Histoire de Gap

Gap est une commune de Hautes-Alpes, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui compte 40 500 habitants. en provençal alpin et en français à Gap. Le nom de la localité est attesté sous les formes Vappinquo dès 17 av. (quatrième gobelet de Vicarello); Vappincum avant le, réduite par la suite à Vappum; Wappincensis [ecclesiae] en 876.

Le toponyme Vappincum s’analyse sur la base d’un radical Vapp- de sens inconnu et du suffixe -incu d’origine ligure que l’on retrouve de la Provence et du Massif central aux Alpes (cf. Arlanc, Nonenque, Moirans, Morencum au, Lemenc, quartier de Chambéry, anciennement Lemencum). La forme Gap remonte en réalité à la forme abrégée Vappum, bien attestée, par chute de la finale.

Le V- du radical a été traité comme un W- germanique, selon le cheminement phonétique [w]> [gw]> [g]). Cette évolution phonétique se serait faite plus spécifiquement sous l’influence de la langue gotique. Le nom en provençal gavot (vivaro-alpin) est également Gap.

Le toponyme Gap est expliqué par le linguiste Xavier Delamarre tels que: « Dans la toponymie, la souche Vap- < *ṷokw- se continue aussi probablement dans l'ancien nom de la ville de Gap, donnée Vapinquum par l'Itinéraire d'Antonin et Vappincum par l'Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem."."À côté du thème Vepo-, bien attesté en gaulois, et dont le sens est probablement 'voix', on a un thème Vap-, Vapus- de l'onomastique personnelle qui se relie probablement à la même racine indo-européenne ṷekw- 'parler', continuée par le latin vōx, le sanskrit vac-, le tokharien A wak, le tokharien B wek 'voix', etc." La forme celtique initiale est donc *uapincon, formé de la racine indo-européenne *wek/wok donnant le gaulois uep/uop passé à uap « parler », dérivé à l'aide du suffixe -inco, qui n'est pas rare dans les noms de lieux celtiques de l'Europe ancienne.

Le premier peuplement de Gap daterait du néolithique. La culture de ces premiers habitants faisait partie du Chasséen méridional. Les très rares témoignages de l’époque préromaine sont constitués par les vestiges d’un oppidum situés au sommet de la colline de Saint-Mens avec quelques traces visibles d’un dolmen mis au jour en 1866 et d’un ancien cimetière au lieu-dit Pré Camargue; mais aucun reste n’a été conservé de ces deux dernières découvertes. Des deniers gaulois ont également été retrouvés. Selon l’historien Jean-André de Luc dans Histoire du passage des Alpes par Annibal, Gap est la capitale du peuple celto-ligures des Tricorii. Ces peuples, appartenant probablement à des tribus Caturiges, étaient de langue celtique. Une autre hypothèse est qu’il s’agit de la capitale des Avatiques. Le Gapençais fait alors partie du territoire des Voconces, peuple gaulois romanisé lors de la conquête de la Narbonnaise en 125-124, dont les capitales étaient Luc-en-Diois et Vaison-la-Romaine.

Vers 20, Cottius, un chef de tribus de la vallée de Suze, allié à Rome, et exhorté par Auguste, entreprit l’édification d’une voie de communication dans la vallée de la Durance. Il dut soumettre les différents peuples concernés, ceux-ci désireux de conserver leur indépendance. Cet itinéraire, édifié entre 14 et 6, et qui reçut le nom de Via Cottia per Alpem, reliait Turin à Sisteron et comportait six stations. La ville de Gap a été fondée à partir d’une de ces stations. En 22, le site de Gap devient le départ d’une voie romaine vers Valence. À cette époque, l’emplacement de la future ville se résumait à un camp romain. Ce camp était protégé par un mur terrassé entouré d’un fossé. Il était le plus important entre Montgenèvre et Sisteron.

