commune d’Arrabloy lui est associée en 1972. Aujourd’hui, la ville s’élargit, et les quartiers de Cuiry, de la Fontaine et de Chantemerle accueillent de nouveaux habitants mais la population globale diminue depuis le recensement de 1990. En 2023, des manifestations sont organisées dans la ville dans le cadre du mouvement social contre le projet de réforme des retraites. Le 31 janvier, sont recensés selon la police. Puis le 7 et le 11 février, sont comptés selon les syndicats et la police. Le 16 février, la presse (La République du Centre) dénombre et les syndicats 350. Le 7 mars, on remarque un regain dans la mobilisation avec selon la presse. Le 15 mars, défilent selon les syndicats et 650 pour la police.
Le 28 mars, les syndicats comptent, 730 selon la presse et 700 pour la police.
Patrimoine religieux
Le jardin des Boulards, en haut de la ville, abrite des vestiges des remparts qui entouraient la ville au Moyen Âge, ainsi que des arcades de l’ancien hôtel-dieu. L’église porte depuis 1954 le vocable de Sainte-Jeanne-d’Arc. Trois ponts enjambent la Loire à Gien. Le vieux pont médiéval, reconstruit en 1734 et réparé en 1945, est un pont en maçonnerie qui supporte la route départementale 941 (ex-RN 140 de Montargis à Figeac); le nouveau pont, construit en 1980, est en béton pré-contraint et supporte la route départementale 940 (déviation de Gien); le viaduc ferroviaire qui fut l’un des trois ouvrages les plus longs au monde au moment de sa construction.