Voreppe
Histoire de Voreppe
Voreppe est une commune de l’Isère, en région Auvergne-Rhône-Alpes, qui compte 9 758 habitants. Le nom de la localité est attesté sous une suite de formes anciennes: de Vuarapio, Vorapium, Vorappia, Voralpium, Voraypium et Vorape, puis Vorappe et Vorappi. Selon Albert Dauzat, le second élément est le suffixe pré-latin -appa étudié par H. Dittmaier, suffixe que l’on retrouve sous diverses formes en France et en Allemagne dans des toponymes comme Gamaches-en-Vexin. Il s’agit d’un hydronyme qui remonte à l’indo-européen ab- ou ap-, désignant les eaux comme des forces naturelles à caractère religieux, distinctes de l’eau perçue comme matière. Le même Dauzat compare l’élément Vor- à celui de Voiron, qu’il considère comme une évolution de l’indo-européen kar- signifiant pierre. Les formes Vorago Alpium et Voragina Alpium, parfois invoquées, sont en réalité des inventions reposant sur aucun document, proposées au XVIIe siècle par l’historien dauphinois Guy Allard.
L’occupation la plus ancienne du territoire est attestée par des silex taillés trouvés sur le site des Balmes, dans les grottes à Bibi et de Fontabert, datant de la fin du Paléolithique supérieur. Une hache-spatule du début de l’âge du bronze, issue des ateliers de la civilisation du Rhône-Saône, ainsi que des tombes de soldats avec armes de fer découvertes dans la plaine sous les Balmes en 1909, complètent ce panorama. Au début de la période antique, le site fut peuplé par les Allobroges, peuple gaulois dont le territoire s’étendait entre l’Isère, le Rhône et les Alpes du Nord. À partir de 121 avant notre ère, ce territoire dénommé Allobrogie fut intégré à la province romaine du Viennois, dont la capitale Vienne était aussi le siège de l’ancien diocèse romain. Dérivé du latin, le nom de Voreppe rappelle cette situation stratégique aux portes des Alpes, Fors Alpium. Des envahisseurs de toutes origines passèrent par la cluse étroite de Voreppe, Burgondes, Huns puis Sarrasins, ce qui empêcha le grand développement du village.
Au Moyen Âge, un nouveau bourg plus important fut créé un peu plus au nord pour remplacer l’ancien village. Il bénéficia d’une charte octroyée par le dauphin Jean II à la suite d’un éboulement d’une partie de la montagne du massif de la Chartreuse. Par sa proximité avec la ville parlementaire de Grenoble et la richesse de ses terres agricoles, Voreppe devint à la fin de l’Ancien Régime l’un des lieux de résidence favoris de la haute société grenobloise. C’est dans ce contexte que Choderlos de Laclos séjourna au château du Bourg, alors propriété de la marquise de Rousset. Stendhal, dans ses Mémoires d’un touriste, évoque la propriété de son grand-père Gagnon au Chevalon, voisine de la maison de campagne de la comtesse d’Agoult de Montmaur, qui passe pour avoir inspiré le personnage de la marquise de Merteuil dans Les Liaisons dangereuses.
Au début de la Seconde Guerre mondiale, durant la période de mai-juin 1940, après l’invasion des deux tiers du territoire français, les avant-gardes allemandes tentèrent de forcer le seuil de Voreppe à partir du 21 juin mais furent contenues énergiquement sur la route menant à Grenoble. Le 10 juin, l’Italie entra en guerre et l’armée des Alpes résista victorieusement: l’artillerie du XIVe corps d’armée infligea de lourdes pertes aux forces italiennes. Sur un front d’une certaine ampleur et en deux semaines d’affrontement, sous un temps parfois hivernal, vingt-quatre divisions italiennes de premier échelon et huit divisions de soutien furent stoppées par les destructions opérées en avant des positions de résistance et par la mise en œuvre d’un système de défense cohérent appuyé par de puissants feux d’artillerie. Pour prendre l’armée des Alpes à revers, les divisions motorisées et blindées allemandes du XVIe corps occupèrent Lyon, déclarée ville ouverte, le 18 juin, dont les dix ponts restèrent intacts.
Patrimoine religieux
Les ruelles médiévales de Voreppe ont accueilli le passage de Choderlos de Laclos, Stendhal, Stravinsky et Liszt, venus admirer l’église romane bordée par une fontaine ancienne. On peut encore y découvrir les vestiges des anciens remparts ainsi que des maisons médiévales et de la Renaissance, dont les portes portent des linteaux en accolade et les fenêtres sont à meneau. Le château de Voreppe est partiellement classé et inscrit au titre des Monuments historiques par arrêté du 6 juin 1980: façade, toiture, pavillons d’entrée, bibliothèque, grand salon, salon d’angle au sud-est et rez-de-chaussée avec leur décor, grande chambre au sud, chambre jaune au sud et chambre d’angle au sud-est avec leur décor. Il présente un décor en trompe-l’œil de la façade sur rue ainsi que des jardins à la française, et son ensemble château-parc est classé à l’Inventaire des sites. Un monument en marbre blanc dédié à l’Armée des Alpes, au général Marchand et à ses troupes a été érigé à l’intersection de la RD 1075 et de la RD 520 E, dans le secteur de Malossane, en souvenir de la bataille de Voreppe et des résistants des maquis de Chartreuse, victimes de l’armée allemande.