Bègles

Histoire de Bègles

Bègles est une commune de Gironde, en Nouvelle-Aquitaine, qui compte 30 813 habitants. Le toponyme Bègles est attesté sous les formes anciennes Becla dans les années 1090, Beccla en 1187, Beicla en 1276, Becqula, Becgla vers 1400. La forme latinisée Becula n’est pas attestée avant le. Le « g » apparaît dans un texte gascon de 1322 et incidemment dans des actes anglais.

Une des théories ferait remonter l’origine du nom de Bègles au mot celtique « becc-ula », dérivé du préceltique « bekko », signifiant « petit bec ». La première motte castrale se trouvant près de l’estey de Francs, ce serait à son confluent avec la Garonne qu’il faudrait chercher ce « bec ». Ernest Nègre y voit un nom préceltique de signification inconnue mais apparenté à Baecula, ville de Bétique, et à Baicoula, ville de Tarraconaise.

Comme beaucoup d’autres, le « s » final n’est pas étymologique; il a été rapporté dans les années 1820-1830. Bègles étant dans le domaine nord-gascon, la plupart des lieux-dits anciens y sont explicables par le gascon, par exemple la Castagne, la Maye du Bernet, l’Estey majou, la Pessagueyre, la rue Caillibaud.

La plus ancienne trace humaine sur le territoire de Bègles est estimée à environ avant notre ère, depuis la découverte en 1966, rue des Quatre Castéra, d’un silex biface datant de l’époque paléolithique. Des vestiges mégalithiques, environ, sont visibles dans la commune limitrophe de Villenave-d’Ornon. Un fragment d’aqueduc a été dégagé en octobre 1953 à la barrière de Bègles: la couverture était assurée par des plaques de calcaire dur. Vu la pente du conduit, l’eau n’était pas acheminée vers Bordeaux mais vers le sud de Bègles. Cette portion de conduit ressemble au fragment décrit par Camille Jullian et déposé au Musée des Antiques. Historiquement enserrée entre la « Route de Langon à Bordeaux », aujourd’hui Route de Toulouse, et la Garonne, le territoire se fragmentait en plusieurs sites de populations isolées les unes des autres. Sur la partie ouest, un quartier nommé « La Raze » (ou La Rase) dès le, dessinait un vaste triangle planté de vignes, peu peuplé et très pauvre en arbres. Il se découpait en nombreux bourdieux et parcelles viticoles, traversés par de petits chemins et « ruettes ».

Au sud-sud-est, un bourg siégeait autour du premier sanctuaire chrétien. L’Est montrait une étendue de marais, comme le marais de Saint-Maurice, où vivait une population de pêcheurs installée autour des nombreux esteys qui se jetaient dans le fleuve. Entre ces hameaux (ou cournau, village isolé), se déployait un réseau de chemins vicinaux. C’est au que les Bénédictins de l’abbaye de Sainte-Croix de Bordeaux construisent l’église Sanctus Pétrus de Bécula. Dédiée à saint Pierre, patron des pêcheurs, elle devint un lieu de pèlerinage jusqu’à la Révolution. L’église actuelle fut reconstruite au par les Bénédictins qui y déposèrent une relique de saint Maur. Alors que l’estey Majou et l’Eau Bourde ont un cours ouest-est en direction de la rive gauche de la Garonne, l’estey Sainte-Croix coupe l’interfluve du sud au nord jusqu’à l’abbaye dont il porte le nom. Il s’agit vraisemblablement d’un canal artificiel creusé par les moines au Moyen Âge sur lequel un moulin a été implanté.

Son tracé est parallèle à celui d’un aqueduc gallo-romain. Au apparaît la première famille seigneuriale attestée, celle des Centujean/Centujan (nom d’origine gallo-romaine), propriétaire d’un immense domaine planté essentiellement de vignes; le « cournau » de Centujean/SaintHujan. Les querelles territoriales entre les abbés de Sainte-Croix et la seigneurie de Centujean dureront des siècles. En 1295, le roi de France Philippe le Bel annexe Bègles à la juridiction de Bordeaux. Les membres de la confrérie de Saint-Pierre sont chargés des intérêts économiques de la commune, dont la vie se concentre autour de l’église. Puis dès 1364, la seigneurie est dite de Francs et Centujean. En 1565, le château de Francs reçoit Charles IX et sa cour. Le roi est accompagné d’un certain Henri de Navarre.