La garnison qui l’occupait pouvait être estimée à. Ceux-ci provenaient des peuplades alentour. Ils étaient chargés de protéger les utilisateurs des voies romaines contre les pillards. Plus tard, un axe vers le Champsaur est créé. Le site de Gap prend de l’importance en devenant un nœud de communication. Durant les premiers siècles, la population s’accroît de façon importante, agriculteurs, marchands, colons venus d’Italie ou des régions avoisinantes vinrent se grouper sous la protection des légionnaires romains. Vers la fin du et au, est édifiée une nouvelle fortification. Ces remparts, qui entourent totalement la première enceinte, sont composés de onze côtés et de onze tours qui protègent les habitants de la ville des invasions barbares.

Le monde romain se sentit en effet très tôt menacé par les envahisseurs germaniques. La superficie enclose, fait de Gap un gros bourg. La région évangélisée aux, un grand diocèse fut créé en incorporant à la cité d’Aix toute la vallée de la Durance jusqu’à Chorges, et à partir du concile de Nîmes de 396, Remigius fut chargé de le diriger. Au moment où la hiérarchie chrétienne, qui symbolisait la paix romaine et l’organisation sociale, s’implantait à Gap, l’Empire romain qui avait apporté à ses habitants un début de civilisation et un espoir de progrès, tombait en décrépitude puis succombait sous le coup des envahisseurs germaniques, auparavant maintenus au-delà du Rhin. Ils commencèrent à envahir la Gaule vers 400. La région des Alpes, longtemps épargnée, parce qu’elle était pauvre, fut envahi par les Wisigoths en 412 et occupé par les Burgondes dès 450. Puis vinrent de nombreuses incursions barbares, des hordes germaniques, vinrent du nord, les Danois, les Scandinaves, de l’est, les Hongrois, les Huns, du sud les Sarrasins. Gap et sa région firent partie du comté de Provence constitué à la fin du, puis du comté de Forcalquier qui s’en est détaché.

Les évêques de Gap étaient aussi les seigneurs temporels de la ville. Mais leur contrôle fut longtemps contesté par les officiers des comtes de Forcalquier, notamment sous l’épiscopat d’Arnoux, qui devint par la suite le saint évêque de la cité. Les terres allodiales du comté de Gap étaient: La Bâtie-Neuve, Rambaud, Châteauvieux, Le Glazil, Lazer, Le Noyer et Poligny. À partir de 1044, le comte de Provence devient l’hôte de l’évêque. Le pouvoir quasi absolu de l’évêque ne trouve ses bornes que dans ces liens d’homme à homme qui sont spontanément noués depuis deux siècles entre gouvernant et gouvernés. La souveraineté de l’évêque est exercée par ses officiers (bailli, procureurs d’offices, chapitre). Le chapitre organisé au début du a ses officiers, doyen, sacristin, archidiacre, et compte 15 à recrutés parmi les bourgeois et la noblesse de la ville. A cette bourgeoisie gapençaise, dont l’origine peut être considérée comme très ancienne, car il n’y a pas de cloison étanche entre la civilisation gallo-romaine et celle du haut Moyen Age, viennent s’agréger aussi des éléments étrangers: dauphinois, provençaux du sud, italiens, un très grand nombre d’individus qui, après avoir suivi la grande route, ont trouvé à Gap une place de choix.

Cette population urbaine s’organise dès le. Comme dans toute la moitié sud de la France, les institutions gallo-romaines sont conservées (en particulier le système juridique) et les magistrats municipaux prennent le nom de consuls tandis que le régime municipal adopte celui de consulat. L’évêque de Gap, en principe souverain dans la cité de Gap, y logeait tout de même le comte de Provence et de comte d’Albon. La politique des évêques fut donc très délicate, prise entre trois feux: ceux du Dauphin, ceux du comte et ceux de la commune naissante. Les bourgeois de Gap profitant du passage dans leur ville de Gautier de Pabiatis, vicaire impérial, obtinrent la reconnaissance officielle de leur consulat et de leurs libertés: droit d’élire leurs consuls, d’avoir un juge, des revenus communaux, droit de légiférer en matière de police et de finances. Cet acte de 1238 constitue la Charte de la commune de Gap. En tant que gouvernement, le consulat de Gap est composé d’un corps de deux à quatre consuls, ou syndics, ou entrent généralement un chanoine du chapitre et de un à trois nobles, corps représenté occasionnellement par un syndic. Ce corps peut déléguer des officiers inférieurs tels que des mandatores ou des banniers.

