Sens

Histoire de Sens

Sens est une commune de Yonne, en Bourgogne-Franche-Comté, qui compte 27 034 habitants. Le nom de la localité est attesté sous les formes Agedincum av. (Commentaires de César, livre VII, chap. x); Aged (légende d’une monnaie gauloise.

de l’Yonne, I, 40); Agedicon (Ptolémée, liv. de l’Yonne, I, 36); Agetincum au (carte de Peutinger et Itinéraire d’Antonin); Senones vers 350 (Ammien Marcellin, liv. XV); Senonum [civitas] en 519 (cart.

de l’Yonne, I, 2); Sennensis [archiepiscopus] en 864 (cart. de l’Yonne, I, 90); Senonse au (Revue numismatique; 1854, ). Le toponyme gaulois initial Agedincum ou Agedicon > Ag[i]ed est remplacé progressivement au par Senones, le nom du peuple gaulois dont il avait été la capitale, les Sénons ou senos « ancien, vieux » correspondant au vieil irlandais sen; gallois hen; vieux breton hen > breton hen- préfixe.

s- est régulièrement passé à h- en brittonique (cf.

Elle était le chef-lieu des Sénons, dont Brennus fut le chef au, connu pour avoir vaincu les Romains à la bataille de l’Allia, puis attaqué Rome et pris une grande partie de la ville, la tenant pendant plusieurs mois, vers 387 av. J.-C., lors de l’invasion de la Gaule, César aurait fait hiverner six légions, au lieu-dit « le camp de César » au sud de la ville. En réalité, les nombreux Camp de César de France sont des appellations tardives qui correspondent à la redécouverte des Romains à l’époque classique et se réfèrent généralement à des sites archéologiques de l’Âge de fer (époque gauloise), ou parfois plutôt d’époque médiévale. La localité appelée par Jules César Agedincum s’est développée lors de la romanisation et a été dotée du plan romain traditionnel s’organisant autour de deux rues principales perpendiculaires decumanus et cardo, qu’elle a conservé par la suite, ainsi qu’une partie de son enceinte romaine du Bas-Empire. Sous le Haut-Empire, des bâtiments et diverses infrastructures sont construits pour y améliorer le confort. Au, un aqueduc de seize kilomètres va chercher de l’eau de source dans la vallée de la Vanne. L’archéologie a mis au jour des vestiges de drains faits par les Gallo-Romains afin d’élever l’eau d’une source, à la manière d’un puits artésien. Ces travaux étaient destinés à alimenter l’aqueduc.

Des vestiges archéologiques attestent également de la présence d’un amphithéâtre, d’un forum et de thermes. Les thermes, et surtout la façade, devaient présenter des sculptures variées. La future province ecclésiastique de Sens (archidiocèse) se poursuivra dans ce cadre administratif hérité de l’Empire. Comme de très nombreuses cités romaines de Gaule (ex. Paris, Beauvais, Amiens, etc.), la ville prend le nom du peuple dont elle est le centre administratif et commercial. La cité sera désormais appelée Sens., monument principal de la ville. Les origines du christianisme à Sens ont été l’objet de débats féroces au début.

Il est vrai que dans sa rédaction connue (très tardive), la vie de saint Savinien vient s’interpoler [?] avec celle de sainte Colombe. Elle prétend que cet évêque a été désigné directement par les apôtres. Mais on peut aussi remarquer que le terme « apostole » signifie en vieux français « pape », ce qui peut en reporter la désignation à un quelconque pape romain. Il faut par contre créditer l’Église locale de la mémoire de sainte Colombe. Cette Aragonaise a été baptisée dans la vallée du Rhône à Vienne, et a subi le martyre à Sens en l’an 274. Une abbaye qui lui est consacrée a été fondée au à Saint-Denis-lès-Sens. Son culte est célébré dans des recueils wisigothiques de Haute Antiquité, ce qui rend impossible un culte imaginaire. Un évêque Savinianus est cité dans des actes d’un concile du début.

On est désormais fondé à supposer l’existence d’une organisation ecclésiastique. Mais nous sommes alors à la fin du règne de Constantin. Le diocèse de Sens a été fondé vers 240 par saint Savinien. Ses archevêques ont eu une place importante dans l’Église de France: au, le Pape Jean VIII a donné à l’archevêque de Sens le titre de « Primat des Gaules et de Germanie » et jusqu’au, l’évêque de Paris dépendait de l’archevêque de Sens. À ce titre, elle avait sous sa dépendance Chartres, Auxerre, Meaux, Paris, Orléans, Nevers et Troyes. La circonscription ecclésiastique fut calquée sur la circonscription civile et le siège épiscopal de Nevers lors de sa création à la fin du fut également rattaché à Sens. Ces sept évêchés constituaient une province ecclésiastique d’une exceptionnelle importance que traduisait la devise CAMPONT — acrostiche des initiales des sept sièges — inscrite sous les armes du chapitre de la cathédrale de Sens. En 769, l’archevêque de Sens, Villicaire, était à la tête de la mission épiscopale franque qui assistait à Rome au Concile chargé de juger le pontife intrus Constantin II, avec le titre d’archevêque des Gaules.

