Cluses

Histoire de Cluses

Cluses est une commune de Haute-Savoie, en Auvergne-Rhône-Alpes, qui compte 17 164 habitants. Deux noms de vallée en Suisse, Clozza et Cluozza, ont une origine celte attestée. La forme attestée à l’origine de ces toponymes est le mot gaulois Cladia, signifiant « tranchée » ou « fossé ». Le mot peut également désigner une vallée encaissée, un passage étroit.

Cluses a probablement la même origine. Le nom a ensuite été réinterprété au travers d’un mot latin cludo « fermer ». En francoprovençal, le nom de la commune s’écrit Klyza (graphie de Conflans) ou Clluses (ORB).

Cluses est considérée comme la capitale du Faucigny, en rivalité (historique) avec La Roche-sur-Foron (foires et banque) et Bonneville (fonctions administratives). Cluses devient ville indépendante le. Hugues (1329), fils de et baron de Faucigny, crée une charte de franchises avec les Clusiens. Quatre syndics sont élus par la population. Au Moyen Âge, on parlait déjà d’un pont sur l’Arve. Le premier bourg est né à l’entrée de la cluse, située entre les montagnes et la rivière.

Loche de Saint Martin, chevalier, commande une armée sarde qui s’avance jusqu’à Cluses mais qui doit regagner les cols alpins. En 1720, Claude-Joseph Ballaloud introduit le travail de l’horlogerie dans une vallée qui ne vit que de l’agriculture. Très vite, les ateliers familiaux se multiplient et fournissent les grandes firmes de Genève en Suisse. L’acquisition d’un savoir-faire s’accompagne de la création de l’École royale d’horlogerie en 1848. Pour répondre aux besoins des grands secteurs industriels, les artisans horlogers se diversifient dans la fabrication de petites pièces micromécaniques en série. Les techniques du décolletage sont nées et ne cesseront d’évoluer pour être aujourd’hui reconnues mondialement.

Elle fut chef-lieu de district de 1790 à 1795. Le village typique haut-savoyard construit en chalets de bois est entièrement détruit par un incendie. Après cet épisode, une grave crise secoue Cluses. Les habitations et industries détruites, les gens quittent la ville. C’est à la suite de cet incident qu’on chercha à développer la ville. Ainsi, le développement de l’horlogerie savoisienne en Faucigny passe par la création d’une École royale d’horlogerie par Achille Benoit, en 1848, avec le soutien du syndic, le docteur Firmin Guy.

Cette institutionnalisation, d’une industrie présente dès le, avait pour but de mettre fin à l’émigration de travail local. La formation en horlogerie sera complétée par la mécanique et l’électricité dans les années 1890. L’École royale d’horlogerie devient un lycée technique en 1960. Il fermera ses portes en 1989 avec la dernière promotion de sept élèves. L’établissement est devenu aujourd’hui le lycée Charles-Poncet. La ville fut reconstruite de façon totalement différente.

Le style turinois du Piémont en Italie fut adopté. L’architecte Justin refit le dessin de la ville en damier. Depuis, des règles d’urbanisme strictes sont toujours d’actualité sur les nouvelles constructions et maisons de Cluses. Ce style unique fait de Cluses une particularité en Haute-Savoie. Entre le et la fin, un conflit oppose des ouvriers à leur patron, puis aux forces de maintien de l’ordre, avec un moment culminant le lors duquel sont tués, et blessés, par les fils du patron engagé dans le conflit. Aux alentours de 1901 est fondé à Scionzier, un village voisin de Cluses lui aussi fortement marqué par l’industrie horlogère, un syndicat C.G.T de travailleurs horlogers.

Camille Caux à la tête du syndicat déclenche une grève générale, avec des manifestations allant jusqu’à Cluses au chant de l’Internationale et ornée du drapeau rouge. Des revendications salariales sont gagnées, et Camille Caux, « ouvrier républicain démocrate », est élu conseiller municipal quelque temps après. Dans le même temps, les ouvriers diffusent leurs propres journaux, tels que Le Cuivre, L’Ouvrier métallurgiste. Les évènements à Scionzier vont profondément influencer les ouvriers de Cluses. Le avait déjà eu lieu une conférence syndicale du secrétaire de la fédération des cuirs. Dès le mois d’, un syndicat est créé à Cluses.

À l’approche du, les travailleurs du bassin de l’Arve veulent organiser une démonstration à Cluses contre l’ « exploitation capitaliste » et pour l’ « émancipation sociale ». Alors que se prépare le, se déroule en même temps une campagne électorale en vue des élections municipales, dont le premier tour est également prévu le, puis le second le Lors de ces élections, une liste de notables conservateurs, notamment soutenue par Michel Crettiez, fils de Claude Crettiez à la tête d’une des plus grosses fabriques horlogère de la ville, se voit opposer une autre liste portée par une conglomérat d’ouvriers syndiqués et de patrons républicains. Entre les deux tours, un des fils Crettiez aurait crié « à mort le syndicat ». Au soir du, la liste ouvrière-républicaine n’a aucun élu. Certains travailleurs démissionnent alors de la fanfare municipale.

C’est l’étincelle qui met le feu aux poudres: sept ouvriers sont renvoyés de l’usine Crettiez parce qu’ils avaient affiché leur soutien à la liste républicaine et aux syndiqués. Une grève éclate qui très vite se généralise. Plusieurs manifestations, le plus souvent spontanées, ont lieu tout au long du mois de mai. Lors d’une d’entre elles, les vitres de l’usine Crettiez sont brisées et le jardin d’un des contremaîtres est saccagé. Claude Crettiez, patron autoritaire marqué par les traditions paysannes, refuse toute négociation sur la réintégration des licenciés. La mairie conservatrice en appelle aux soldats.

300 soldats arrivent à cheval pour assurer l’interdiction de toute manifestation pendant un mois. La contestation s’affaiblit, mais la colère reste tenace avec des drapeaux rouges brandis en certains endroits, des conférences syndicalistes, des repas pour récolter des fonds, etc. Le conflit reprend ouvertement avec une grève générale qui termine en affrontement avec les forces armées qui bloquent un pont permettant l’accès à l’usine Crettiez. Une nouvelle manifestation intervient et sous la pression populaire, l’armée ne peut pas tenir. Des pierres sont jetés sur l’usine, puis Michel Crettiez, l’un des fils de Claude Crettiez, sort à la fenêtre armé d’un fusil. Il fait feu: 3 personnes sont tuées et 39 autres sont blessées.

La colère est immense, et les fils Crettiez échappent de peu à un lynchage public, alors que l’usine est saccagée. Les tensions perdureront jusqu’en 1905. Le verdict du procès est prononcé: les fils Crettiez sont condamnés et les ouvriers incriminés acquittés. Le encore, s’opposent au retour de Marcel Crettiez à Cluses. L’usine Crettiez sera forcée de délocaliser à Sallanches. Si pour certains, ce conflit relève plus d’une logique émotionnelle emprunte d’éléments d’honneur liés au contexte de sociétés encore marquées par la culture paysanne traditionnelle, d’autres pensent y déceler les contours d’une lutte de classe.

Au début des années 1980, des manifestations d’oppositions aux actions coup de poing du syndicat d’extrême droite SNPMI, font appel à la mémoire de 1904. Les membres de l’association Cluses Citoyenne ont inauguré une plaque commémorative sur le bâtiment de l’ancienne usine Crettiez dans le centre-ville de Cluses.

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Population

17.164 habitants

Région

Auvergne-Rhône-Alpes

Département

Haute-Savoie
(74)

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