Il est assisté d’un conseil restreint qui approuve ses décisions. Un conseil général des habitants est exceptionnellement convoqué au son de la cloche, lors des décisions graves, à propos de la cession du consulat au dauphin en 1271 par exemple. Les attributs de la seigneurie, entre les mains des consuls, sont la maison du consulat, la cloche, les clés et la prison. Le consulat a de la seigneurie, non seulement les attributs, mais encore la réalité du pouvoir, il acquiert des fiefs, tel la seigneurie de Furmeyer en 1253, engage des combats, même contre le dauphin, lors de la prise et destruction du château de Montalquier en 1257. Il prête enfin serment de vassalité comme il le fait au dauphin en 1271. Parmi les attributions consulaires, figurent en premier lieu le droit de légiférer, ensuite la juridiction. Elle comprend d’autre part, la police des bans ou amendes, à percevoir par les gardes consulaires à Gap et dans son territoire. Il y avait également une prison consulaire.

À la mort du dernier comte de Forcalquier en 1209, les régions d’Embrun et de Gap étaient transmises au Dauphiné tandis que celles de Forcalquier et de Sisteron retournaient au comté de Provence. C’est pour cette raison que le blason actuel de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur porte le blason du Dauphiné. En 1349, le Dauphin de Viennois Humbert II transmit sa principauté au petit-fils de Philippe VI de France, le futur roi de France Charles V. De 1349 à 1457, le Dauphiné demeura une principauté séparée de la France, dont le prince était le fils aîné du roi de France. En 1457, Charles VII mit fin à ce statut et intégra la province au royaume de France. Les templiers possédaient une maison à Gap, établissement secondaire qui dépendait d’une commanderie. La création du consulat qui gouvernait la ville remonte à avant 1209. Au, la ville profite des bénéfices de l’installation des papes à Avignon qui lui apporte un passage plus fréquent de voyageurs pour développer un artisanat de laines et de peaux qui la fait prospérer.

Les liens avec Avignon sont renforcés par la présence de nombreux clercs de l’entourage du pape au sein du chapitre des chanoines de Gap. Gap est une ville fortifiée dès le et compte sept portes. Les sont des périodes particulièrement sombres pour la ville. Les Guerres de religion sont meurtrières dans la région. Gap est un fief catholique, alors que le Champsaur a basculé dans la « religion prétendument réformée ». Il est à noter que le célèbre réformateur protestant Guillaume Farel (Natif des Farreaux près de Gap) prêchera avec ferveur dans le Dauphiné et en Suisse, après sa participation à l’embryon de la Réforme française de Meaux. Après diverses escarmouches, François de Bonne de Lesdiguières, chef des protestants, décide d’attaquer Gap, pourtant protégée par. Dans la nuit du, François Philibert, dit « Cadet de Charance », lui ouvre la porte Saint-Arey, et lui permet de pénétrer par surprise dans la ville.

De Bonne incendie la cathédrale, pille les couvents. Remarqué par, Lesdiguières mènera une longue carrière au service des rois de France qui lui vaudront d’être nommé maréchal de France, gouverneur de la province du Dauphiné et à la suite de sa conversion au catholicisme de devenir le dernier connétable de France en 1622 à la fin de sa vie. En 1692, les troupes du souverain piémontais, engagé dans la Ligue d’Augsbourg contre la France de Louis XIV, prennent la ville, abandonnée par ses habitants, le 29 août 1692-. Gap est pillée et incendiée: sur les de la commune, 798 sont détruites. Aux, selon les géographes et voyageurs de l’époque mais également pour l’autorité royale, Gap fait partie des dix villes de la province du Dauphiné bien que ce statut soit accordé sans que des critères clairs (démographiques, administratifs, religieux, militaires ou économiques) soient établis. Ce statut leur valait de pouvoir envoyer des députés aux états de la province avant que ceux-ci ne soient suspendus mais également de subir une fiscalité plus lourde. Les témoignages datant de cette époque sont peu nombreux et souvent peu précis car le Dauphiné ne fait pas partie des régions fréquentées par les voyageurs. Pour tous Gap est néanmoins une ville mineure.