En 1598, Henri IV promulgue l’Édit de Nantes qui met fin aux guerres de Religion entre catholiques et protestants. L’édit autorise le culte protestant, mais seulement dans les faubourgs des villes (hors les murs). En 1604, le maréchal Alphonse d’Ornano, maire de Bordeaux depuis 1599, désigne la paroisse de Bègles (« Baigle ») pour héberger un temple pour « ceux de la Religion Prétendue Réformée » (l’édit de Nantes désigne ainsi le protestantisme). En 1605, le cournau de Cabères est choisi pour son édification (sur l’actuelle « place du Prêche »). L’emplacement est choisi pour sa sécurité et son silence. Des travaux de voirie sont entrepris pour faciliter l’accès des carrosses. L’accès est également possible par la Garonne en accostant au port de Bègles, quai de la Moulinatte. Ce temple est en effet destiné à des protestants venant de Bordeaux et de ses alentours (on estime que 2 000 pratiquants le fréquentent au moment où les protestants sont encore nombreux).

Le temple est de forme rectangulaire (37 m de long sur 19 m de large); le mur latéral est percé de dix fenêtres. Le porche d’entrée se trouve sur la façade occidentale. En 1664, une galerie supportée par des piliers en bois y est aménagée. Le service est assuré par quatre pasteurs nommés par l’assemblée des chefs de famille. Le budget est assuré par les offrandes et les collectes à domicile. Un secours financier est assuré aux indigents, aux marins français retenus en esclavage, aux protestants désireux de s’exiler en Hollande. Les protestants bordelais que le temple soit déplacé à Bordeaux, aux Chartrons, centre de leur activité économique; mais les Jurats de Bordeaux, soutenus par le cardinal-archevêque de Bordeaux (de 1599 à 1628) Henri de Sourdis, refusent. Pendant la période de la Fronde, les ministres du culte organisent le prêche chez des particuliers, quartier de la Rousselle, puis rue Neuve en 1652.

Des prédicateurs catholiques incitent les Béglais à certaines vexations, injures et jets de pierre, et ils interdisent aux protestants de chanter des psaumes en chemin. Les Jésuites refusent le droit d’ouvrir un cimetière. Sous le règne de Louis XIV, l’édit de Nantes est de moins en moins respecté. À partir de 1680, la situation s’aggrave, les protestants bordelais sont exclus des emplois qu’ils occupent, les enfants doivent se convertir dès l’âge de 7 ans et non plus 14 ans. Le 18 octobre 1685, le roi promulgue l’édit de Fontainebleau, la « révocation de l’édit de Nantes ». Le temple est démoli et rasé par 350 ouvriers. Les biens et matériaux sont remis à l’hôpital de la Manufacture par un arrêt de la cour. Le clergé catholique célèbre sa victoire en faisant construire un calvaire sur l’emplacement du bâtiment détruit.

Ce monument a disparu; il aurait été détruit en 1902. Le novembre 1925, une plaque commémorative du temple a été apposée sur le mur de la maison d’un protestant. Depuis 2016, l’emplacement du temple est matérialisé au sol au milieu de la place réaménagée (environ 39 m de long). Le ou le, Marc Daguzan, curé de la paroisse, est élu par acclamation premier maire de Bègles par 64 citoyens « actifs ». Il met un terme à ses fonctions de curé en 1793 pour se marier en 1794. Durant plusieurs années, l’église Saint-Pierre fera office de mairie. Sa façade porte toujours l’inscription républicaine « Liberté, Égalité, Fraternité » datant de cette époque et inhabituelle en un tel lieu. Les vastes domaines de l’ouest de Bègles sont semés de quelques maisons nobles ou bourgeoises, qui profitent de la proximité de la ville de Bordeaux.

