Villetaneuse
Histoire de Villetaneuse
Villetaneuse se situe dans le département de la Seine-Saint-Denis, en région Île-de-France, et compte environ 12 663 habitants. La commune se trouve dans la plaine au nord de Paris, à proximité de Saint-Denis et de Pierrefitte-sur-Seine. Son nom est attesté sous les formes successives Villa Tineosa vers 1120, Villa Teignosa en 1209, Villa Teigneuse en 1313, Villa Scabiosa, Ville Tigneuse en 1470 et Ville-taneuse en 1517. Le toponyme dériverait de Villa Tine Osa, lieu où l’on traitait le tan, écorce de chêne ou d’aulne moulue, pour préparer les peaux à tanner, ou bien de Villa stagnosa, le « domaine des étangs ».
La première mention écrite de Villetaneuse est attestée vers 1120, sous la forme Ricardus de Villatenosa. Le fief relève alors à la fois du seigneur de Montmorency et de l’abbé de Saint-Denis, ce qui inscrit d’emblée la localité dans une double dépendance, féodale et monastique, particulièrement dense dans la plaine au nord de Paris. Au début du XIIIe siècle, la collégiale Saint-Martin de Montmorency possède des vignes à Villetaneuse, ainsi que des droits de cens. Les seigneurs successifs sont des officiers royaux: Jean du Vivier, avocat au parlement en 1650, Julien Chauveau, procureur au parlement en 1588, et plusieurs autres. Dès 1463, il est fait mention des carrières de pierre à plâtre de Villetaneuse, qui constituent, avec l’agriculture, la principale ressource économique de la commune. Un acte de 1613 indique qu’Anne Robert, avocat au parlement et seigneur de Villetaneuse demeurant à Paris, et Jacques Doublet, religieux à Saint-Denis, échangent leurs droits seigneuriaux respectifs entre Pierrefitte et Villetaneuse. En 1658, Villetaneuse est érigée en comté, regroupant également La Briche et Épinay. La paroisse Saint-Liphard est créée à cette époque. En 1783, le lieutenant général de police sanctionne des carriers exploitant la pierre à plâtre sans autorisation.
Un château figure sur les cartes de l’Ancien Régime, en particulier sur la Carte des Chasses. L’abbé Lebeuf en a laissé une description précise: il était accompagné de deux pavillons, environné de fossés à fonds de cuve revêtus de pierre et remplis d’eau, et son parc, clos de murs, contenait taillis et haute futaie, avec deux cent soixante-dix-sept arpents de terres, prés et vignes répartis sur les territoires de Villetaneuse et de Pierrefitte. La source qui alimentait les fossés se trouvait dans les fossés mêmes et s’écoulait ensuite dans le rû du Crould avant la Seine. En 1815, un violent incendie cause de grands dommages au château, qui ne fut probablement pas reconstruit: en 1825, la carte de Maire indique qu’il ne reste plus que le parc. En 1883, l’ancien enclos du château, encore entouré des fossés décrits par Lebeuf, devient le siège d’une blanchisserie, dite Blanchisserie du Château de Villetaneuse. Le conseil municipal proteste alors contre les inconvénients liés aux eaux de lessive déversées dans le rû du Rouillon par cette buanderie, et réclame l’assainissement du cours d’eau jusqu’à la limite communale. C’est l’origine de l’actuelle zone d’activité de Villetaneuse. Sous l’Ancien Régime, la commune relevait de la paroisse de Villetaneuse, du doyenné de Montmorency, de l’archidiaconé et du diocèse de Paris.
Au XIXe siècle et au début du XXe, l’activité maraîchère prédomine, mais les carrières de pierre à plâtre restent très présentes dans les contreforts de la Butte-Pinson, qui marque le relief de la commune. Villetaneuse est libérée le 27 août 1944. La paroisse dédiée à saint Liphard existe depuis le Moyen Âge; la première église connue, décrite par l’abbé Lebeuf, semble dater de la première moitié du XVIIe siècle. C’était une simple chapelle couverte d’un lambris peint disposé en forme de voûte, dotée d’une petite tour. Le saint patron y était représenté en abbé, vêtu de blanc, avec un dragon ou un serpent à ses pieds. L’édifice s’élevait en face du château, à côté du cimetière, assez loin du centre du bourg rural, et tenait davantage de la chapelle du château que de l’église paroissiale. Selon les registres du conseil municipal, le maire constatait au XIXe siècle que cette église était insuffisante, insalubre et en très mauvais état, et qu’elle était isolée dans un endroit marécageux à près d’un kilomètre du centre de la commune; il jugeait alors indispensable de la reconstruire. Cette histoire d’un édifice paroissial successivement déplacé reflète l’évolution rapide d’une commune passée en quelques décennies d’un terroir agricole et carrier à un territoire urbain de la banlieue nord de Paris, marqué aujourd’hui par la présence de l’université Paris-13. La Méridienne verte, axe symbolique tracé en l’an 2000, traverse l’ouest de la commune, dans des terrains universitaires restés en friche, prolongeant la mémoire des anciens enclos seigneuriaux dans le paysage contemporain. La superposition successive des vocations de Villetaneuse, lieu de tannerie ou d’étangs à l’origine du toponyme, terroir viticole pour la collégiale Saint-Martin de Montmorency, comté regroupant La Briche et Épinay, puis commune carrière et maraîchère avant l’urbanisation, fait de ce territoire un cas représentatif de la transformation des villages de la plaine au nord de Paris en banlieue urbaine au cours des XIXe et XXe siècles.