Gravelines

Histoire de Gravelines

Gravelines est une commune du Nord, en région Hauts-de-France, peuplée de 11 223 habitants. Située à l’embouchure de l’Aa, à mi-chemin entre Calais et Dunkerque, la ville occupe une position stratégique sur le littoral de la mer du Nord. Le toponyme apparaît sous des formes successives: Gravenenga vers 1040, Graveninga en 1097, Grevenigge en 1106, Graveningis en 1127, Gravelenges en 1139, Gravelinghes en 1221. Pour les linguistes Albert Dauzat et Charles Rostaing, l’origine du nom repose sur l’anthroponyme germanique Graoine, complété par le suffixe -ines, dérivé du germanique -ing. Une autre hypothèse rattache l’élément Graven- au néerlandais graven, pluriel de graaf (comte), ou à graƀan (fossé), qui a donné Graben en allemand et gracht en néerlandais. Durant la Révolution, la commune fut renommée Port-d’Aa, et son nom en ouest-flamand est Grevelingn.

Au temps de la conquête romaine, le pays des Morins, dont Gravelines faisait partie, était envahi par les eaux. Ce n’est qu’après l’assèchement du Blootland, vers 800, qu’apparaît une chapelle dédiée à saint Willibrord, évêque d’origine anglo-saxonne. Une carte de Malbrancq représente alors le delta de l’Aa avec le village de Grunberga (Bergues), entouré de Burgus in broco (Bourbourg), Ecclesia in broco (Brouckerque), Saint-Wilbrordi (Gravelines), Koudekerke (Coudekerque-Village), Spikere (Spycker) et Loo berga (Looberghe). Le toponyme primitif de Saint-Willebrod renvoie au saint éponyme: selon la tradition, Willibrord d’Utrecht aurait débarqué en cet endroit après avoir traversé la Manche vers 690. En 1712, le chapitre de la collégiale Saint-Vulfran d’Abbeville remit aux délégués de Gravelines un reliquaire contenant un péroné du saint.

La paroisse de Saint-Willebrod est probablement issue d’un domaine de l’abbaye Saint-Bertin de Saint-Omer, qui possédait dans le secteur quelques terres et une bergerie. Le sanctuaire primitif comportait un chapelain et quelques moines chargés d’évangéliser les environs. Vers 1190, les habitants élèvent une nouvelle chapelle, à laquelle l’évêque Didier des Morins accorde les droits paroissiaux et un cimetière. En contrepartie de cette autonomie partielle, les habitants doivent verser à l’abbaye un tiers de la dîme du hareng. Ce statut suscita rapidement des conflits entre le curé de la paroisse et l’abbaye de Saint-Bertin, dont l’abbé conservait le patronage de l’église et la collation des bénéfices. L’évêque de Thérouanne dut intervenir pour répartir les revenus, mais ces partages firent l’objet de litiges récurrents, auxquels se mêla le magistrat municipal en charge des biens temporels de la paroisse. L’édifice subit également plusieurs reconstructions partielles, souvent réalisées sans grands moyens, comme en 1800 après une tempête qui détruisit la majeure partie du bâtiment.

En 1114 est mentionnée une église Saint-Nicolas, alors dépendance de la paroisse de Bourbourg. Cette année-là, Jean Ier de Warneton, évêque de Thérouanne, autorise à la demande de l’abbé Lambert de Saint-Bertin l’établissement d’un cimetière auprès de l’édifice, contre le versement d’un cens annuel à l’abbaye et à l’évêque. En 1230, le pape Grégoire IX accorde à l’abbé et aux religieux de Saint-Bertin le droit de présenter à l’évêque de Thérouanne deux prêtres supplémentaires pour desservir leurs grandes paroisses, parmi lesquelles Gravelines et Loon. Cette tutelle de l’abbaye n’est pas toujours bien acceptée: en 1233, des arbitres venus de Cambrai sont chargés de trancher un différend entre le curé de Gravelines et l’abbaye.

Au milieu du XIIe siècle, Thierry d’Alsace, comte de Flandre, décide d’ouvrir son domaine sur la mer et fait de Gravelines une place forte. Le petit village de pêcheurs devient alors un port grâce à la canalisation de l’Aa, prolongement du canal creusé par Baudouin VII depuis Watten en 1115. Thierry d’Alsace meurt à Gravelines en 1168, et son fils Philippe d’Alsace poursuit les travaux. En 1163, le comte de Flandre confirme à Gravelines une exemption de tonlieu au bénéfice de la ville de Saint-Omer, qui utilise l’Aa pour son trafic depuis longtemps. Cette exemption avait été accordée à l’origine par Guillaume Cliton en 1127 et régulièrement renouvelée. En 1164, Thomas Becket, en conflit avec son roi Henri II d’Angleterre, aurait débarqué en France à Gravelines.

En 1183, Philippe d’Alsace exempte les habitants de Bourbourg de tonlieu dans le nouveau port désigné comme Greveningh. Les rapports avec la châtellenie voisine de Bourbourg restent toutefois conflictuels, notamment quant aux frontières et aux droits respectifs. En 1212, le futur Louis VIII, fils de Philippe Auguste, prend Gravelines tandis que son père s’empare des villes situées entre Cassel et Bruges. En 1229, le roi Louis IX accepte que le comte de Flandre entoure la ville d’une enceinte, ce qui consolide les premières fortifications réalisées par Thierry d’Alsace vers 1150 (fossés et palissades). En 1244, Gravelines dispose déjà d’un sceau propre. La ville reçoit en juin 1262 une charte de magistrat octroyée par Marguerite de Constantinople, comtesse de Flandre, et confirmée par son fils Gui de Dampierre. Le territoire municipal recoupe en partie celui de la paroisse, ce qui suscitera des litiges avec le magistrat de Bourbourg.

Patrimoine religieux de Gravelines

L’histoire militaire et portuaire de Gravelines a façonné un riche patrimoine bâti, qui inclut l’enceinte fortifiée, l’arsenal et la citadelle. La poudrière de l’arsenal abrite désormais le musée du dessin et de l’estampe. La porte aux boules, la citerne de la citadelle, la caserne Varenne, le moulin des Huttes et la gare s’inscrivent dans cet ensemble urbain marqué par la présence militaire et l’histoire flamande de la cité. Depuis 2002, l’association Tourville construit dans la commune un vaisseau de ligne du XVIIIe siècle, le Jean Bart, sur le modèle de l’Hermione achevée à Rochefort en 2014.

Sur le plan religieux, Gravelines conserve l’église Saint-Willibrord, héritière directe du sanctuaire primitif fondé selon la tradition à l’endroit du débarquement du saint anglo-saxon. Son intérieur conserve la mémoire de plus de huit siècles de vie paroissiale, marquée par les conflits autour du patronage de l’abbaye Saint-Bertin et par les nombreuses inhumations effectuées dans la nef et les chapelles latérales jusqu’à l’époque moderne. La présence ancienne d’une seconde paroisse, Saint-Nicolas, attestée dès 1114, témoigne d’une trame religieuse dense déjà au Moyen Âge, en lien étroit avec les abbayes flamandes de Saint-Bertin et de Bourbourg.

Informations Clés

Eglises sur ce site

Population

11.223 habitants

Région

Hauts-de-France

Département

Nord
(59)

Trouver une église à Gravelines

Recherche
No data was found