Dans l’ensemble de la paroisse, des hameaux composés d’auberges et de maisons de campagne jouxtent de grands domaines isolés (Birambits – Villambitz en 1700). Mais à la suite des maladies de la vigne du, le déclin des grandes propriétés va bouleverser le cadastre du territoire. Le recul de la vigne laisse place à un peuplement progressif et souvent anarchique. Achetés par des lotisseurs, essentiellement dans la dernière partie du siècle, les domaines sont traversés par de nouvelles voies, à l’instar de La Castagne en 1867, et du Château Fougères/Faugère en 1886. Elles suivent souvent un plan quadrillé très en vogue à l’époque, comme aux États-Unis, tout en s’adossant aux vieilles pénétrantes historiques comme le Chemin de la Raze (rue Berthelot), ou le Chemin de Cassignoux (rue Renaudel). Les ouvriers vignerons deviennent alors ouvriers dans les industries qui démarrent leur implantation. Les premières échoppes, construites pour les loger, se partagent le domaine de la Ferrade vers 1860. Puis ce type de construction se développe vers 1880 dans le quartier de La Raze.

Sous Napoléon III, la construction des boulevards ampute Bègles de 76 hectares dès 1864. La fin du siècle voit le développement du secteur industriel, notamment grâce à l’avènement du chemin de fer et la proximité de la gare de Bordeaux-Saint-Jean, construite en 1855. La brigade des gendarmes à pied de Bègles est créée par décision ministérielle en 9. Elle couvre Bègles, Villenave-d’Ornon et Talence. Le siège des quatre gendarmes qui composent la brigade est situé chemin du Prêche jusqu’en 1903. Les gendarmes emménagent à cette date dans la caserne construite avenue Brouillaud, actuelle avenue Lucien-Lerousseau. Les années 1880 marquent l’implantation de la première industrie lourde de la commune. La raffinerie de pétrole est construite en plein dans les vignes à l’actuel 210 cours Victor-Hugo.

Juin 1880 voit la création d’un bureau postal. En 1888, le président de la République Sadi Carnot suscite l’étonnement des habitants lorsqu’il fait escale à Bègles (et Villenave d’Ornon). Bègles devient la première banlieue industrielle de Bordeaux et la plus peuplée jusqu’en 1931. Trois ports contribuent à cet essor: le grand port relié au bourg par une rue, aujourd’hui avenue du Maréchal Leclerc, le petit port et le port Saint-Maurice. Sa population ouvrière et industrieuse contribue au particularisme communal; on est « de Bègles » ou on est « très Bègles » vu de l’extérieur condescendant. Pendant la Première Guerre mondiale, deux usines aéronautiques s’implantent à Bègles: Nieuport sur l’actuel quai Wilson et Louis Blériot qui achète le domaine de Tartifume. Un hangar métallique de type Eiffel est construit (réhabilité en 2013). Le terrain avoisinant servira de terrain d’aviation jusqu’en 1952.

Le nom du pont Blériot, qui franchit la rocade de Bordeaux, rappelle ce passé aéronautique. En 1923 le Club Athlétique Béglais (C.A.B.) commence à se faire connaître en devenant champion de rugby à XV de la Côte d’Argent. En 1928, une papeterie s’implante en bordure de la Garonne et se spécialise jusqu’en 1960 dans la fabrication de sacs de grande contenance pour une cimenterie bordelaise. Entre 1925 et 1932, Alexis Capelle, maire socialiste de la ville, adopte le projet de construction d’une piscine avec des bains-douches dont la mise en service marquera les débuts de l’hygiène publique pour le plus grand nombre. La piscine, caractérisée par son style « Art déco », deviendra la doyenne des piscines de l’agglomération bordelaise et sera classée à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques. L’époque du Front populaire marquera Bègles d’une manière originale, quand le 5 une tornade détruit la grande tribune du stade Musard. Les Béglais recevront un autre choc quatre ans plus tard, avec l’installation des troupes allemandes, en Juin 1940, sur les terrains agricoles de Bègles qui correspondent à l’actuelle place des Martyrs-de-la-Résistance, en face du bureau de poste. De 1959 à 1989, la ville est dirigée par l’Union de la Gauche réunissant communistes, socialistes, chrétiens, laïques et sans-partis.