Jouvin de Rochefort remarque que sa cathédrale qui (la cathédrale, tombée en ruines, sera reconstruite au ). Sur le plan économique au, Aymar du Rivail note à Gap l’existence de fabriques de chandelles en graisse de chèvres. Au Pierre Davity note que Gap est un centre de négoce actif du froment et de l’huile de noix. Jouvin de Rochefort souligne le rôle joué par la ville dans le commerce entre la France et l’Italie et la fertilité des campagnes voisines qui en font une des villes bonnes et riches de la province malgré son enclavement dans les montagnes. Il y a peu de témoignages sur l’urbanisme à cette époque. Jouvin de Rochefort signale. Mais Piganiol trouve que Gap est. Sur le plan démographique, Gap compte dès 1635 environ et fait partie des six villes les plus peuplées du Dauphiné.

La population descend à en 1690 avant de remonter vigoureusement au: elle passe à en 1725 et en 1760. L’exercice de la justice est à cette époque une marque de l’importance d’une agglomération. Gap devient un chef lieu de bailliage à compter de 1512 (à la suite de la confirmation du rattachement de la ville au Dauphiné, Gap remplace Serres). Gap rassemble 88 juridictions seigneuriales mais elles doit en laisser Serres exercer 22 et Veynes 14. Par ailleurs, les seigneuries voisines de Tallard et du Champsaur et la justice seigneuriale à Gap était exercée sans partage par l’évêque de la ville. Les juridictions seigneuriales ayant leur siège à Gap amenaient chaque année environ 2000 à 3000 plaideurs à Gap avec un pic d’activité marqué à la belle saison. Dans la première moitié du, le pouvoir royal (Richelieu) décide de renforcer son pouvoir au détriment des parlements des régions. Profitant de la mort du gouverneur de la province de Lesdiguières en 1626 et d’un conflit qui oppose le tiers état à la noblesse et au clergé (Procès des tailles) Richelieu lance une réforme fiscale qui doit mettre fin aux particularismes du Dauphiné et priver le Parlement du Dauphiné de l’essentiel de ses pouvoirs.

Dans le cadre de cette réforme, la répartition des impôts échappe désormais au parlement régional (ce qui met fin en partie aux privilèges que s’octroyait le clergé et la noblesse) et est pris en charge par un représentant du gouvernement royal, l’intendant. Ces représentants royaux sont nommés dans dix villes de la province (les élections). Gap devient le siège d’une de ces élections et sa compétence s’étend aux bailliages d’Embrun et de Briançon. Le Parlement du Dauphiné perd également son rôle de juge suprême. Pour Gap, cela se traduit par la création dans cette ville d’un bureau des finances et d’une juridiction des gabelles. au, Gap profite pleinement de l’expansion de l’administration royale. On y trouve ainsi les services administratifs des haras, de la régie générale, de la marque des cuirs, de l’administration générale des domaines et la maréchaussée. Dès le, Gap est le siège de deux autres ordres mendiants.

