Notre-Dame des Sept Douleurs

Notre-Dame des Sept Douleurs, 15 septembre, compassion de Marie aux souffrances du Christ

Il y a dans l’histoire du christianisme une femme qui ne fait aucun miracle, ne prononce aucun sermon, ne fonde aucune Église — et pourtant, des millions de fidèles se tournent vers elle dans la souffrance. Marie, au pied de la Croix, est la figure de tous les parents qui ont vu mourir leur enfant.

Sept glaives dans un coeur de mère

La dévotion aux sept Douleurs de Marie s’organise autour de sept épisodes des Évangiles, chacun figure par un glaive transperçant le cœur de la Vierge. La première douleur survient au Temple de Jérusalem, quand le vieillard Siméon prend l’enfant Jésus dans ses bras et annonce à Marie : « Un glaive te transpercera l’âme. » Prophétie terrible adressée à une jeune mère qui vient de donner la vie.

Puis vient la fuite en Égypte, la disparition de Jésus au Temple à l’âge de douze ans, la rencontre sur le chemin du Calvaire, la crucifixion, la descente de croix et la mise au tombeau. Sept douleurs qui dessinent l’itinéraire d’une mère confrontée à ce que la vie a de plus brutal.

Une dévotion née au Moyen Âge

C’est au XIIIe siècle que cette dévotion prend forme. Les Servites de Marie, ordre fondé à Florence en 1233 par sept marchands qui avaient tout quitté pour la vie religieuse, en font leur spiritualité centrale. Ils diffusent la méditation des sept Douleurs à travers l’Europe, avec un chapelet particulier composé de sept dizaines.

L’art s’empare du thème avec une puissance extraordinaire. La Pietà de Michel-Ange, sculptée en 1499, montre une Marie d’une jeunesse saisissante tenant le corps de son fils. L’artiste avait vingt-quatre ans. Quand on lui demanda pourquoi la Vierge paraissait si jeune, il répondit que les femmes pures ne vieillissent pas. L’œuvre deviendra l’une des sculptures les plus célèbres de l’histoire.

Le Stabat Mater, un chant universel

Le poème le plus associé à cette fête est le Stabat Mater, composé au XIIIe siècle, probablement par le franciscain Jacopone da Todi. « La Mère se tenait debout, en larmes, au pied de la Croix. » Ces mots simples ont inspiré plus de six cents compositions musicales, de Palestrina à Pergolèse, de Vivaldi à Dvořák, de Rossini à Poulenc.

La version de Pergolèse, écrite en 1736 alors que le compositeur mourait de tuberculose à vingt-six ans, reste l’une des œuvres les plus poignantes de la musique classique. Jean-Jacques Rousseau, pourtant peu suspect de dévotion, la considérait comme le plus parfait morceau de musique jamais composé.

De la douleur à la compassion

La fête de Notre-Dame des sept Douleurs, fixée au 15 septembre — le lendemain de l’Exaltation de la sainte Croix — ne fut inscrite au calendrier universel qu’en 1814, par le pape Pie VII, au retour de sa captivité sous Napoléon. Un pape qui avait lui-même beaucoup souffert et qui voyait dans les douleurs de Marie un miroir de celles de l’Église.

Aujourd’hui encore, cette dévotion reste vivace. En Slovaquie, Notre-Dame des sept Douleurs est la patronne du pays. Au Mexique, en Espagne, au Portugal, les processions du Vendredi saint mettent en scène la Vierge des Douleurs, vêtue de noir, le visage baigné de larmes. Sainte Bernadette Soubirous elle-même, dans ses souffrances, se tournait vers Marie souffrante plutôt que vers Marie triomphante.

Le saviez-vous ?

  • Le cœur transpercé de sept glaives est un motif si populaire qu’il figure encore sur les armoiries de la Slovaquie et sur de nombreux blasons de villes européennes.

  • Pergolèse mourut le jour où il acheva son Stabat Mater, le 16 mars 1736. L’œuvre fut publiée à titre posthume et devint immédiatement l’un des plus grands succès musicaux du XVIIIe siècle.

  • La dévotion aux sept Douleurs a un pendant joyeux : les sept Allégresses de Marie, qui célèbrent l’Annonciation, la Visitation, la Nativité, l’adoration des Mages, le recouvrement au Temple, la Résurrection et l’Assomption.