Durant cette période, la ville met en place un programme social important et se dote des infrastructures modernes typiques des années soixante, logements, assainissement, maison de retraite, crèche, bibliothèque. Elle construit des centres de vacances et de loisirs et fait de la petite enfance et de l’éducation sa priorité. La ville se distingue en 1971, en devenant la première commune de la CUB à élire une femme maire. Simone Rossignol, issue d’une famille ouvrière et ancienne résistante, est aussi à l’époque la seule femme maire d’une ville de plus de 20 000 habitants en France. Le ministre de l’intérieur Dominique de Villepin suspend Noël Mamère de ses fonctions de maire en application de l’article L 2122-16 du code général des collectivités territoriales. Noël Mamère fait appel de sa suspension mais, le, le tribunal administratif de Bordeaux confirme la décision du ministre de l’Intérieur. Durant cette période, c’est son premier adjoint, Michel Mercier (PS), qui exerce effectivement les fonctions de maire. La réorganisation urbanistique de Bordeaux qui s’opère depuis le début du touche également la commune de Bègles, notamment avec l’aménagement des lignes de tramway.

C’est en effet le, sous une pluie battante, à 10 h 51, que la cité Yves-Farge (du nom du résistant, compagnon de Jean Moulin et, en 1946, ministre du Ravitaillement) disparaît. Cet ensemble de plusieurs bâtiments d’habitation sociale (dont quatre tours de quatorze étages construites dans les années 1960) voit son paysage définitivement modifié par la destruction de l’ultime immeuble le plus élevé. Intégré dans le nouveau quartier baptisé « Terres Neuves », la disparition de cet immeuble marque la fin d’une époque. Le périmètre de l’OIN du projet Bordeaux-Euratlantique concerne deux secteurs béglais: Bègles-Faisceau (rénovation du quartier du Dorat) et Bègles-Garonne.

Patrimoine religieux

Le château de Francs est entouré d’un parc classé depuis 1965 et d’un monument à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. Non loin de la motte dite de Bègles, un château féodal est bâti. Au, il est reconstruit, fortifié, embelli par des fossés, des jardins, des viviers et un moulin sur un estey, bras de l’Eau Bourde, par les héritiers de Bertrand de Ségur, seigneur de Bègles. La noble famille des Ségur, alliée aux Francs de Puynormand en Libournais, à la suite du mariage en 1364 de Jeanne de Mayensan et de Bertrand de Ségur est à l’origine de la seigneurie dite de Francs et Centujean. En 1565, on certifie que le château de Francs reçoit Charles IX et sa cour.

Le roi est accompagné d’un certain Henri de Navarre. La piscine municipale de Bègles est une piscine communale de natation de style Art déco et a été la première du département. Le bassin était doté d’un plancher sur vérins permettant d’en faire varier la hauteur en fonction de l’utilisation. Elle a été récemment remise à neuf, avec notamment un système de phytoremédiation pour retraiter une partie de l’eau chlorée des bassins. L’Église Saint-Pierre est située place du Général-de-Gaulle.

La paroisse de Bègles a été fondée vers le ou le. L’église placée sous la protection de saint Pierre, patron des pêcheurs, a été érigée sur les ruines d’un temple gallo-romain par les bénédictins de Sainte-Croix de Bordeaux. La date de 1491 est inscrite sur le mur extérieur. L’édifice possédait un clocher pointu datant de 1507, aujourd’hui disparu. En 1790, l’élection du premier maire de Bègles, l’abbé Marc Daguzan, curé de la paroisse, a lieu dans l’église.

Elle est l’une des rares églises de France à porter sur son fronton l’inscription « République Française, Liberté, Égalité, Fraternité » et à avoir fait office de mairie. La façade date du, époque à laquelle l’église est agrandie du double de sa superficie. L’abside et la chapelle du 16 siècle ont été inscrites au titre des monuments historiques en 1925. L’ancien domaine de Lachaise est une ancienne chartreuse maintenant située à l’intérieur du complexe de la papeterie de Bègles. Après avoir connu de nombreuses vies allant de la maison de riches familles à la sécherie de morue, le bâtiment est maintenant classé monument historique pour préserver ses murs typiques des maisons de campagne bourgeoises de la région.

Informations Clés

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Population

30.813 habitants

Région

Nouvelle-Aquitaine

Département

Gironde
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