Déols
Histoire de Déols
Déols est une commune du département de l’Indre, en région Centre-Val de Loire, peuplée de 7 625 habitants, située sur la rive droite de l’Indre, immédiatement au nord de Châteauroux. Le nom de la localité a connu une succession particulièrement riche de formes attestées avant de prendre sa graphie moderne. Grégoire de Tours, au VIe siècle, la mentionne sous les formes Dolensi et Dolensem Vicum, et l’on trouve ensuite Dolus Vigo Fitur, Dolus Vico, Villa Dolis, puis la première désignation comme bourg dans la formule Dolis… burgo qui circa monasterium et l’expression Omne jus districtionis mee Odo, senior Dolis quod habeam in burgo Sancte Marie integerrime. Suivent Locum Dolensem en 1034, Odoni Dolensis vers 1040, Solidi Dolenses en 1243, In Burgo Dolensi puis Bourg de Deolz vers 1250, De marcha argenti de Burgo Dolensi, Priores exempti de Burgo de Deux vers 1330, Déolz, Déols et enfin Déols Bourg Dieu. Au cours du XIVe siècle, le latin recule au profit du français dans les actes officiels, et en 1348 apparaît pour la première fois le terme « le bourg de Dieu », confusion ou plutôt glissement de sens qui n’existait pas dans les sources latines antérieures. En 1453 se produit le transfert du terme « bourg » à celui de « ville »: « la dite ville du bourg de Déols ». En 1612, Joachim Duviert représente Châteauroux et Déols sous le titre de « Vue cavalière de Châteauroux et du Bourg-Dieu (Déols) ». La feuille de l’Atlas de la Grande Route Royale de Paris à Toulouse, réalisée vers 1747, porte l’inscription « Bourg Déols », tandis que la minute de la feuille de Châteauroux de la carte de Cassini, dressée par l’ingénieur Miquel en 1755, indique « Bourg-Dieu ».
Les premières traces d’occupation humaine sur le plateau au nord de Châteauroux remontent au Paléolithique inférieur, attestées par des bifaces et un racloir. Le Paléolithique moyen est représenté à l’état résiduel sous la forme d’un Moustérien de Tradition Acheuléenne, et au Paléolithique supérieur apparaissent les premières pseudo-concentrations sur de faibles éminences sableuses uniformément réparties sur tout le plateau. Plusieurs interventions d’archéologie préventive ont permis de fouiller divers sites sur le territoire de la commune. L’origine de Déols paraît remonter à l’époque gallo-romaine, lorsqu’un point de franchissement à gué de l’Indre, sur la route de Paris à Toulouse, a fixé une petite agglomération secondaire au sud-ouest du site du Montet. Plus au nord, la présence dans l’église Saint-Étienne de maçonneries présumées gallo-romaines, d’un fragment d’inscription funéraire et de deux sarcophages de la fin de l’Antiquité — ceux dits de saint Léocade et saint Ludre, le premier en calcaire et le second en marbre orné de scènes de chasse probablement venu d’Arles — permet de localiser la nécropole antique qui marquait la limite septentrionale de l’agglomération secondaire gallo-romaine. Plus au nord encore, la construction du nouveau quartier des Maussants a permis en 1990 la fouille d’un temple gallo-romain de type fanum.
C’est aux environs de 469 que Déols entre dans l’histoire en étant le théâtre de la bataille de Déols, qui opposa les Bretons du roi Riothamus, appelés par l’empereur Anthémius et alliés d’un Empire romain d’Occident en pleine déliquescence, aux Wisigoths d’Euric qui menaçaient la partie de l’Aquitaine restée romaine. Les Wisigoths sortirent vainqueurs de l’affrontement, dont Grégoire de Tours a laissé le récit dans ses Dix Livres d’Histoire. Après la défaite du comte Paul lors du siège d’Angers contre les Saxons en 469, Syagrius, qui avait succédé en 464 à son père Ægidius dans la défense orientale du domaine gallo-romain subsistant, tenta d’en reprendre le contrôle, mais compromit son alliance avec Childéric, et les forces romano-franques ne rejoignirent pas à temps Riothamus à Déols. En 470, après le Berry, la Touraine tomba pour quelque temps aux mains d’Euric, qui après son avènement en 466 avait rompu le fœdus avec Rome et avait été incité par Arvandus à attaquer les Bretons. Alors que l’Auvergne était à son tour menacée, les troupes romaines de renfort conduites par Anthemiolus, fils de l’empereur Anthémius, furent battues à Arles vers 471 par Euric, et Anthemiolus tué avec ses généraux. Ce fut la dernière expédition de l’armée romaine au nord des Alpes. En 475, après la prise d’Arvernum (Clermont-Ferrand), le nouvel empereur Julius Nepos dut reconnaître la souveraineté d’Euric sur la Gaule en deçà de la Loire et du Rhône, en lui cédant l’Auvergne pour obtenir son retrait de Provence. Devant le refus du patrice Oreste d’accorder des avantages similaires aux peuples barbares alliés en Italie, Odoacre mit fin à l’Empire romain d’Occident en 476 en déposant Romulus Augustule. En 486, cinq ans après la mort de Childéric, Clovis s’empara du reste du royaume de Syagrius à la bataille de Soissons, puis de l’Aquitaine au détriment d’Alaric II, fils d’Euric, à la bataille de Vouillé en 507. Les premières mentions de Déols dans les sources écrites postérieures remontent à la fin de cette période. Cet ancrage entre nécropole antique, sanctuaire païen et site de bataille a durablement façonné l’identité religieuse et historique du lieu, sur lequel s’est ensuite édifiée une importante abbaye médiévale.