Dinan
Histoire de Dinan
Dinan est une commune de Côtes-d’Armor, en Bretagne, qui compte 14 675 habitants. L’étymologie du nom de la localité est discutée. D’après Bernard Tanguy et Hervé Abalain, Dinan est un nom qui repose sur le breton din (variante moderne du gaulois dun), « forteresse » ou « fortin », suivi du suffixe diminutif -an. Dinan désignerait la « petite forteresse ».
Il serait donc à rapprocher du ‘, le château de Dinan, une formation rocheuse sur la presqu’île de Crozon, ainsi que de ‘ ou Castel Dinan, une motte féodale à Plouigneau. Léon Fleuriot et Claude Evens présentent également Dinan comme un dérivé du vieux breton Din, auquel ils donnent le sens de « forteresse ». Francis Favereau reprend cette explication en comptant Dinan parmi les toponymes formés sur le breton Din en Bretagne, avec le même sens de « forteresse ».
L’étymologie de Dinan a cependant donné lieu à plusieurs autres hypothèses et conjectures. Pour Jean-Marie Ploneis également, le nom provient du breton Din (découlant lui-même du gaulois ), « colline fortifiée ».
La région de Dinan est habitée depuis le Néolithique, comme en témoigne la présence d’un dolmen en ruines à la sortie de la ville en direction de Lanvallay. Sa proximité avec la grande cité gallo-romaine de Corseul et le port gaulois puis gallo-romain de Taden permettent d’en déduire une occupation humaine à cette période. Le territoire de Dinan appartenait il y a plus de deux mille ans au peuple gaulois des Coriosolites. À l’époque gallo-romaine, il fait partie de la Gaule lyonnaise. L’histoire de Dinan est mieux connue à partir du, bien que le site eût été occupé depuis l’Antiquité. C’est à l’époque une bourgade dans laquelle s’implante un couvent bénédictin.
En 1064, les Normands du duc Guillaume le Bâtard assiègent le château sur motte. Cet assaut figure sur la tapisserie de Bayeux. de Dinan (tapisserie de Bayeux, ). Hic milites Willelmi ducis pugnant contra Dinantes: « Ici les soldats du duc Guillaume combattent contre les Dinannais ». Organisée autour des paroisses Saint-Malo et Saint-Sauveur, la moitié de Dinan est achetée en 1283 par le duc de Bretagne Jean le Roux. C’est à cette époque que la ville acquiert la ceinture de remparts qu’on lui connaît.
Les tours de Beaumanoir, Vaucouleurs, Saint-Julien, Beaufort, du Connétable, de Coëtquen, Penthièvre, Longue et Sainte-Catherine entourent la vieille ville dans le sens trigonométrique. Ce chemin de ronde encore intact sur est percé par les portes du Jerzual, de Saint-Malo, de Brest, du Guichet et plus tard de Saint-Louis (1620). En 1357, lors de la guerre de succession du duché de Bretagne, Bertrand Du Guesclin et son frère Olivier défendent avec succès la ville assiégée par les troupes anglaises et les Bretons fidèles à Jean de Montfort. Il affronte Thomas de Canterbury en combat singulier et en sort vainqueur. En 1364, après plusieurs tentatives infructueuses, le duc Jean parvient à reprendre le contrôle de la ville et y fait construire la Tour ducale. Les fortifications de la ville sont modernisées dans la deuxième moitié du avec l’addition de plusieurs tours d’artillerie.
Cela passe par la destruction de la partie des faubourgs située contre les murailles par l’incendie, afin de dégager un glacis. Le château de Léhon, tout proche, est alors abandonné. Les canons n’ont jamais tiré: le gouverneur de la ville rend les clefs au représentant du roi de France après la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier en 1488. Comme toutes les autres villes bretonnes, Dinan est définitivement rattachée au royaume de France en août 1532. La ville continue à prospérer, avec une activité artisanale soutenue intra-muros et la présence du port sur la Rance qui favorise le commerce. Dinan contrôle en effet la voie fluviale permettant de transporter les marchandises jusqu’à Saint-Malo.
