Colomiers
Histoire de Colomiers
Colomiers est une commune de Haute-Garonne, en Occitanie, qui compte 40 159 habitants. En occitan gascon, la commune se nomme Colomèrs, qui signifie colombier au pluriel, et dérivé du latin « columbarium ».
Colomiers est une banlieue de la première couronne toulousaine: son histoire est d’abord rurale et liée aux châteaux des capitouls ou parlementaires de Toulouse et à la vigne. Elle devient ensuite une banlieue plus industrielle, en particulier avec l’arrivée du tramway, puis le développement de l’aéronautique après 1945. Les quatre rues du « vieux Colomiers » se sont développées autour d’une place entre un fort et l’église, avec quelques hameaux, et sa population veille surtout à préserver ses espaces communautaires (l’église, les biens communaux) contre les empiétements des Toulousains. Les affrontements politiques (entre la Révolution et 1890) permettent aux Républicains de fonder une tradition d’aide sociale municipale. Le député maire socialiste d’après-guerre Eugène Montel profite de ses relations comme président du Conseil général pour, en 1958, planifier le développement de sa commune dans un projet de socialisme municipal que réalise son successeur. Colomiers – Muséum de Toulouse.
Des outils taillés avec des quartzites pyrénéens ont été retrouvés sur le site acheuléen d’En Jacca situé au sud-ouest de la commune. Datant du paléolithique inférieur, ils constituent un des plus anciens témoignages de la présence humaine dans la vallée de la Garonne. Au néolithique, le territoire de la commune de Colomiers abritait déjà un peuplement sédentaire actif. Les vestiges de cette époque sont, en partie, conservés au Muséum de Toulouse. Le site, occupé au paléolithique, est sur l’axe romain vers Auch. Ses deux terrasses caillouteuses et argileuses, assez médiocres, sont exploitées par plusieurs villae à l’époque romaine (celle de Gramont a été fouillée).
Après l’an mille, Colomiers (ou Colomiez à l’époque) dépend pour moitié de la basilique Saint-Sernin de Toulouse, et pour moitié du comte de Toulouse, puis du Roi. Saint-Sernin vend sa part en 1200 à une famille de bourgeois toulousains: Colomiers est officiellement une co-seigneurie entre le Roi et plusieurs familles toulousaines en 1313. Un village se structure autour d’une église dédiée à sainte Radegonde et d’un fort (coseigneurial) au pied duquel on trouve une forge (place Firmin-Pons). Le terroir se couvre de métairies, qui se fortifient et deviennent des châteaux de plaisance pour les familles capitoulaires qui recherchent ce titre de coseigneurs. Elles prennent le nom de leurs propriétaires ou celui de leurs métiers (Gramont, Garroussal, Simonis, Armurier, Teinturier, Selery, Perget ou Raspaud). Ces coseigneurs se disputent plusieurs fois la préséance (les Rabastens vers 1610, M.
de Vignes cent ans plus tard). Ils nomment des représentants des villageois (les consuls) qui gèrent les biens de la communauté (un « prat » – pré communal – et une forêt dite de « sauvegarde »). Les faibles revenus permettent l’entretien (rues, fontaines, église, presbytère, et halle de boucherie), malgré le poids des difficultés (guerres de religion, épidémies, passage de troupes…). En plus du blé sur les terrasses des grands domaines, les pentes caillouteuses des rivières se couvrent de vignes. Elles favorisent une micro propriété et un artisanat agricole (voituriers). Vers 1789, les 1200 habitants se divisent, parfois violemment: la Révolution détruit la coseigneurie, divise la paroisse, défait les communaux et oppose les habitants (par exemple lors de l’émeute de 1799).
Les artisans favorables à la République (Collongues) s’opposent aux familles plus proches des anciens coseigneurs (De Vignes): le principal coseigneur anti-révolutionnaire est Francois-Xavier Mescur de Lasplanes, qui s’appuie sur la charité paroissiale. Il gère la commune après son ralliement au Premier Empire. Il la domine sous la Restauration. Le village s’appelle d’ailleurs Colomiers-Lasplanes à la fin. Après 1830, les propriétaires bourgeois de Toulouse qui viennent à la belle saison dans leurs châteaux, cherchent à rentabiliser leurs domaines: au conseil municipal, ils veulent privatiser les communaux et limiter leurs impôts (restriction sur l’école gratuite pour les enfants pauvres…), afin d’« embellir » le village (les « odeurs » du cimetière et des mares, les croix des places gênent leurs aller-retour). Cela les oppose aux villageois: d’un côté, les paysans catholiques veulent conserver un cadre paroissial traditionnel (le cimetière à côté de l’église, des écoles religieuses, notamment avec l’arrivée de sœurs pour les filles), de l’autre, les artisans républicains défendent les biens communaux et l’enseignement laïc.
