Libercourt
Histoire de Libercourt
Libercourt est une commune du Pas-de-Calais, en région Hauts-de-France, qui compte 8 138 habitants. D’après l’historien Auguste de Loisne, le nom de la localité est attesté sous les formes Libercours, puis Liber-Court en 1739. La commune est créée en 1947, à partir de la commune de Carvin, et reçoit la même année de Carvin le hameau de Garguetelle, dont le nom est attesté sous les formes Gargetel en 1264, Garghettel en 1270, Gargetiel à la fin du XIIIe siècle, et Guarguetel en 1739. La commune appartient à l’ancien bassin minier du Nord-Pas-de-Calais et a hérité de cette histoire industrielle un patrimoine inscrit aujourd’hui au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Sous l’Ancien Régime, Libercourt ne formait pas une communauté d’habitants distincte. Elle dépendait, comme Carvin, de la principauté d’Épinoy. Au début du Moyen Âge, Épinoy est donné comme la terre natale de saint Druon; à l’autre extrémité de la ville actuelle, l’église du bourg est vouée à saint Martin. La ville s’est constituée à partir de ces deux sous-ensembles: celui d’Épinoy, où se trouvait aussi le château du seigneur, et celui de Carvin, où s’élevaient les halles et la maison des échevins, centre administratif de la seigneurie. La seigneurie d’Épinoy (De Spineto) fut successivement possession de la famille d’Antoing, puis de la maison de Melun et enfin de celle des Rohan. Les seigneurs d’Épinoy furent faits chevaliers de l’ordre de la Toison d’or; ils devinrent comtes, puis, sans pour autant être de sang royal, furent faits princes. Leur château fut démantelé au début de l’époque moderne.
À l’époque de Louis XIV, le rattachement de la châtellenie et principauté d’Épinoy à la France s’accompagna de changements profonds. Devenus grands du royaume de France, les princes d’Épinoy confièrent l’administration de Carvin et celle des paroisses environnantes aux Robespierre. Ceux-ci s’y succédèrent comme notaires et procureurs pendant plusieurs générations, avant que l’un d’entre eux, devenu avocat, ne s’installe à Arras et fonde ainsi la lignée dont est issu le célèbre conventionnel Maximilien de Robespierre, qui rendit visite à ses parents de Carvin en 1783 et relate son voyage et son séjour dans une lettre méconnue, enjouée et divertissante.
Au XVIIIe siècle, contre l’avis des habitants, les princes d’Épinoy entreprirent une urbanisation à marche forcée des quartiers nord ainsi que de l’espace situé en rase campagne entre Épinoy et le bourg, qui vit ainsi la création de l’actuelle grand-place. Les États d’Artois ouvrirent à la même époque une nouvelle chaussée reliant Arras à Lille et réunissant les différents hameaux en plein essor. En vue des États généraux de 1789, la paroisse de Carvin-Épinoy rédigea des cahiers de doléances, puis l’administration révolutionnaire en fit le chef-lieu d’un canton regroupant alors dix communes au sein de l’arrondissement de Béthune. Au plus fort des guerres révolutionnaires qui agitèrent la frontière nord de la France, la tour de l’église fut surmontée d’une cabine de relais du premier télégraphe optique mis au point par les frères Chappe pour la ligne Lille-Paris. Selon une tradition locale, vers 1150, un jeune berger nommé Ruchot aperçut un saule dont aurait jailli du sang: il y trouva un buste de la Vierge Marie. Le berger l’emporta avec lui, mais, arrivé à la ferme, la statue serait revenue d’elle-même reprendre sa place dans le hallot. Cette statue fit alors l’objet d’une vénération au titre des « prodiges » qu’on lui attribuait. Le hallot devint le rendez-vous de pèlerins, et la statue l’objet de leur dévotion.
La statue fut d’abord abritée dans une chapelle bâtie à l’endroit même de son apparition, et qui servit probablement d’église à la population jusqu’au milieu du XVIIIe siècle. Une seconde chapelle fut édifiée sur un terrain perpendiculaire à l’église actuelle. À la fin du XVIIIe siècle, les révolutionnaires pillèrent le sanctuaire Notre-Dame: ses ornements, son autel, son tabernacle, ses verrières et la statue « miraculeuse » furent dérobés. Une nouvelle église fut construite en 1880, marquant la reprise du culte sur ce site ancien.
Patrimoine religieux
Au-delà de l’église, la valeur universelle et historique du bassin minier Nord-Pas-de-Calais est reconnue depuis son inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, au titre de « Paysage culturel » et d’« œuvre conjuguée de l’homme et de la nature ». Le site de Libercourt en compte six éléments, signalés à l’entrée de la ville par une signalétique « Bassin minier Patrimoine mondial ». La mine-image de la fosse d’Oignies, avec l’ensemble de ses galeries souterraines et extérieures et ses dispositifs techniques destinés à la formation des mineurs, située sous le terril 115 A et accessible par la rue Émile-Zola à Oignies, est inscrite au titre des monuments historiques. Le sanctuaire Notre-Dame, lieu d’un pèlerinage marial très ancien lié à la légende du berger Ruchot, et l’église Saint-Martin du bourg, vouée au saint patron, structurent encore l’identité religieuse de la commune.