En 1598, Dinan choisit le camp du nouveau roi de France, contre son gouverneur, Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur, qui s’y oppose lors des guerres de la Ligue. C’est à partir de cette époque que les fortifications perdent leur usage défensif et ne sont plus entretenues. Au, d’autres ordres religieux implantent de nouveaux couvents: Capucins, Ursulines, Bénédictines, Dominicaines, Clarisses s’ajoutent aux Cordeliers et aux Jacobins. À compter de ce siècle, la ville ouvre une nouvelle porte économique avec sa source minérale « La Fontaine des Eaux ». Un premier livre est publié en 1648 par Jan Duhamel mais le site se développera plus amplement. Dinan participe à la Révolte du papier timbré survenue en 1675.
Le bailliage de Dinan dépendait de l’abbaye Notre-Dame du Tronchet. Au, l’activité commerciale est stimulée par l’installation de nombreux tisserands, qui produisent notamment des toiles utilisées pour les voiles des navires, envoyées ensuite à Saint-Malo par la vallée de la Rance. Sous l’impulsion d’une bourgeoisie qui se développe, diverses mesures sont prises pour lutter contre l’insalubrité régnant dans la ville, parallèlement à son développement extra-muros. À partir de 1769, la ville de Dinan va investir dans sa « Fontaine des Eaux », une source d’eaux minérales qui a des vertus « miraculeuses » selon certains analystes de l’époque. Le vallon sera aménagé pour recevoir de nombreux curistes nobles, venant de la province et de Paris même. Ce développement de la vallée n’est pas négligeable dans l’économie de la ville et va encore s’étoffer.
Pendant la Révolution, Jean Jules Coupard, avocat né en 1740, est élu député du Tiers état aux États généraux de 1789 et participe donc à la réorganisation administrative de la France et à la rédaction de constitution de 1791. Il est à nouveau élu député en 1792 à la Convention. Marie Toussaint Gagon du Chesnay, avocat et ancien maire de Dinan, est lui aussi député aux États généraux. Il adhère aux idées nouvelles. La constitution de 1791 prévoyait que les députés des États généraux ne pourraient se représenter à l’Assemblée nationale législative: il se retire donc sur ses terres en 1791. À la fin de la Révolution, il est appelé par Bonaparte au poste de sous-préfet de Dinan.
Pendant les épisodes de la deuxième Commune de Paris, la ville de Dinan connut une exportation de ce modèle politique, et ainsi fut créée la Commune de Dinan. Au, le port perd progressivement de son importance, avec la construction d’un viaduc routier qui désenclave la ville, en 1852, et avec l’arrivée du chemin de fer en 1879. La ville voit se construire de nombreuses demeures cossues et se transforme peu à peu en destination de villégiature, particulièrement prisée par les Britanniques. Lors de son passage dans le pays de Dinan, Thomas Edward Lawrence, dit Lawrence d’Arabie, écrit à sa mère: « Je suis tombé amoureux de la Rance » dans une lettre en date du où il compare le canal aux rives de la Tamise à Londres ainsi qu’à la rivière Isis empruntée par les courses d’aviron de l’université d’Oxford. Lawrence d’Arabie s’était pris de passion pour le cidre. En Angleterre, il avait découvert les « modern ciders », des cidres élaborés à partir de pommes de table.
Malgré un incendie en 1907 qui a détruit cinq maisons à colombages, et un bombardement en, la ville n’a pas connu de grands changements depuis le début. Dinan était alors une ville de garnison (le régiment d’artillerie et le régiment de hussards y étaient basés). Ange Dubreuil, né et installé à Dinan, fut arrêté pour avoir initié une rixe avec un jeune soldat allemand dans un bar de la rue de la Chaux. Il fut arrêté, jugé et condamné à la peine de mort. Le Préfet des Côtes-du-nord intervint auprès du Général de corps d’Armée (français) afin qu’il demande aux autorités allemandes de commuer cette peine: ce dernier n’en fit rien. Ange Dubreuil fut fusillé le.