Au, période la Contre-Réforme catholique qui voit la création de nombreux couvents (une centaine dans le Dauphiné), deux nouveaux ordres s’établissent à Gap malgré l’opposition, dans le cas des capucins, du gouverneur huguenot de la ville Montauban de Villars. Le premier séminaire de Gap est installé d’abord à La Roche des Arnauds en 1675 avant d’être rapatrié dans la ville quelques années plus tard. À la veille de la Révolution française, l’habitant du Dauphiné est loin d’être libre. Il est exploité par des seigneurs laïques ou ecclésiastiques (à Gap l’évêque de Gap). Dans les villes comme Gap, il dispose d’un peu plus d’autonomie. Les idées des Lumières n’y sont pas inconnues mais l’influence de l’église reste importante. Profitant de la crise financière qui frappe le régime dans les années 1780, les États de Dauphiné, comme ceux des autres provinces, tentent d’affirmer leurs droits: à l’issue de trois réunions, dont la dernière se tient à Romans le 31 décembre 1788, les représentants des trois ordres (noblesse, clergé, tiers-état) définissent une ligne politique commune. Devançant la procédure de rédaction des cahiers de doléances (modalités définies par le pouvoir royal le 28 janvier 1789), l’assemblée produit un document qui exige la rédaction d’une constitution pour le royaume, la consultation des trois ordres réunis et le vote par tête au lieu du vote par ordre.

Durant le printemps 1789, le sud de la France connait une pénurie partielle de blé. L’évêque de Gap, François-Henri de La Broüe de Vareilles, choisit ce moment pour rétablir une taxe (le droit de cosse) sur le commerce des grains arguant ses charges. Cet acte déclenche un mouvement de protestation populaire qui prend la forme le 22 mars d’un caillassage du domicile de l’évêque et de la procession devant la cathédrale. Après avoir maintenu ses exigences, l’évêque finit par renoncer à l’application de la taxe deux semaines plus tard. Les États généraux de 1789 ne comportent aucun représentant des Hautes-Alpes stricto sensu mais il y siège l’abbé Rolland natif de Gap et vicaire à la Motte-du-Caire (Alpes de Haute-Provence) qui va défendre les intérêts de la ville lors des délibérations de l’Assemblée nationale et qui militera pour la création d’un département centré sur Gap. Par ailleurs, Paul-Esprit Delafont, fils du subdélégué de Gap, va assister et témoigner des événements parisiens de la Révolution. La réforme administrative qui accompagne la Révolution française permet à Gap d’assoir son rôle de centre administratif. Sous l’Ancien Régime, sur le plan administratif, Gap est le siège d’une subdélégation au même titre que Briançon, Queyras et Embrun.

Toutes dépendent de la délégation dont le siège est à Grenoble. L’administration fiscale (élection) de ce qui va devenir le futur département des Hautes-Alpes est déjà à Gap (à quelques paroisses près). Sur le plan judiciaire, le territoire du futur département est réparti entre trois bailliages dont les sièges sont à Briançon, Embrun et Gap mais certaines communes relèvent d’autres bailliages. Enfin sur le plan religieux, le territoire est partagé entre l’archidiocèse d’Embrun et le diocèse de Gap qui lui dépend d’un autre archidiocèse. La Révolution française va unifier tous ces découpages administratifs. En 1790, la province du Dauphiné est scindée en trois départements: la Drôme, l’Isère et les Hautes-Alpes. Gap, après de vifs débats qui opposent ses représentants à ceux d’Embrun, est choisie comme préfecture et donc devient l’unique siège de l’administration du territoire. Les Hautes-Alpes deviennent alors le plus haut département de France (la Savoie ne fait pas partie du territoire français à l’époque)

En 1802, le baron Charles-François de Ladoucette est nommé préfet des Hautes-Alpes. Sous son administration, la ville de Gap et le département des Hautes-Alpes connaîtront un certain essor. Il fera construire des routes reliant Gap à l’Italie par le col de Mongenèvre et à Valence par le col de Cabre et créera la pépinière départementale. Il lance le projet de redressement des rues moyennageuses et fait démolir les remparts. Son rôle est commémoré par une statue réalisée par le sculpteur gapençais Jean Marcellin et érigée en 1866 sur le cours qui porte son nom. De retour de l’île d’Elbe, Napoléon s’arrête à Gap le 5 mars 1815. Reconnaissant de l’accueil de la population de ces régions, il adresse aux Haut-Alpins un message les remerciant de leur accueil. Malgré sa faible taille et son isolement, Gap joue au milieu du un rôle de métropole pour l’espace économique qu’elle domine et dispose d’un petit centre industriel.