Au, le pape est contraint par les événements à prendre une mesure organisationnelle. Il ne peut pas communiquer avec l’épiscopat de Gaule. La Méditerranée est rendue complètement inaccessible par la flotte musulmane d’Afrique du Nord. Les musulmans d’Espagne sont eux-mêmes présents à Narbonne. La dévastation s’étend à l’intérieur de la Provence. La circulation ne peut se faire qu’à travers les Alpes, et donc uniquement aux beaux jours. Les Lombards se montrent peu compréhensifs. Contraint, le pape fait de l’archevêque de Sens son légat permanent au-delà des Alpes, à l’exception de la Bretagne (c’est-à-dire la Grande-Bretagne actuelle).

Les souverains mérovingiens se satisfont de cette mesure. Dagobert, de mauvaise santé, limite ses déplacements aux alentours de Paris. Au changement de dynastie, rien ne change. L’autorité de l’archevêque se dilate à l’espace contrôlé par les Carolingiens. Au début du, la circulation commerciale devient intense à travers les Alpes (foires de Champagne). La fonction de légat permanent cesse d’avoir une grande utilité. L’évêque de Lyon (qui tente de ravir le titre archiépiscopal à son métropolitain de Vienne), obtient du pape la «reconnaissance » d’une autorité de primat en France. La réaction du roi Louis VI est énergique et d’une rare violence.

Le Roi refuse que son clergé passe sous contrôle d’un évêque opérant depuis une terre étrangère (le comté de Lyon est terre d’Empire). Il y voit une rupture de l’alliance multi-séculaire des rois de France avec la papauté. Une nouvelle remise en cause date du règne de François. Le roi Louis XI a déjà favorisé à l’extrême les foires de Lyon, permettant un développement aussi tardif que spectaculaire de la ville de Lyon. L’archevêque de Lyon (le conflit avec Vienne n’est pas encore terminé) appuyé par la riche bourgeoisie de sa ville, convainc sans peine le roi François, désespérément à la recherche de finances, de soutenir sa cause. Âgé, l’archevêque de Sens ne réagit pas. Le Parlement de Paris assure une brillante défense. En compensation, le Parlement octroie le titre de primat des Gaules et de Germanie à l’archevêque de Sens; l’archevêque de Lyon ne sera que primat de la Gaule.

et Marguerite de Provence à la cathédrale de Sens ».
Atelier de Jean Pucelle. À la fin du, Sens est la capitale de la Quatrième Lyonnaise. Cette circonscription civile sert de cadre à l’Église pour la fondation de l’archevêché de Sens. Sa devise est Campont, d’après les initiales des évêchés de: Chartres, Auxerre, Meaux, Paris, Orléans, Nevers et Troyes. L’hôtel de Sens est leur résidence officielle à Paris. Le trône archiépiscopal de l’archevêque dominait dans la cathédrale Notre-Dame de Paris le trône épiscopal de l’évêque de Paris. Au printemps 725, ’Anbasa ibn Suhaym al-Kalbi, général et gouverneur d’al-Andalus, installe des ribats autour d’Avignon, puis remonte les vallées du Rhône et de la Saône. Ses troupes prennent plusieurs villes, dont Vienne, Lyon et Châlons-sur-Saône.

À Autun, les forces du Califat omeyyade se divisent en plusieurs escadrons qui atteignent Dijon, Luxeuil, ainsi que les contreforts des Vosges, Nevers, les rives de la Loire, et même la cité de Sens, située à une centaine de kilomètres de Paris. Tout au long de l’été, les guerriers d’al-Andalus obtiennent la soumission des seigneurs locaux, francs ou burgondes, qui préfèrent éviter le combat face à ces cavaliers réputés invincibles. Au Moyen Âge, la ville conserve un rôle important au point de vue ecclésiastique. Plusieurs archevêques procèdent à des couronnements royaux, avant que cela ne fut réservé à l’archevêque de Reims. Ses archevêques porteront par la suite le titre de « primats des Gaules et Germanie ». En 1015, le comté du Sénonais est rattaché une première fois à la Couronne, puis définitivement en 1055, à la mort du dernier comte: Renard le Mauvais. Il est momentanément détenu par le comte de Blois, de 1030 à 1032.

