Clermont (60)
Histoire de Clermont
Clermont est une commune de l’Oise, en région Hauts-de-France, qui compte environ 10 475 habitants. Le nom de la localité est attesté d’abord en latin sous les formes Baldinus de Clarimonte en 1023, puis Clarus Mons en 1120, Claro Monte in Belvacio en 1269, et Clarimontis en 1363. La première forme francophone, Clermont en Beauvoisiz, apparaît au début du XVe siècle. En 1790, la cité prit le nom de Clermont en Beauvaisis avant d’obtenir le nom officiel de Clermont au XIXe siècle avec l’arrivée du chemin de fer, sous les formes Clermont de l’Oise ou Clermont-en-France. Depuis le XXe siècle, le nom officiel est Clermont, signifiant « le mont lumineux ». Ce toponyme étant fréquent dans le domaine roman, il a souvent été précisé géographiquement en Clermont-en-Beauvaisis. La dénomination Clermont-de-l’Oise est ambiguë puisque la rivière Oise ne coule pas à Clermont, le terme désignant ici le département.
De nombreux témoignages, dont des silex taillés, des haches polies et des puits à silex, attestent une occupation très ancienne de la région dès le Paléolithique et au Néolithique. La colline de Clermont elle-même n’a pas livré de vestiges préhistoriques, mais l’abbé Henri Breuil, savant clermontois, s’intéressa au sous-sol de la région. La nature particulière du sol, formé de limons argileux très calcaires, fut exploitée pour la fabrication de briques. L’ouverture de plusieurs carrières lui permit d’authentifier un important atelier de taille de type Levallois. De 1980 à 1986, des fouilles dirigées par Jean-Claude Blanchet mirent en évidence sur le site de hauteur de Catenoy, au lieu-dit Camp-de-César, un grand camp fortifié néolithique occupé principalement à la période chasséenne et à l’âge du bronze final.
Avant la conquête des Gaules par les Romains, le territoire était habité par différentes peuplades: les Ambiani au nord, les Bellovaci sur la plus grande partie des arrondissements actuels de Beauvais et de Clermont, les Calètes dans la vallée de la Bresles, les Veliovassi au sud-ouest, les Silvanectes autour de Senlis, les Suessiones entre l’Aisne, l’Oise et l’Automne, et les Viromandui à la bordure nord-ouest. Les Bellovaci étaient la peuplade la plus puissante. En l’an 51 avant notre ère, Clermont aurait été, selon G. Materat, le théâtre d’opérations militaires lors de la deuxième campagne de César contre les Bellovaques et leurs alliés. Arrivant du Soissonnais, les quatre légions romaines se heurtèrent au gros de l’ennemi protégé par la vallée marécageuse de la Brêche. Les adversaires s’installèrent défensivement pendant au moins cinq mois: les Romains sur la colline de Catenoy-Nointel, et les Bellovaques sur le revers est du plateau d’Agnetz-Auvillers-Cambronne, avec la colline de Clermont comme bastion avancé. Cette stabilisation fut suivie d’une offensive de Jules César avec le lancement de ponts de fascines dans le marais de la Brêche, près de Breuil-le-Sec, et l’établissement d’une tête de pont au mont de Crème.
Les Gaulois n’ont laissé aucune trace de leur long séjour à Clermont ni aux environs. Si les archéologues ont mis au jour des vestiges de la position des troupes romaines, aucune découverte n’a restitué la contrepartie bellovaque sur le promontoire de Clermont. La ville fut probablement à l’origine de la famille Chiaromonte, forme italianisée du toponyme, appartenant au baronnage italo-normand du royaume de Sicile, qui fit souche en Italie méridionale. Un premier château a probablement été élevé sur la montagne de Clermont au moment des incursions normandes au IXe siècle. Il fut sans doute bâti sur le territoire de Breuil-le-Vert, qui s’étendait alors jusqu’aux confins de la paroisse d’Agnetz.
Patrimoine religieux
La commune de Clermont possède huit monuments historiques, dont trois classés et cinq inscrits, ainsi que plusieurs parcs et espaces verts. Ce patrimoine témoigne de la longue histoire urbaine de la cité, depuis sa fonction de bastion défensif au Moyen Âge jusqu’à son rôle administratif et industriel aux XIXe et XXe siècles. La présence d’une famille seigneuriale ramifiée jusqu’en Italie méridionale et l’élévation d’un château sur la hauteur dès l’époque carolingienne ont marqué durablement le paysage bâti de Clermont, dont la dénomination même rappelle la position dominante du site sur le plateau picard. La référence à un mont lumineux ne renvoie pas à un sommet alpin mais à une butte calcaire qui dominait la plaine environnante, position défensive aussi bien que symbolique pour les seigneurs et l’évêché. La ville se trouvait au croisement d’axes anciens et fut un point d’observation utile sur la frontière entre les territoires des Bellovaci et des Silvanectes durant la période gauloise. La famille Chiaromonte, qui partit faire souche en Italie méridionale au sein du baronnage italo-normand du royaume de Sicile, représente l’un des exemples typiques de la diffusion européenne des dynasties seigneuriales du nord de la France à partir du XIe siècle. Cette transposition d’un nom topographique français au-delà des Alpes témoigne de la circulation des élites féodales à l’époque normande. La consolidation du château originel, vraisemblablement construit pour faire face aux incursions normandes du IXe siècle, en a fait un point de repère paysager et politique dont l’influence s’est prolongée pendant tout le Moyen Âge.