Bourganeuf
Histoire de Bourganeuf
Bourganeuf est une commune de Creuse, en Nouvelle-Aquitaine, qui compte 2 450 habitants. Lo Borgon Nuòu en limousin, prononcé [buˌrɡu ˈnjɔw].
Bourganeuf (« Borgon Nuòu: petit bourg neuf ») doit sa création à une commanderie d’Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem (certains disent de Templiers, rien n’est moins sûr). Cette commanderie devint ultérieurement le siège du grand prieuré d’Auvergne, qui fut transféré à Lyon en 1750 par le prieur Amable de Villelume de Thianges. L’enclave de Bourganeuf, à l’origine de l’élection de Bourganeuf au siècle, constituait un territoire poitevin au milieu des terres limousines et marchoises, dans la mouvance donc du comté de Poitou. Elle rassemblait entre 700 et, autour de Bourganeuf, Peyrat et Saint-Julien (avec la seigneurie des princes ou comtors de Laron), Pontarion, Nedde, Royère. Il semble que cette enclave provienne d’un démembrement vers 1260 du comté de la Marche (alors aux Lusignan) en faveur de Guy de Lusignan (v. 1269-1308), frère puîné du comte Hugues XII, plutôt que d’une origine poitevine bien plus ancienne.
Bourganeuf conserve pourtant d’importants vestiges de ce grand prieuré: les bâtiments conventuels (devenus l’actuel hôtel de ville), une tour construite par Jean de Lastic en 1530, l’église Saint-Jean ( – ), mais surtout la célèbre Tour Zizim. À la mort de l’empereur ottoman Mehmed II, le conquérant de Constantinople (1453), ses deux fils, Jem (turc: Cem), appelé Zizim par les Européens et Bayézid II, se disputent le pouvoir. Défait à deux reprises, Djem se met sous la protection des Hospitaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem à Rhodes. Il est reçu par le grand maître Pierre d’Aubusson le. Traité avec déférence, mais en otage, il est conduit, sous la garde de Guy de Blanchefort, devenu grand maître de la Langue d’Auvergne depuis 1476, dans le comté de Nice, dans le Dauphiné, et enfin à Bourganeuf, siège du grand prieuré d’Auvergne, où il reste en captivité de 1486 à 1488 dans la tour construite à son intention, qui porte encore son nom francisé: Tour Zizim. Son séjour en France a donné lieu à bien des légendes romantiques.
On lui prête, à Sassenage (Dauphiné) et dans la Marche, des aventures sentimentales invraisemblables, de même qu’on a cru — George Sand et d’autres — devoir lui attribuer la confection des tapisseries dites de La Dame à la licorne aujourd’hui conservées au musée du Moyen Âge (ancien hôtel de l’abbaye de Cluny à Paris). Les croissants de lune présents sur l’écu de la dame appartiennent en fait à la puissante famille lyonnaise des Le Viste et n’ont donc rien à voir avec le prince musulman. Djem quitte Bourganeuf le pour être remis au pape Innocent VIII. Il arrive à Rome le et réside au château Saint-Ange. En 1494, le pape Alexandre VI est contraint de le remettre au roi de France Charles VIII, entré en Italie, et qui envisage, depuis le royaume de Naples, une croisade en Grèce, possession de l’Empire ottoman. Djem meurt en 1495 à Capoue, dans des conditions jamais élucidées.
Sa dépouille est ramenée en Turquie pour être inhumée à Brousse, où son tombeau existe toujours. La ville de Bourganeuf a été la troisième ville française à recevoir l’électricité en 1886, et la première avec le transport de l’électricité à longue distance. Les eaux du ruisseau du Verger, qui avait accueilli la dynamo de sa première usine, furent trop basses pendant l’ pour alimenter correctement les soixante lumières de Bourganeuf. Il fut alors décidé d’utiliser la cascade des Jarrauds d’une hauteur de et qui pouvait assurer une production largement suffisante, malgré sa distance de Bourganeuf, à. C’est grâce à l’initiative de l’ingénieur Marcel Deprez et après trois années d’études et un an de travaux de à, que les installations des usines de la cascade des Jarrauds et de Bourganeuf furent les premières en France de transport d’électricité sur une telle distance. L’installation comprenait une turbine hydraulique de avec une génératrice de.
Le câble électrique qui reliait les deux sites avait un diamètre de. Ainsi fit réalisé un éclairage public de la ville (rues, mairie, église, cafés) avec. Pour couronner cette prouesse technique, le premier téléphone de la région reliait les installations de la cascade et de Bourganeuf; alors qu’en France, l’utilisation commerciale du téléphone datait seulement de 1879. Bourganeuf fut chef-lieu de district de 1790 à 1800 et chef-lieu d’arrondissement jusqu’en 1926. La ville est bombardée par l’aviation allemande (Légion Condor): 14 morts, des dizaines de blessés et sept maisons détruites. Des Allemands d’une des divisions Das Reich rassemblaient les hommes de Bourganeuf dans un garage automobile de la ville.
Ils ont été retenus en otage quelques heures avant d’être libérés grâce aux négociations du maire de l’époque, François Graux. le commandant allemand, Helmut Kämpfe a eu le temps d’apprendre que quelques kilomètres plus loin les Résistants guéretois, avait repris la ville. Jacques Chapou, résistant membre des Francs-tireurs et partisans, fut capitaine des FFI dans le Lot, en Corrèze et dans la Creuse. Il a été à l’œuvre de la prise de Tulle, reprise par les SS sous le commandement de Heinz Lammerding, avec le Massacre de Tulle. Il meurt le près de Bourganeuf. Pris dans une embuscade tendue par un élément de la Brigade Jesser, blessé, il vide son chargeur contre ses assaillants avant de se donner la mort plutôt que de se rendre.
En 1970, l’affaire des amants diaboliques de Bourganeuf inspire le film Les Noces rouges de Claude Chabrol sorti en 1973.