Un érudit local a fait rétrospectivement l’inventaire de ces activités en se basant sur ses souvenirs. Les tisserands, qui occupaient le quartier de Saint-Arey (au nord-est) représentaient un quart de la population de Gap. Les peigneurs et cardeurs sur laine étaient installés dans le quartier de Chaudière où ils étaient 350 au milieu. Parmi les autres métiers figuraient les chapeliers et les cordiers ainsi que deux brasseries fondées en 1820 et en 1832 qui avaient prospéré grâce à la maladie du vignoble. Une affaire de roulage (diligences) créée à Gap par JJ Aubert en 1809 entretient jusqu’à 1200 chevaux sur l’ensemble du territoire desservi. Les activités semi-industrielles et artisanales sont balayées par l’arrivée du chemin de fer en 1875 et la montée en puissance des grands centres industriels de la région. Les tisserands sont chassés par les manufactures en particulier celles de la ville de Voiron (Isère). Les peigneurs et cardeurs disparaissent en 1875 car ne pouvant faire face à la concurrence étrangère et au peignage mécanique des grands centres de production.

Les brasseries ne peuvent résister à la concurrence des bières allemandes et du nord de la France arrivant désormais par le chemin de fer tout comme l’affaire de roulage créée par JJ Aubert. La commune de Chaudun, qui occupait le vallon supérieur du Petit Buëch au sud-est du massif du Dévoluy, était situé à environ 1300 mètres d’altitude au centre d’un large vallon de forme circulaire —le « cirque de Chaudun »—, ceinturé de sommets dépassant les 2000 mètres. Le village, qui comptait 126 habitants en 1884 vivait en quasi en autarcie car les accès à Chaudun étaient particulièrement limités et difficiles, surtout en hiver. Découragés par la difficulté de vivre en ce lieu inhospitalier, les habitants de Chaudun offrirent à l’État de lui vendre leurs terres. La vente eut lieu en 1895 pour une somme de 186 000 francs-or. Une fois l’acte conclu, tous les habitants durent quitter le village, plusieurs émigrèrent, et le territoire de la commune vide d’habitants fut annexé à celui de Gap, qui lui était contigu au sud-est. La commune de Chaudun fut réunie à celle de Gap par un arrêté préfectoral du 22 octobre 1895. Lors de la Seconde Guerre mondiale, la ville fait partie de la zone libre.

Mais après novembre 1942 et l’Opération Anton, elle est intégrée à la zone occupée. Après l’Opération Overlord du 6 juin 1944, les Allemands placent quelque 1000 hommes pour tenir la cuvette de Gap, point clé de l’axe Cannes-Lyon. Jean Drouot-L’Hermine, résistant gaulliste de la première heure et soldat accompli (il a à son actif plus de formés au combat et une centaine de sabotages) est envoyé par le GPRF du Général de Gaulle pour libérer la ville au nom de la Résistance. Aidé par les Résistants et maquisards locaux, il n’a cependant pas les moyens de prendre la ville par la force. Il se lance alors avec ses hommes dans une campagne de sabotages et d’attentats qui dure plus d’un mois. Après avoir isolé la ville en détruisant les infrastructures de transport l’entourant (viaducs, lignes de chemin de fer, ponts…), les FFI parviennent à se rallier la population et à donner à l’occupant l’impression d’un encerclement. À la mi-août 1944, Drouot-L’Hermine, qui a perdu son bras droit Paul Héraud quelques jours plus tôt, envoie deux émissaires pour négocier la reddition des Allemands. Ces derniers sont persuadés de faire face à un soulèvement de grande ampleur, et acceptent de déposer les armes à condition que ce soit face à des troupes régulières (ils refusent donc de se rendre aux Résistants).

