Paimpol
Histoire de Paimpol
Paimpol est une commune des Côtes-d’Armor, en région Bretagne, qui rassemble 7 191 habitants. La commune est connue sous son nom officiel français Paimpol et sous une forme bretonne attestée dans plusieurs documents médiévaux. Le nom apparaît dès 1184, puis sous diverses graphies en 1198 et en 1202, et dérive du breton penn, « tête », et poull, « étang », soit « l’extrémité de l’étang », forme ensuite francisée en Paimpol. La cité occupe une position de port sur la côte du Goëlo, à l’extrémité orientale de la baie qui porte son nom et au centre du Trégor. En 1325, le comte de Goëlo Henri, baron d’Avaugour, et son épouse Jeanne d’Harcourt ratifièrent le don, fait par Jean de Keraoul, d’un terrain destiné à l’église Notre-Dame de Paimpol pour y aménager un cimetière, qui fut béni par leur oncle Jean d’Avaugour, alors évêque de Saint-Brieuc. En 1370, le château de l’Estang appartenait à Charles du Halgoët, chevalier et seigneur de l’Estang.
La cité doit surtout sa réputation à la grande pêche au large de l’Islande, dont elle fut au début du XXe siècle l’un des ports phares; Pierre Loti en fit la matière de son roman Pêcheur d’Islande, publié en 1886. Dès le début du XVIe siècle, l’Europe découvrit grâce au commerce portugais la morue, dont la consommation entraîna la croissance des flottilles vouées à la pêche en haute mer, et notamment la goélette paimpolaise, navire spécialisé dans cette activité. Les marins bretons de Paimpol et de Saint-Malo, les Normands de Barfleur et de Dieppe, ainsi que des pêcheurs rochelais et basques, gagnaient les côtes du Canada et le golfe du Saint-Laurent; ces équipages se retrouvaient au large d’une grande île dénommée alors « île de Bacalaos », c’est-à-dire « île des morues » en portugais — vraisemblablement Terre-Neuve —, en compagnie de marins portugais, irlandais, anglais, vénitiens et hollandais. La Ligue hanséatique contrôlait alors le marché européen de la morue depuis les ports d’Europe centrale, en mer du Nord et en mer Baltique. Dès le début du XVIe siècle, les marins-pêcheurs français versaient au roi la dîme sur « les pescheries des terres neufves », redevance acquittée également par les morutiers bretons sur leurs ventes et consignée notamment dans les transactions passées entre les moines de l’abbaye de Beauport, à Paimpol, et les habitants de l’île de Bréhat. En 1591, les Anglais firent de Paimpol une place de sûreté, jugeant le port et la position du bourg avantageux; la ville appartenait alors au comte de Vertus Odet d’Avaugour. Jean-Baptiste Ogée en livra une description en 1778.
La petite commune de Lanvignec était une ancienne trève de la paroisse de Perros-Hamon sous l’Ancien Régime. Selon A. Marteville et P. Varin, continuateurs d’Ogée, on y célébrait en grande pompe le jour de la saint Vignoc, saint patron du lieu dont le nom originel était « Lan-Vignoc ». Elle possédait également avant la Révolution française une chapelle Saint-Vincent, depuis longtemps disparue; une statue de saint Vignoc se trouve aujourd’hui dans l’église Saint-Vignoc de Lanvignec. Par ordonnance, Paimpol absorba la commune de Lanvignec, en rétrocédant deux portions de son territoire — au nord-ouest, le village de Keraudrin, et au sud-est, le village de Toulverzit — à Plounez; en échange, par une autre ordonnance, Plounez céda à Paimpol une portion de territoire comprise entre l’ancienne commune de Lanvignec et Kérity. Paimpol s’agrandit ensuite en annexant successivement deux portions du territoire de Kérity, l’une contenant une partie du village de Kernoa et l’autre la nouvelle gare de Paimpol. En 1841, onze navires de grande navigation chargés et trente-cinq sur lest entrèrent dans le port, dont quarante venant d’Angleterre; il en sortit trente, dont huit pour la pêche à la morue et dix-huit à destination de l’Angleterre. Ces statistiques ne tiennent pas compte du cabotage, qui était constitué au départ principalement de grains et d’oléagineux, à l’arrivée de bois et de matériaux divers.
Patrimoine religieux
Vingt-trois monuments paimpolais sont inscrits dans la base Mérimée, parmi les monuments historiques des Côtes-d’Armor. La chapelle Notre-Dame de Kergrist, située sur la route de Lézardrieux au lieu-dit Kergrist, dans l’ancienne commune de Plounez, domine la falaise du Trieux; elle est sur la gauche en venant de Paimpol, avant de descendre vers le fleuve. Consacrée à la fin du Moyen Âge et modifiée par la suite, vendue durant la Révolution française, elle fut rendue au culte en 1807 et abrite trois autels et de nombreuses statues. Une seconde chapelle, située dans l’ancienne paroisse de Kérity, devenue un quartier de Paimpol, accueillait chaque année les pêcheurs d’Islande et de Terre-Neuve venus en pèlerinage demander à sainte Barbe protection contre la foudre et l’ensemble des périls de la mer. Cette dévotion mariait la mémoire des grandes campagnes de pêche au culte traditionnel des saints protecteurs des marins, et témoigne du rôle structurant de la pêche lointaine dans la spiritualité paimpolaise jusqu’au début du XXe siècle. L’abbaye de Beauport, fondée à Paimpol au début du XIIIe siècle, complétait cet ensemble par une présence monastique d’envergure, dont les transactions commerciales avec les pêcheurs et les habitants des îles voisines, notamment Bréhat, ont laissé d’abondantes traces dans les archives.