Guebwiller
Histoire de Guebwiller
Guebwiller est une commune de Haut-Rhin, en Grand Est, qui compte 11 137 habitants. La première attestation écrite du toponyme de cette commune est datée de 774 sous la forme “Gebunwilare”. Ledit document est un acte de donation du territoire à l’abbaye de Murbach. À la convergence des influences linguistiques variées (inscription territoriale gauloise, invasions des Francs et diffusion du latin) et des dialectes parlés, le nom de la commune est le fruit de deux familles lexicales différentes: le germanique et le latin.
L’origine de “gebun” est inconnue, mais il pourrait venir de l’allemand geben “donner” (en référence au don dont fut l’objet ce territoire) ou gebund, forme tronquée du participe passé de binden “attacher” qui vient du latin villa “maison de campagne” et -aris marqueur d’appartenance.
La ville est mentionnée pour la première fois dans un acte de donation en faveur de l’abbaye de Murbach, du, ratifié par un certain Williarius et dans lequel apparaît la forme primitive du nom de Guebwiller appelée alors villa Gebunvvillare. Il s’agit alors d’un simple domaine agricole. La ville médiévale prendra forme au cours du autour de l’église Saint-Léger et du château du Burgstall. La muraille d’enceinte est érigée entre 1270 et 1287. Le à Guebwiller, les Juifs renoncent à leurs doléances et « à entreprendre une action en justice pour les dommages que leur avaient causés l’abbé Berthold de Steinbrunn et ses prédécesseurs ». Cette mention permet de croire que des Juifs résidaient dans cette ville bien avant cette.
En 1330, les archives citent pour la première fois une « Synagoga Judeorum ». Guebwiller, capitale de la principauté de Murbach, est prospère et compte en 1394. Au fil des ans, la ville connaît de nombreux événements historiques Dès le début du, la ville de Guebwiller est totalement métamorphosée par une industrialisation précoce et spectaculaire. La cité du Florival est considérée comme la Mulhouse des Vosges dès 1828 lorsque Charles X (roi de France), en voyage en Alsace, déclare en désignant des bobines de fil fabriquées par Nicolas Schlumberger « C’est avec cela qu’il faut battre les Anglais ». Plusieurs facteurs expliquent l’industrialisation de Guebwiller.
La proximité de la Suisse et de Mulhouse, d’où est originaire la majorité des entrepreneurs. La présence d’une rivière, la Lauch, qui fournit l’énergie hydraulique nécessaire aux premières fabriques. À la veille de la Révolution, de nombreux agriculteurs ruinés par une crise de la viticulture offrent une main-d’œuvre abondante et bon marché. Enfin, l’absence d’un patriciat puissant, la bourgeoisie locale ayant été étouffée par la tutelle des abbés de Murbach, ouvre la voie à des investisseurs suisses ou mulhousiens qui rachètent les biens du clergé mis en vente après la Révolution. Dès 1805, l’entrepreneur bâlois De Bary fait l’acquisition des maisons canoniales et du château abbatial pour y installer une fabrique de rubans de soie. Il fait d’autre part réaliser la fontaine du Cygne et des Dauphins.
Dans le sillage de De Bary, de nombreux entrepreneurs s’installent dans la capitale du Florival. Les Zurichois Jean-Jacques Ziegler et Louis Greuter créent la maison Ziegler Greuter & CIE dans l’enceinte du couvent des Dominicaines en 1806. Ils y installent une filature, un tissage, un blanchissement et un atelier d’impression d’indiennes. En 1823, cette entreprise est à son apogée avec plus de employés. Cependant, le principal fondateur de l’industrie textile à Guebwiller est Nicolas Schlumberger. Il s’établit en amont de la ville en 1808 en rachetant le moulin de la Bleichenmühle.
