Montceau-les-Mines
Histoire de Montceau-les-Mines
Montceau-les-Mines est une commune de 16 831 habitants située dans le département de Saône-et-Loire, en région Bourgogne-Franche-Comté. Le terme Montceau apparaît pour la première fois vers 875 sous la forme Montcellus, puis en 1266 dans un titre conservé aux archives de la Côte-d’Or. La mention « les-Mines » est ajoutée en 1856, à la suite de l’intensification de l’activité houillère qui transforme alors le territoire. La commune actuelle s’est en effet construite sur un ancien hameau d’environ vingt-cinq habitants attesté en 1475, dont le nom n’est documenté sous sa forme actuelle qu’à partir de 1645. L’un des domaines locaux portait le nom de Montceau, qui finit par désigner la communauté tout entière.
Pendant des siècles, le site demeure modeste, composé d’une auberge et de quelques fermes. Deux événements majeurs vont entraîner la naissance d’une ville: la construction du canal du Centre entre 1783 et 1791, qui ouvre la région aux échanges commerciaux, et l’installation en 1833 de la Compagnie des mines de houille de Blanzy. À la suite d’une pétition des habitants en 1851 et à l’initiative de Jules Chagot, dirigeant de la Compagnie, une loi érige en commune une communauté ponctionnée sur les territoires de Blanzy, Saint-Vallier, Saint-Berain-sous-Sanvignes et Sanvignes-les-Mines, sous le nom de Montceau-les-Mines. Un bureau de poste est mis en place en 1869, un nouvel hôpital ouvre en 1871, et l’hôtel de ville est achevé en 1876, sans que la devise de la République n’y soit ajoutée avant 1996.
L’exploitation du charbon à Blanzy fait la prospérité de la cité. Montceau devient un laboratoire social du paternalisme et connaît, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, des mouvements sociaux particulièrement intenses. La famille Chagot, d’abord issue d’un milieu aisé sans appartenir à la grande bourgeoisie, accède peu à peu à des postes politiques et exerce un contrôle politique et financier important sur la région, comme l’a montré l’historien Robert Beaubernard. Léonce Chagot, neveu du fondateur, est lui-même député de Saône-et-Loire en plus de diriger la cité dès sa création. De nombreux travailleurs s’installent dans la ville pour trouver un emploi à la mine. Les conditions de travail et de vie y sont extrêmement dures: la journée commence dès quatre heures du matin, les mineurs descendent au fond pour de longues heures et plus de quatre cents d’entre eux sont tués jusqu’à la période des troubles, selon Beaubernard. Les femmes, y compris veuves et célibataires, travaillent à la mine sans descendre au fond. Les protections contre les accidents et les explosions de grisou sont quasi inexistantes.
La famille Chagot gère l’urbanisme, les écoles et les structures sociales de la cité. Pendant la période des troubles, une part substantielle de la population active travaille à la mine, et l’ensemble de la ville repose sur le soutien financier de l’entreprise. Les écoles communales sont tenues par la compagnie, ce qui lui permet d’éduquer les enfants de mineurs et de pérenniser la main-d’œuvre dans ses propres puits. Politiquement, les Chagot sont décrits comme bonapartistes par le préfet de Saône-et-Loire, mais leur attitude relève surtout d’un conservatisme prêt à s’accommoder de tout régime favorable à leurs intérêts économiques. Pour asseoir leur autorité, ils s’appuient sur une théologie politique présentant les patrons comme des autorités de droit divin, et sur le christianisme social qui leur permet d’accorder quelques avancées matérielles afin de désamorcer les revendications. Cette histoire industrielle et sociale demeure inscrite dans le tissu urbain de Montceau-les-Mines, façonné par l’extraction houillère, ses corons et ses lieux de culte édifiés à l’initiative des compagnies minières. La construction de l’église en 1857, voulue par Léonce Chagot dès la première année de son mandat, illustre la volonté de la famille dirigeante d’inscrire le tissu religieux au cœur même du nouveau bourg. La cité, étendue ensuite par les vagues d’arrivée des mineurs venus chercher du travail à la fosse, s’est progressivement dotée d’un ensemble de paroisses qui accompagnaient la vie quotidienne des familles ouvrières. La densité du réseau ecclésial montcellien, plus marquée que dans la plupart des bourgs ruraux de Bourgogne, reflète directement le poids démographique de l’exploitation houillère et la stratégie paternaliste mise en place par la Compagnie des mines de Blanzy. À cette empreinte minière s’ajoute le rôle structurant du canal du Centre, ouvert entre 1783 et 1791, qui a relié le bassin houiller au reste du réseau fluvial français et permis à Montceau-les-Mines d’exister comme cité industrielle à part entière, distincte de la matrice rurale de Blanzy, Saint-Vallier, Saint-Berain-sous-Sanvignes et Sanvignes-les-Mines, sur le territoire desquelles la commune a été constituée en 1856. Cette construction administrative récente, à laquelle a participé l’historien Robert Beaubernard, distingue Montceau de la plupart des cités voisines de Saône-et-Loire, dont les origines remontent au Moyen Âge ou à l’Antiquité. La devise de la République, finalement gravée sur la façade de l’hôtel de ville en 1996, vient clore plus d’un siècle d’évolution politique et religieuse marqué par l’emprise paternaliste des Chagot et par les mobilisations sociales que cette emprise a suscitées au tournant du XXe siècle.