Alors que les Américains ne sont plus qu’à une cinquantaine de kilomètres, le temps presse pour Drouot-L’Hermine. Il a en effet reçu de De Gaulle l’ordre de libérer la ville avant l’arrivée des Alliés, afin d’appuyer la position de la France comme nation victorieuse, libérée grâce à la participation active de la Résistance. Drouot-L’Hermine élabore alors un nouveau stratagème. Il parvient à convaincre les Alliés de faire avancer un de leurs chars en terrain ennemi, et de tirer quelques salves à proximité de Gap. Les tirs résonnent dans la vallée, et les Allemands identifient immédiatement le bruit caractéristique d’un char, arme que les maquisards ne peuvent pas détenir. Pensant alors avoir affaire aux Alliés, les troupes du Reich se rendent aux Résistants. C’est ainsi que quelques centaines de Résistants ont pu capturer 1200 soldats allemands, dont 40 officiers. La ville est libérée le soir du 19 août 1944.

Ce récit a toutefois fait l’objet d’une vive discussion en 2016 en ce qui concerne le rôle de Drouot l’Hermine (voir l’article de JP Pellegrin dans bulletin de la Société d’étude des Hautes Alpes, 2016). Il y est démontré que ce rôle a été fortement exagéré comme l’attestent de nombreuses sources. La population de la commune connait une forte croissance entre 1954 et 2009 passant de à environ habitants (+136 %) alors que durant la même période la population du département n’enregistre qu’un gain de 68 %. Cette envolée démographique est majoritairement due à un solde migratoire positif lié au développement des équipements et des services (hôpital, commerces.) eux-mêmes générateurs d’emplois. Par ailleurs, Gap, située au cœur d’une région naturelle privilégiée par le climat et qui permet de nombreuses activités (ski, randonnée.), attire de nombreux retraités venus d’autres régions. Durant cette période, le nombre d’emplois dans la ville passe de en 1954 à en 2011. À compter de 1995 la croissance démographique se reporte sur les communes périphériques dont les habitants viennent de plus en plus souvent travailler à Gap. Le poids du secteur primaire (agriculture) et secondaire (industrie) régresse fortement.

La ville s’étend au fur et à mesure de sa croissance démographique. En 1950, la ville compte habitants. Dans les années 1950 et 1960, les nouvelles constructions se concentrent autour du centre historique et le long des grands axes de communication. Les premiers lotissements de maison, relativement denses, sont construits dans les quartiers Fontreyne et Le Rochasson. En 1970, la population a atteint habitants. Au cours de la décennie suivante, la ville s’agrandit en tâche d’huile. Des grands ensembles forment les quartiers Beauregagrd, Forest d’Entrais et Kapados tandis que l’habitat individuel toujours relativement dense forme les quartiers Serrebourges et Matagots. En 1990, la population a atteint 33 500 habitants.

Désormais, l’habitat individuel l’emporte dans les nouvelles constructions. Les nouvelles habitations sont dispersées avec une consommation importante d’espace par habitant. En 2006, la population atteint 37 332 habitants. L’étalement urbain se poursuit et en parallèle de nouveaux ensembles d’immeubles sont construits en profitant de la défiscalisation introduite par le gouvernement. La commune de Romette est associée à celle de Gap, par l’arrêté préfectoral du 25 novembre 1974. En janvier 2014 Gap crée avec les communes voisines de La Freissinouse et de Pelleautier, la communauté d’agglomération du Gapençais pour mutualiser certaines compétences. En janvier 2017, cette structure est remplacée par la communauté d’agglomération Gap-Tallard-Durance élargie à l’ancienne communauté de communes centrée sur Tallard.

Patrimoine religieux

Le château de Charance fut édifié. Le domaine de Charance comprend aussi le Conservatoire botanique national alpin, un jardin en terrasses et un espace arboré de 220 hectares autour du château et au milieu duquel se trouve un petit lac: le lac de Charance.

Informations Clés

Eglises sur ce site

Population

40.500 habitants

Région

Provence-Alpes-Côte d'Azur

Département

Hautes-Alpes
(05)

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