Saint-Omer
Histoire de Saint-Omer
Saint-Omer se situe dans le département du Pas-de-Calais, en région Hauts-de-France, et compte environ 14 661 habitants. Établie en bordure du marais audomarois, la ville s’est développée autour d’une fondation monastique du VIIe siècle, dont elle tire son nom et sa physionomie. Ses habitants portent le nom d’Audomarois, en référence à Audomar de Thérouanne, dit Omer, fondateur de l’abbaye de Saint-Bertin. La forme picarde du toponyme est Saint-Onmé.
Le territoire d’origine se situait entre les deltas de l’Aa et de l’Yser, dans une zone marquée par la transgression marine dite de Dunkerque II, qui submergea les terres correspondant aujourd’hui au triangle Calais-Dunkerque-Saint-Omer. Le littoral était alors occupé par les Morins, peuple gaulois d’origine celte dont la capitale était Tarvenna, l’actuelle Thérouanne. C’est probablement aux environs de Saint-Omer que Jules César aurait construit Portus Itius, port d’où il partit en 55 et 54 avant Jésus-Christ pour envahir la Bretagne, c’est-à-dire l’actuelle Grande-Bretagne. Sous l’impulsion d’Audomar, moine de Luxeuil devenu évêque de Noyon-Tournai puis de Thérouanne en 637, l’abbaye Saint-Bertin est fondée au pied du mont Sithiu. Le compagnon d’Audomar, saint Bertin, donne son nom à l’abbaye, autour de laquelle se développe progressivement la ville. Les chroniqueurs désignent d’abord la localité sous le nom de Sithiu ou Sitdiu, attesté dès 662, puis sous des formes successives: Villa Sancti Audomari en 1042, Sithuu en 1119, Sanctus Hotmarus en 1198, Saint Omeir en 1202, Saint Omer en 1259, Sanctus Odemerius en 1293 et Sanctus Odomarus en 1298. Audomar meurt à Wavrans-sur-l’Aa, et l’endroit prend son nom actuel au cours du Xe siècle. Pendant la Révolution, la commune porte les noms de La Barrière, puis de Morin-la-Montagne, en hommage au peuple gaulois des Morins. Les autres formes attestées au cours du Moyen Âge incluent Seynt Homer, Sanctus Audomarus in Flandria, Saint Omerk en 1253, Saint-Homer en 1311, Saint-Omel en 1321 et Saint-Aumer en 1369.
L’histoire de la ville est marquée par les divisions monastiques et les invasions vikings. Sous l’abbatiat de Fridogise, entre 824 et 830, les moines de l’abbaye se séparent: une partie demeure à Saint-Bertin, tandis qu’une autre adopte la règle de saint Augustin et fonde un collège de chanoines au monastère haut, dont l’église devient collégiale. Vers 882, une flotte importante pille et incendie l’abbaye après avoir détruit Thérouanne, qui ne s’en relèvera que plusieurs siècles plus tard. Une troisième tentative, racontée dans le livre des Miracles de saint Bertin par un témoin oculaire, voit plusieurs centaines de Vikings apparaître sur les hauteurs de Longuenesse, incendier des fermes et piller le bétail. Les soldats audomarois, prévenus, les mettent en déroute dans les marais, sous les yeux des habitants massés sur les remparts construits autour de la ville et des deux monastères, haut et bas, après la seconde attaque normande. Une dernière incursion fut écartée selon la tradition par l’avertissement reçu en songe par un moine. En 874, Charles le Chauve institue un marché au pied du château seigneurial, qui deviendra le grand marché de la région après la destruction de Thérouanne. On y codifie les beuveries, les conditions d’admission, le rôle des doyens, l’entraide, la charité envers les pauvres et l’entretien des places et des remparts. Vers 1014-1048, une dernière transgression marine, dite de Dunkerque III, submerge la plaine maritime et crée un golfe, le Graveninga. En 1072, après la défaite de Cassel, Philippe Ier revient piller la ville en représailles avant de se retirer.
En 1096, Guillaume Ier de Saint-Omer participe à la première croisade avec trois de ses fils, Godefroy, Gérard et Hugues. Le nom de Hugues figure dans la cinquième salle des croisades du château de Versailles, et Godefroy sera cofondateur de l’ordre du Temple aux côtés de Hugues de Payns. Cette participation des Saint-Omer à la première croisade est documentée par Guillaume de Tyr dans son Histoire des croisades, qui rapporte que Guillaume donna une partie de son palais à Hugues de Payns et à Godefroy de Saint-Omer pour la fondation du Temple. Vers 1100, est creusé le nouvel Aa, appelé le Grand Large, premier exutoire vers la mer, ainsi que des canaux qui donnent naissance aux quartiers du Vinquai et du Haut-Pont. Au cours de cette période de prospérité, Saint-Omer devient l’une des premières villes d’Occident à bénéficier d’institutions communales, peut-être dès le début des années 1070. La ville disposait d’un sceau dès 1050, attribut caractéristique de la commune. Ces institutions prennent la suite d’organisations d’entraide de voisinage, structurées en confrérie puis en guilde marchande, qui ont donné naissance à la commune, soutenue par le comte de Flandre qui lui accorda ses libertés. La ville s’est ainsi inscrite très tôt dans la cartographie urbaine de l’Occident médiéval, par sa fonction de marché, son rôle religieux hérité d’Audomar et de Bertin, et son ancrage politique dans le comté de Flandre.