Anne Beaumanoir, alors étudiante en médecine et résistante, amène à Dinan deux enfants juifs qu’elle a fait échapper à une rafle parisienne et les cache chez ses parents Jean et Marthe Beaumanoir. Ils sont reconnus tous les trois Justes parmi les nations. Les Américains de la Armored Division ( blindée US) approchent Dinan. À Lanvallay, ils sont sévèrement accrochés par les troupes allemandes qui résistent. Ils décident de contourner le nid de résistance, et de poursuivre leur course vers Brest. Au cours de leur retraite, un barrage d’artillerie et un soutien aérien sont effectués pour couvrir le repli des troupes américaines.
Ce n’est que le qu’un groupe de reconnaissance du 802nd Tank Destroyer Battalion ( Bataillon antichar) apprend que Dinan et Lanvallay ont été évacués par les troupes allemandes. Ils mènent plusieurs reconnaissances dans la ville et la libèrent. Le lendemain, un régiment et un groupe de reconnaissance passent Dinan, et progressent vers Dinard, qui est un des bastions de la Festung Saint-Malo. Originaire d’Ille-et-Vilaine, René Fayon s’installe avec sa famille à Dinan en tant que gardien du pont de la Fontaine-des-Eaux. Membre du groupe FTP de Dinan, il est amené, avec ses camarades, à prendre d’assaut la prison de Dinan le afin de libérer deux membres importants de la direction des FTP d’Ille-et-Vilaine. Bien que très risquée, l’opération fut un succès.
Le au matin, René Fayon fut arrêté au cours de son service de garde près du viaduc sur la ligne de chemin-de-fer Dinan-Dinard. Soupçonné d’actes de terrorisme et porteur d’un révolver, il fut transféré à la prison de Rennes. Jugé et condamné à la peine de mort le, il fut fusillé le lendemain au camp de la Maltière à Saint-Jacques-de-la-Lande avec 9 autres de ses camarades du secteur de Dinan. Le monument aux morts porte les noms de 308 soldats morts pour la Patrie Les casernes, longtemps occupées par les régiments de hussards et de dragons vont peu à peu se vider de leurs militaires. En 1979, le Régiment d’artillerie de marine (RAMA), quitte la caserne Duguesclin qu’elle occupait depuis 1948, pour la Lande d’Ouée (Saint-Aubin-du-Cormier).
Le régiment de commandement et de soutien ( RCS) (qui occupait le quartier Beaumanoir) régiment de soutien de la DIMA, restera dans la ville jusqu’en 1986, avant de déménager sur Nantes. En 1998, l’école nationale de Spécialisation du service de santé pour l’armée de terre (ENSSSAT) située à Dinan depuis 1981 est supprimée, 500 militaires quittent la ville. De nos jours, la ville a largement restauré son patrimoine. Des maisons à colombage bordent encore la place des Cordeliers, la rue de l’Horloge, la célèbre rue du Jerzual et d’autres voies pavées du centre. La basilique Saint-Sauveur et l’église Saint-Malo s’élèvent au milieu des anciennes paroisses de la ville. Les casernes Beaumanoir et Duguesclin, désaffectées, ont été rachetées par la commune.
Elle conserve 60 % des bâtiments pour aménager le nouveau quartier Europe, mêlant constructions militaires réhabilitées, bâtis contemporain et espaces verts. L’ensemble de cet aménagement couvre près de, le projet urbain a été conçu par le cabinet d’architecte Philippe Madec. Dans la nuit du 6 au, une petite portion des remparts s’est effondrée sur la rue principale d’accès (rue du Général-de-Gaulle), et nécessite des travaux de consolidation. L’agglomération de Dinan déborde aujourd’hui de ses remparts et s’étend jusqu’aux communes de Léhon, Quévert, Taden et Lanvallay. Depuis, Dinan et Léhon ont fusionné pour constituer la commune nouvelle de Dinan. Par arrêté du préfet des Côtes-d’Armor en date du, publié au JORF du au, la commune nouvelle de Dinan est créée en lieu et place des communes de Dinan et de Léhon (canton de Dinan, arrondissement de Dinan) à compter.