Cela provoque des tensions de type Clochemerle (délinquance rurale, destructions des bois, bagarres politiques vers 1848). Sous le Second Empire et à la fin du, même si le terroir reste agricole (vigne, blé), l’arrivée du train, d’entreprises (fabrique de malles, tuileries, développement des chemiseries à domicile ou de l’horticulture au Cabirol) et le développement de la scolarisation ou de l’aide sociale sont les dossiers qui opposent les élus. Le légitimiste, gendre de Lasplanes fils, Gabriel Lacoste de Belcastel, le bonapartiste industriel De Pigny, le propriétaire modéré Baqué, le médecin républicain Marini et même l’avocat socialisant Bales s’opposent, en particulier sur le dossier de la scolarité, des communaux ou de l’emplacement de la mairie. L’église et la mairie (déplacée) sont embellies, la population passe à 1700 habitants. Après 1900, la commune de banlieue est marquée par l’arrivée du tramway et son électrification. L’accord politique se fait sur un développement d’une aide sociale à une population frappée par le mildiou, la fuite des ouvriers agricoles, et la saignée démographique de 1914/18, sous la tranquille période du radical Étienne Collongue.
Vers 1930, son successeur l’ingénieur centriste Calvet modernise un peu la gestion. L’occupation allemande et une reprise du développement urbain de la commune, surtout pour loger les ouvriers des usines aéronautiques voisines pose dans les années 1950 la question d’un nouveau développement. Eugène Montel était un ancien collaborateur de Léon Blum, ancien président du Conseil du Front populaire, qu’il avait caché à Colomiers en 1940 au château de l’Armurier (du ). Après un séjour de 82 jours, Léon Blum fut arrêté par la milice le en compagnie d’Eugène Montel et de Vincent Auriol. Maire socialiste depuis la Libération, d’abord avec l’appui des communistes, puis avec celui du centre droit chrétien (Anne Laffont), Eugène Montel est aussi député et président du Conseil général: il profite de ses contacts pour lancer avec son collaborateur et successeur Alex Raymond le projet novateur, dès 1958, d’une ville nouvelle devant faire passer le village de à une ville de, la seconde commune du département. Le plan Viguier prévoit l’implantation de zones industrielles (En Jacca et celle liée à l’aéronautique Dassault et Aérospatiale).
Cela donne du travail et les moyens de développer un urbanisme planifié marqué par des ronds-points. Cela permet aussi de soutenir un socialisme municipal qui fait de la commune un bastion électoral avec un haut niveau de services publics et de vie associative (en particulier une forte école de rugby). Dans les années 1980/1990, des difficultés financières et l’évolution de la population conduisent à une nouvelle phase d’équipement et d’urbanisation (lycée international, ligne Arènes – Colomiers, zones pavillonnaires et commerciales) qui effacent les derniers espaces agricoles et fondent Colomiers dans la zone urbaine de Toulouse (avec une implication de plus en plus forte dans l’intercommunalité, en particulier le grand Toulouse). Signe particulier, jusqu’en 2001, les nombreux ronds-points de la ville avaient la priorité à droite puisque, disait Alex Raymond, ancien maire, cette ville avait été conçue ainsi et que « ça marchait depuis bien avant la loi instituant la priorité à gauche sur les ronds-points ». L’utilisation importante des ronds-points à Colomiers permet à la ville de n’avoir quasiment aucun recours aux feux tricolores (on en compte deux dans toute la ville et ceux-ci sont au vert la majeure partie du temps). Sous l’impulsion du nouveau maire Bernard Sicard, l’harmonisation des ronds-points de la ville est entrée dans les faits.
Autres spécificités de la ville de Colomiers, la gratuité des parkings.