Le Roi gère sa nouvelle possession par le biais d’un vicomte (basé à Vallery) et d’un prévôt. Le Roi dispose d’un palais (l’actuel tribunal de grande instance), d’écuries, d’une tour ronde et d’un donjon carré, des jardins, d’un clos. Mais il n’y vient qu’une fois toutes les trois années, puis très rarement une fois que Philippe Auguste se fut lancé à la conquête de l’Ouest. Le rattachement du Bas-Gâtinais en 1080 permet de rompre l’isolement du domaine royal sénonais, à présent capable de communiquer avec Orléans et Melun. En 1120, Louis VI autorise Étienne, prévôt de l’église de Sens, à fortifier le cloître (portes, murailles, fossé). En 1135, la ville choisit de reconstruire sa cathédrale dans un style innovant. C’est la première cathédrale gothique de France. Son style est caractéristique de cette période de transition.

À la même époque, la ville bénéficie brièvement d’institutions communales, qui lui sont retirées par Louis VI. En 1147, la ville se révolte contre la tutelle seigneuriale. En 1163, sous Louis VII, pendant près de trois années, le pape Alexandre III, exilé par Frédéric Barberousse, se fixe avec la Curie à Sens. La cité reçoit les archevêques de Cantorbéry Thomas Becket. En 1189-1190, la ville obtient une Charte d’affranchissement. En 1194, un bailli royal est localisé à Sens. Il est le premier du domaine royal à être ainsi localisé, alors que l’institution est connue depuis 1184. Le bailliage de Sens comprend à l’époque médiévale Melun, Nemours, Courtenay, Auxerre, le Donziois, la Puisaye, le Tonnerrois, la région de Langres jusqu’à la Saône, d’importants éléments du Barrois Mouvant, le Nord-Ouest troyen, des éléments épars près de Châlons-en-Champagne.

La création postérieure de bailliages royaux à Mâcon, Saint-Pierre-le-Moûtier, puis l’incorporation de la Champagne dans le domaine royal, limitent l’action d’un des plus importants fonctionnaires territoriaux de la Couronne. Sens fournit le plus ancien lieutenant général de bailliage royal français, et travaille le premier à la mise en forme des plus anciennes coutumes de bailliage. Le tribunal fournit non seulement le travail à des magistrats, mais aussi à des centaines de sergents dispersés dans ce vaste ressort judiciaire. Il a fortement contribué à limiter les ambitions judiciaires des tribunaux féodaux de Champagne, de Bourgogne, de Nivernais, de l’Auxerrois, du Gâtinais et de la Brie française. La ville est dotée de seize paroisses: Sainte-Croix (en la cathédrale), Sainte-Colombe-du-Carrouge, Saint-Pierre-le-Rond, Saint-Maximin, Saint-Maurice, Saint-Benoît, Saint-Romain, Saint-Hilaire, Saint-Didier, Saint-Pierre-le-Donjon, Saint-Hilaire et hors les murs La Madeleine, Saint-Didier, Saint-Savinien, Saint-Pregts et Saint-Symphorien. Les Jacobins s’installent à Sens entre 1225 et 1231. L’archevêque Gauthier Cornu organise et célèbre le mariage royal entre Saint Louis et Marguerite de Provence à la cathédrale de Sens où de nombreuses personnalités sont conviées. Louis XI entame le rééquilibrage du ressort judiciaire en retirant au bailliage de Sens l’Auxerrois, le Donziois et la Puisaye.

La résistance persiste jusque sous François. Le bailliage de Sens obtient de disposer d’un siège présidial. Son ressort comprend, outre le Sénonais, le Gâtinais oriental, le Tonnerrois, le pays de Langres et des enclaves en Champagne. Il fait vivre environ 150 avocats et procureurs dans la seule cité. Durant les guerres civiles, le pays de Langres s’émancipe judiciairement. Sous François, la Couronne concède enfin à l’archevêque de Lyon (qui venait lui-même de s’affranchir de l’archevêque de Vienne) le titre de primat de France. Le Parlement de Paris résiste un temps. Il se plie finalement à cette innovation royale intéressée par les capacités financières des Lyonnais.

En compensation, le Parlement donne à l’archevêque de Sens le titre de pour rappeler à tous la prééminence de l’archevêque de Sens datant de la fin du, quand il était systématiquement désigné légat permanent du pape pour les royaumes francs. Le titre est conservé de nos jours. Durant les guerres de Religion, Sens est particulièrement agitée. La population huguenote de la ville est massacrée en. Charles IX y commence son tour de France royal (1564-1566) en mars, accompagné de la Cour et des Grands du royaume: son frère le duc d’Anjou, Henri de Navarre, les cardinaux de Bourbon et de Lorraine. Les habitants repoussent les assauts du prince de Condé et d’Henri de Navarre qui manque d’être tué par les sabotiers durant un assaut. Sous le règne de Louis XIII, en 1622, le diocèse de Paris est érigé en archidiocèse par démembrement de celui de Sens. L’officialité métropolitaine perd la connaissance des appels en provenance de la province formée depuis près d’un millénaire par Chartres, Auxerre, Meaux, Paris, Orléans, Nevers et Troyes.

