Bischwiller
Histoire de Bischwiller
Bischwiller se situe dans le département du Bas-Rhin, en région Grand Est, et compte environ 12 435 habitants. La commune est implantée dans la plaine d’Alsace, en bordure de la Moder, à mi-chemin entre Strasbourg et Haguenau. Son toponyme apparaît au Moyen Âge sous les formes anciennes Bischoviswiler en 1236 et Bischovswilre, dont la forme latinisée ecclésiastique est Episcopi villa, c’est-à-dire « domaine de l’évêque », en référence à la possession du lieu par l’évêché de Strasbourg.
L’origine du village remonte à un don impérial. L’empereur Henri II du Saint-Empire offrit, en échange de ses services, un immense domaine de chasse allant du Ried à la Moder à l’évêque de Strasbourg, Werner Ier de Habsbourg. Près de deux siècles plus tard, l’évêque Conrad de Hunebourg fonda, vers 1195, une métairie et une chapelle, devenue l’actuelle chapelle Saint-Nicolas de Hanhoffen, quartier de Bischwiller, au lieu-dit Luhberg, sur les bords du Rothbächel, confluent de la Moder. Peu à peu, un village se développa autour de la ferme épiscopale, et les habitants s’engagèrent à payer la dîme à l’évêque. Le village est mentionné pour la première fois sous le nom de Bischovesweiler, ou Bischofsweiler, vers 1236. Il pouvait déjà être considéré comme un petit bourg lorsque les Strasbourgeois, en révolte contre l’évêque Walther de Geroldseck, l’incendièrent dans la nuit. Après cet épisode, le village resta en ruines durant près de quarante ans. En 1287, alors qu’il venait à peine de se reconstruire, l’évêque Conrad de Lichtenberg engagea le hameau de Bischofsweiler à Walther de Müllenheim, un seigneur laïc.
Vers 1300, l’évêque Frédéric Ier de Lichtenberg fit construire une nouvelle église, l’actuelle église protestante, sur la colline du Kirchberg. Cet acte marque la remise sur pied du village. Cependant, en 1332, l’évêque Berthold de Buchek, accablé par les dettes, vendit le village au seigneur Sigismond de Huttendorf, dit aussi Siegmund von Ettendorf. Cette famille possédera le bourg jusqu’en 1406. C’est aussi au début du XIVe siècle qu’est rédigée la première charte communale, dite rotule. À la fin du Moyen Âge, plusieurs fermes sont attestées: le Rodenhof en 1332, le Wölffel Pfiffershof à la même date, le Cuntzen-Wurrenhof et le Moterershof en 1458. En 1400, l’évêque Guillaume de Diest vendit les derniers droits qu’il détenait sur le village, à savoir la dîme et le patronage, au Chapitre Saint-Pierre-le-Vieux de Strasbourg. En 1406, Reinbold de Huttendorf sépara le village en deux et vendit une moitié à Jean Kleinkuntz, échevin de Haguenau, et l’autre à Reinbold Jungzorn, Stadtmeister de Strasbourg. En 1408, les princes-électeurs palatins commencèrent à exercer la haute juridiction sur le village et entrèrent en possession du château, où ils firent résider un sous-bailli pour les représenter.
L’existence du château, déjà bâti à la fin du Moyen Âge, est attestée en 1419 par la mention d’une rue dénommée Burggasse. En 1438, le château appartient à Rheinard von Neyberg, chevalier à la cour impériale de Haguenau et sous-bailli d’Alsace. En 1453, le château et le village passent à la famille des Eschenau, mais en 1462, à la suite d’un conflit, l’électeur Frédéric le Victorieux les leur retire. Le bourg reste entre les mains de la famille palatine jusqu’en 1504, date de la mise au ban de l’Empire de Philippe le Loyal par Maximilien Ier; il revient alors aux Eschenau au début du XVIe siècle. En 1506, un recensement dénombre une population déjà importante. Après être brièvement passée sous l’autorité du chevalier Jean Bock de Gerstheim, la ville est partagée entre les Eschenau et les Beger de Blyberg. En 1521, les deux seigneurs du lieu, Fabien d’Eschenau et Jacob Beger de Blyberg, autorisent le tribunal local à tenir son propre sceau, signe de l’autonomie croissante de l’institution communale. En 1525, le village adopte la Réforme protestante: le maire de Strasbourg, Klaus Kniebs, envoie comme premier pasteur Gervasius Schuller, ami du réformateur Ulrich Zwingli. Cet ancrage protestant, hérité de la Réforme alsacienne, marque durablement l’identité religieuse de la commune. En 1542, le seigneur Louis d’Eschenau cède le bourg, alors appelé Bischweiler, en fief héréditaire réversible à Wolfgang Ier de Bavière, duc de Palatinat-Deux-Ponts et comte palatin de Neubourg et de Soulzbach. À la mort de Wolfgang en 1569, son fils Jean lui succède, mais dès 1567, c’est le seigneur Dietrich de Schoenberg, demeurant sous la suzeraineté du duc Jean, qui prend possession effective de Bischweiler. Cette succession complexe de seigneuries laïques et ecclésiastiques explique la coexistence durable, à Bischwiller, de paroisses protestante et catholique, dont les édifices marquent encore le paysage urbain. La commune est ainsi héritière d’une histoire religieuse double, entre la fondation épiscopale médiévale héritée de Strasbourg et la Réforme protestante adoptée au XVIe siècle, double héritage qui se reflète dans la coexistence des édifices cultuels actuels et dans l’organisation paroissiale propre à l’Alsace.