Il fonde l’entreprise « Nicolas Schlumberger et Compagnie » en association avec son beau-père Jean-Henri Bourcart, originaire du canton de Zurich, qui finance la construction d’une première filature de coton de broches en 1810. Les bâtiments industriels guebwillerois adoptent au fil du temps différentes formes, en fonction des besoins de la production et des nouvelles techniques de construction. Au début du, les industriels utilisent dans un premier temps des bâtiments préexistants: moulins ou bâtiments ecclésiastiques pour installer leurs fabriques. L’usine-bloc est la première forme d’architecture spécifique à l’industrie textile. Elle apparaît à Guebwiller vers 1830 avec l’entreprise Ziegler, Greuter & Cie, puis avec les établissements De Bary, actuel lycée Deck. Ces usines-bloc sont caractérisées par une forme rectangulaire et allongée.
La façade présente de multiples fenêtres alignées sur l’ensemble des murs pour assurer un éclairage suffisant, et disposent de plusieurs niveaux, entre 3 et 6, qui permettent de disposer les machines, sur deux rangées. Dès le milieu du, apparaît l’usine plain-pied. Une des premières d’Alsace, de style Néo-Tudor, est installée en 1851 à Issenheim, une commune proche de Guebwiller, par Édouard Gast. Cette usine est ensuite recouverte de sheds. La dernière forme architecturale présente à Guebwiller est celle du béton armé. Le premier bâtiment en Alsace est construit en 1911 à Guebwiller.
Cette architecture est encore visible aujourd’hui: il s’agit du « Louvre », bâtiment de l’entreprise N. Aujourd’hui encore la ville de Guebwiller est un musée industriel à ciel ouvert. Les industriels du de la région du Florival utilisent l’énergie hydraulique de la Lauch (rivière qui traverse Guebwiller) principale source motrice des usines guebwilleroises au début. En 1773, à la veille de l’industrialisation, on compte 35 moulins dans la vallée du Florival. Ce n’est qu’à partir de la seconde moitié du que les turbines remplacent peu à peu les roues à aubes. Elles possèdent des inconvénients, notamment le coût de fabrication, leur fragilité et une usure rapide des pâles, mais elles possèdent deux avantages déterminants: un rendement important et une vitesse très élevée.
Les frères Zimmermann font l’acquisition dès 1850 de ce type de turbine que l’on retrouve chez Adolphe Astruc à Buhl en 1856. Aujourd’hui encore ces installations du XIXe produisent de l’électricité pour EDF. Les usines de Nicolas Schlumberger utilisent en parallèle des machines à vapeur dès 1818, mais celles-ci ne se diffusent que lentement et ne remplaceront jamais totalement les turbines et les moulins qui restent actifs tout au long du XIXe. L’industrie va totalement transformer le tissu urbain d’une ville auparavant principalement viticole et ecclésiastique. La population est multipliée par quatre entre 1800 et 1905. Cependant, il faut attendre 1850 pour que la limite des remparts médiévaux soit dépassée.
Les industriels s’installent dans un premier temps dans des bâtiments religieux ou d’anciennes résidences nobiliaires sans modifier le paysage urbain de manière notable. La croissance démographique entraîne dans cette première phase une densification du noyau urbain originel, un nouveau quartier est construit vers 1840 rue Saint-Léger et rue Saint-Antoine et les bâtiments plus anciens sont agrandis par des adjonctions en bois. Les usines installées hors des murs sont rares jusqu’à cette date, on peut citer l’usine N. Schlumberger installée sur les bords de la Lauch hors de la ville, en direction de Buhl, à partir de 1808. La ville ne commence à s’étendre qu’à partir de la deuxième moitié. De nombreuses usines s’installent alors en périphérie comme les établissements Bourcart en direction de Buhl, les établissements Frey en direction d’Issenheim.
Des logements ouvriers sont également construits à proximité de ces nouveaux sites industriels en périphérie du centre urbain d’origine et des faubourgs se forment. La Cité Bourcart construite dès 1856 est la première cité ouvrière d’Alsace, au début du ce type d’habitat représente un logement sur dix. En 1895 la ville atteint son apogée démographique avec 13 000 habitants.
Patrimoine religieux
En 2004, la ville de Guebwiller obtient le label Villes et Pays d’art et d’histoire.