Thann
Histoire de Thann
Thann est une commune du Haut-Rhin, dans la région Grand Est, qui compte 7 766 habitants. Elle se situe dans le piémont sud du massif des Vosges, à l’entrée de la vallée de la Thur, l’une des principales vallées vosgiennes du sud de l’Alsace. Le nom de la ville provient de l’allemand Tanne, signifiant sapin, un arbre qui figure d’ailleurs sur le blason municipal sous forme d’armes parlantes. Le site initial de la ville fut fondé vers 991 près de l’emplacement actuel de l’église Saint-Dominique de Vieux-Thann. À cette époque, le hameau portait le nom de Dan et constituait l’unique habitat le long de l’ancienne voie romaine qui empruntait la vallée de la Thur. Aucune habitation n’a été attestée par les historiens sur l’emplacement de Thann actuelle avant le XIIe siècle. Le développement urbain résulte de deux dynamiques distinctes: d’une part, la création du château de l’Engelbourg par les comtes de Ferrette, à l’emplacement de la ruine appelée l’Œil de la Sorcière, qui suscita un nouveau hameau à son pied, devenu le quartier du Kattenbach; d’autre part, la construction de la collégiale, financée par les dons des pèlerins venus vénérer saint Thiébaut, qui développa une nouvelle cité autour de la chapelle primitive puis de l’église gothique. Cette nouvelle agglomération finit par supplanter l’agglomération originelle, qui prit alors le nom de Vieux-Thann pour se distinguer du nouveau bourg.
L’origine de la ville actuelle est intimement liée à la légende de la translation d’une relique du pouce de saint Thiébaut, évêque de Gubbio en Ombrie, mort le 16 mai 1160. Selon la tradition rapportée dans la Relation sommaire de la vie de Saint-Thiébaut publiée en 1628, le saint laissait à sa mort un serviteur originaire des Pays-Bas ou de Lorraine, témoin pendant de longues années des miracles accomplis par son maître. Cet homme, à qui le saint redevait des gages, voulut se dédommager en dérobant une relique sur le corps du saint évêque. L’affluence du peuple retardait l’enterrement; le serviteur saisit une occasion favorable et enleva un morceau de peau du pouce. Son chemin, en arrivant en Alsace, passait par la vallée de la Thur pour gagner la Lorraine. Avant de s’enfoncer dans ces gorges, il voulut se reposer à l’ombre d’un bois de sapins; il planta son bourdon en terre à côté de lui, en l’appuyant contre un arbre, et s’endormit. Au moment de repartir, le voyageur ne put retirer son bâton du sol. Après plusieurs efforts inutiles, il courut au village voisin chercher de l’aide. Quelques habitants le suivirent et ne réussirent pas davantage à ébranler le bourdon. Pendant ce temps, le seigneur du pays, dont la tradition donne le nom d’Engelhard, voyait du haut de son manoir une grande clarté jaillir à trois reprises de la cime d’un sapin. Il vint sur place, fit avouer le larcin au pèlerin, et fit le vœu d’élever une chapelle à cet emplacement pour y honorer la relique de saint Thiébaut. Aussitôt le bourdon se détacha de l’arbre, et le serviteur reconnut avec tous les témoins que la relique ne devait pas aller plus loin.
Patrimoine religieux
La collégiale Saint-Thiébaut domine le patrimoine religieux de Thann. Principalement de style gothique flamboyant, elle constitue la plus importante représentation gothique d’Alsace après la cathédrale de Strasbourg. L’édifice réunit les trois étapes du gothique: primitif, rayonnant et flamboyant, étalées de la fin du XIIIe au début du XVIe siècle. Il offre un exemple caractéristique du gothique rhénan, comparable aux réalisations de Strasbourg ou de Fribourg-en-Brisgau, avec une flèche dentelée et élancée. Cette flèche, conçue par l’architecte Rémy Faesch, présente une base d’abord carrée puis une partie intermédiaire octogonale. Le portail à trois tympans est unique en France. Une fondation adossée à la Fondation de France, la fondation pour la sauvegarde de la Collégiale de Thann, ainsi que l’Association des Amis de la Collégiale, veillent à la mise en valeur de l’édifice et à la documentation du gothique rhénan, organisant un centre de documentation à l’usage des étudiants et des chercheurs. Le grand orgue, construit par Martin Rinckenbach en 1888, a été reconstruit par Michel Gaillard en 2001. L’instrument vieillissant et essoufflé avait nécessité une rénovation, conséquence des deux guerres mondiales; l’Association pour le rayonnement et l’animation des orgues de la collégiale (AROC) a été créée à cette occasion. Elle organise des concerts et invite des organistes français et européens, ainsi que des ensembles harmoniques accompagnés par l’orgue. Dans le chœur de la collégiale se trouvent plusieurs tableaux du peintre François Hillenweck, issu de la famille Hillenweck. À l’extérieur, la douzaine de grandes statues de saints disposées sur l’édifice est l’œuvre du sculpteur Karl Hils. L’ensemble fait de la collégiale l’un des principaux édifices gothiques du sud de l’Alsace et un témoin majeur du rayonnement médiéval de la ville.