Le grand séminaire de Sens est ouvert en 1651. Le grand-père paternel de Cyrano de Bergerac est originaire de Sens. La cité épiscopale rassemble environ neuf mille habitants. Elle est commodément reliée à Paris par le coche d’eau et se situe sur la route de poste de Paris à Dijon. À la tannerie, elle joint avant 1789 de grandes manufactures textiles et une faïencerie. Mais l’économie locale ne fait que desservir les campagnes environnantes. Par contre le clergé local brille de tous ses feux. Le chanoine Fenel crée une bibliothèque ouverte au public.

Les frères Tarbé éditent un journal (les Affiches Sénonaises) qui sont un prototype pour la province. Marivaux épouse la fille d’un notaire de Sens. Les archevêques finissent par opter pour l’attitude gouvernementale anti-janséniste, qui va indisposer gravement la bourgeoisie. Le petit séminaire est ouvert en 1747. Mort de la tuberculose peu avant Noël 1765, le dauphin Louis est inhumé dans la cathédrale. La dauphine Marie-Josèphe, qui avait contracté le mal de son époux en le soignant, l’y rejoint quelques mois plus tard. Leur tombeau est profané en 1794 mais leurs dépouilles, jetées à la fosse commune, sont replacées dans leur tombeau en 1814 sur ordre de leur fils Louis XVIII. En 1789, la cité ne parvient pas à faire aboutir ses projets de département comprenant Provins et Montargis.

Elle devient une sous-préfecture. Elle obtient un lycée grâce à l’entregent de Fauvelet de Bourienne, ancien secrétaire particulier de Napoléon Bonaparte. Sous la Restauration, le siège archiépiscopal est rétabli, de manière à honorer le confesseur de la Dauphine. La tannerie locale a profité d’un quart de siècle de guerres pour se hisser au second rang national. Mais dans l’ensemble, la ville ne grandit pas. À la suite du succès du premier festival chantant d’orphéons, organisé par Charles Delaporte à Troyes en 1849, le second a eu lieu à Sens la même année. Ce sont les débuts d’une série de rassemblements qui réuniront par la suite des milliers de choristes dans quantité de villes. En 1914, la ville accueille l’état-major français au lancement de la bataille de la Marne.

En 1940, les Allemands pénètrent en France le 15 mai et leur aviation bombarde la gare de Sens le 7 juin. Le département est envahi les 14 et 15 juin 1940 par des troupes allemandes en provenance de Troyes et subit de nombreux bombardements. L’exode des populations sur les routes de France commence. Les premières motos allemandes arrivent à Sens le 15 juin en fin de matinée et des troupes avec blindés se rangent à sur la promenade. Les abords de la gare et de l’église Saint-Maurice (dont les vitraux sont détruits) ont été bombardés dans la nuit, puis des immeubles de la grande rue et d’autres, l’usine à gaz, tandis que la cathédrale et le palais synodal sont endommagés. Des combats ont lieu jusqu’au 16 juin. Le 17 juin, plus de trois mille prisonniers français venant de Montargis sont parqués sur la place Saint-Étienne et dans la halle. D’autres arrivent dans les jours suivants.

L’archevêque tente de mettre sur pied un comité d’aide d’urgence, alors que toutes les autorités se sont enfuies. La Kommandantur installée place Drapès met en place un couvre-feu à partir du 20 juin et une liste d’otages volontaires (dont le maire et l’archevêque) en cas de non-respect des consignes. Après l’armistice, Sens se trouve en territoire occupé. Le préfet de l’Yonne ordonne l’arrestation des étrangers (originaires de l’ancien Empire russe et de Pologne) qui demeurent à Sens (42 sont arrêtés dans tout le département). En 1944, Sens, abandonnée par la plupart de ses occupants allemands, est traversée le lundi 21 août en début d’après-midi par des troupes de la du général Patton qui la quittent le lendemain à l’aube en direction de l’est. Dans les années 1960, la ville est à la tête du réseau banlieue de la gare de (Paris) Lyon. Un nombre considérable d’habitants prend chaque jour le train pour travailler à Paris et rentrer le soir. Après avoir fermé le grand séminaire de Sens, l’archevêque René-Louis Stourm déménage à Auxerre, ville où siège le préfet.

La ville se positionne habilement sur le réseau routier (autoroutes A6, A5, et barreau de liaison), et récemment sur la voie fluviale en amont de Paris (port de Gron). Elle joue ainsi sur des atouts bimillénaires.

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Population

27.034 habitants

Région

Bourgogne-Franche-Comté

Département

Yonne
(89)

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