Bailleul (59)
Histoire de Bailleul
Bailleul est une commune de 14 869 habitants située dans le département du Nord, en région Hauts-de-France, dans la Flandre française. Le nom de la localité est attesté sous les formes Badgiole au XIIe siècle, puis Ballolium en 1193. Ce toponyme est issu du latin balliculum, « palissade », ou d’un mot de base baculum, « bâton », auquel s’ajoute le suffixe diminutif -eolum. Dans les deux cas, la ville doit son nom à la palissade qui l’entourait, ou qui ceinturait le château primitif autour duquel s’est développée l’agglomération. En néerlandais et en flamand occidental, Bailleul se nomme Belle; en picard, on dit Bailleu. Les habitants se nomment Bellenaerd en flamand occidental et Bellenaard en néerlandais.
Des silex taillés découverts en 1875 sur la colline du Ravesberg attestent une présence humaine dès la Préhistoire. En 1191, par le traité d’Arras, le cardinal Guillaume aux Blanches Mains, archevêque de Reims, préside au règlement d’un litige lié à l’héritage de Philippe d’Alsace, comte de Flandre. Sa veuve Mathilde de Portugal, douairière, reçoit Bailleul en usufruit ainsi que d’autres villes, contre les revendications de la nouvelle comtesse de Flandre Marguerite d’Alsace. En 1213, le roi de France Philippe Auguste, en guerre contre le comte Ferrand de Flandre dans le contexte qui aboutira à la bataille de Bouvines en 1214, charge son fils, futur Louis VIII, de brûler la ville. L’année suivante, Guillaume seigneur de Dampierre, sans doute Guillaume II, père du comte de Flandre Gui de Dampierre, confirme une déclaration de Boidin de Haverskerque, son bailli, à propos de Lotin Bataille, clerc de Bailleul, et de son frère Baudouin. En 1287, Gui de Dampierre, comte de Flandre, achète des biens à Baudouin de Bailleul et à son épouse Agnès. Au siècle suivant, Jean de Faukemberghe, sergent du roi de France à Amiens, vient en Flandre pour citer à comparaître Louis Ier de Flandre, comte de Flandre et de Nevers, à Montreuil, afin de faire entériner la décision de Philippe VI de Valois sur la propriété de Bailleul, revendiquée par Louis et par la dame de Cassel, Jeanne de Bretagne épouse de Robert de Cassel; la décision royale tranche en faveur de cette dernière, Robert de Cassel ayant reçu de son père Robert III de Flandre toute la Flandre maritime contre sa renonciation au comté de Flandre.
En 1348, le richissime comte de Flandre Louis de Male confirme les privilèges des habitants de Bailleul, c’est-à-dire leurs libertés communales. La France, déjà en guerre contre l’Angleterre, sombre alors dans la guerre civile, tandis que la Flandre, alliée à l’Angleterre, bénéficie d’un commerce florissant qui fait la richesse de Bailleul. Par le traité d’Arras de 1435, la Flandre bourguignonne fait la paix avec le royaume de France et trahit l’Angleterre, qui met en place un embargo sur la laine et provoque une grave crise économique. En 1436, des hommes de Richard Plantagenêt, duc d’York, pillent et incendient la ville en représailles. Sur ordre de Louis XI, les Français mettent ensuite Bailleul et Poperinge à feu et à sang dans le contexte de la guerre de Succession de Bourgogne, attaquant ainsi Marie de Bourgogne, comtesse de Flandre, et son mari Maximilien d’Autriche, dont le roi de France contestait la régence après la mort de Charles le Téméraire. Le poète De Spinghere rapporte que cinq cents bourgeois de Bailleul furent emmenés prisonniers par les Français, et l’historien Émile Coornaert souligne la persistance d’un sentiment anti-français dans la région, notamment dans la production du poète Jacques de Meyer, originaire de Flêtre.
Depuis la fin du Moyen Âge, plusieurs chambres de rhétorique opèrent à Bailleul en langue néerlandaise, parmi lesquelles Jonc van herten, les Spaderyke placés sous l’invocation de sainte Catherine, ainsi que les Gelsenders ou Adrianisten. Selon les coutumes de la ville et de la châtellenie de Belle de 1632, la ville comptait alors cinq chambres de rhétorique. Comme beaucoup de villes de Flandre, Bailleul a connu au Moyen Âge et à l’époque moderne une forte activité économique fondée sur le textile: draperie, travail du lin à partir du XVIIe siècle, dentelle dont une école subsiste encore dans la ville. Au début du XVIIIe siècle, une fabrique de faïence s’y installe et acquiert une solide réputation, la faïence de Bailleul étant jugée plus résistante et moins chère que celle de Rouen. La paroisse Notre-Dame-du-Fief-en-Flandre fut intégrée au diocèse d’Ypres de 1559 à 1801 et constituait le siège d’un doyenné; elle est aujourd’hui rattachée à l’archidiocèse de Lille.
Patrimoine religieux
Bailleul abrite le musée Benoît-De-Puydt, créé en 1859 autour du legs de Benoît Depuydt, greffier et collectionneur d’objets et d’œuvres d’art issus de la culture flamande, dont les collections témoignent de l’attachement de la ville à son héritage régional et religieux. La paroisse Notre-Dame-du-Fief-en-Flandre, intégrée au diocèse d’Ypres pendant plus de deux siècles, illustre la longue insertion de Bailleul dans l’aire ecclésiastique flamande avant son rattachement au diocèse de Lille. Les chambres de rhétorique néerlandophones, dont la sainte patronne du groupe des Spaderyke était sainte Catherine, attestent quant à elles la vitalité d’une vie religieuse et culturelle bilingue qui s’est maintenue à Bailleul du Moyen Âge tardif jusqu’à l’époque moderne, en marge des grands centres ecclésiastiques de Lille, Saint-Omer et Ypres.