Kervignac
Histoire de Kervignac
Kervignac est une commune de Morbihan, en Bretagne, qui compte 6 966 habitants. Le nom de la localité est attesté sous les formes Veneacam plebem que postea vocata est Chevernac au dans le cartulaire de Quimperlé, Kerveniac et Kereniac en 1280, Creveniac en 1282, Kaervinyac en 1387, Quiliviniac en 1405, Querviniac en 1413, Querveniac en 1420, Quirvinyac en 1505, Quirminiac en 1516, Querviniiac en 1630. Il s’agit d’un toponyme d’origine gallo-romaine selon Joseph Loth (ce que le suffixe -ac laisse supposer). Une autre hypothèse affirme que le toponyme provient de l’agglutination du breton ker et du nom de personne obscur, ou bien dérivé du breton KilliWinieg ou du gallo-roman Calviniacus.
Le nom breton de la commune est Kervignag (prononcé [cɛɾviˈɲak]).
La commune abrite le dolmen de Tri-Men-de-Castello. Des vestiges d’un autre dolmen (sous lequel on trouva une urne funéraire en terre rougeâtre grossièrement ciselée qui était remplie de cendres et deux vases oblongs) subsistent près du manoir de Kermadio et François Marie Cayot-Délandre cite aussi un dolmen depuis disparu à Lopriac. Une bonne dizaine de stèles protohistoriques parsèment le territoire communal, dont celle qui est intégrée au mur d´enclos de la fontaine Saint-Efflam. La voie romaine reliant Darioritum (Vannes) à Civitas Aquilonia (Quimper) traverse le nord de la commune. Des tuiles à rebords et des fragments de poteries d’époque gallo-romaine ont été trouvés près du château de Kerbalay. Le saint aurait établi son ermitage à Locoyarne au sud d’Hennebont dans la grotte qui porte toujours son nom. Cette commune est connue pour des faits liés à la révolte des Bonnets rouges en 1675. En 1759, une ordonnance du roi Louis XV impose à la paroisse de Kervignac de fournir 47 hommes et de payer 308 livres pour la défense de la côte et pourvoir aux besoins des garde-côtes.
de la paroisse de Kervignac (1789). L’ancienne église paroissiale Saint-Pierre-et-Saint-Paul menaçant ruine fut interdite d’utilisation en 1760 et reconstruite vers 1765; dans le courant du, le culte se transporta alors dans la chapelle Notre-Dame de Pitié, située dans le cimetière et qui fut agrandie vers 1825 pour être utilisée comme église paroissiale, ce qu’elle devint officiellement en 1929 après des travaux de transformation, notamment la démolition de la flèche qui menaçait ruine en 1911 et sa reconstruction en 1914. Jean-Baptiste Ogée décrit ainsi Kervignac en 1778 En 1790 la création de la commune de Kervignac s’accompagne de son érection en chef-lieu d’un canton qui comprend aussi les communes de Merlevenez, Sainte-Hélène et Nostang. Ce canton fait partie du district d’Hennebont jusqu’à la suppression des districts; Kervignac est alors inclus dans l’arrondissement de Lorient et perd en 1801 son statut de chef-lieu de canton, la commune étant alors incluse dans le canton de Port-Louis. Mathurin Sévéno, recteur de Kervignac lors du déclenchement de la Révolution française et son vicaire Yves Leslé, refusèrent de prêter serment à la Constitution civile du clergé et devenus donc prêtres réfractaires, durent quitter la paroisse (le recteur s’exila un temps en Espagne), y revenant toutefois clandestinement par la suite. « La municipalité de Kervignac [était] entièrement dévouée aux réfractaires qui vivaient errant de çi de là, couchant la nuit dans les paillers et surgissant à l’improviste devant leurs anciens paroissiens (.) ». Un détachement du régiment de la Martinique venu d’Hennebont pour pourchasser les prêtres réfractaires à la fin de l’année 1791 fut mal reçu par la municipalité et les habitants de Kervignac.
Guillaume Cohéléach, recteur constitutionnel de Kervignac depuis le 14 août 1791, fut assassiné le 13 frimaire an III (3 décembre 1794) dans son presbytère envahi par une soixantaine d’individus, des chouans, qui avaient auparavant arraché l’arbre de la liberté planté sur une place du bourg. Des concentrations de chouans eurent lieu en 1799 dans toute la région: à Languidic dans le village de Kergohan; une grande cache souterraine fut pratiquée au milieu du bois taillis de Kerallan, près du hameau du même nom; un autre repaire des chouans se trouvait à 250 mètres à l’ouest du bourg de Sainte-Hélène, dans le hameau de Pen-er-Lan: là aussi il y aurait eu dépôt d’armes et d’habillements; des chouans se cachaient aussi dans le hameau de Kerroué, à 400 mètres à l’est du bourg de Sainte-Hélène. Les jeunes gens enrôlés par les Chouans, notamment par Le Lan de Kervignac « qui a égorgé les patriotes de Nostang, grand égorgeur et embaucheur depuis longtemps et d’autres sclérérats de sa trempe » affluaient dans l’un ou l’autre de ces trois villages. Une fois équipés et armés, on les conduisait dans une grande lande entre Pluvigner et Grandchamp, près du hameau de Kerhuitton [probablement Kervranton]. Jean Le Lan, dit Brutus, fut le chef redouté des Chouans de Kervignac; il fit partie de la conspiration de Cadoudal, fut condamné à mort en même temps que celui-ci et exécuté le 25 juin 1804. L’éloge panégyrique de sa vie est un exemple de la vie religieuse à cette époque. La flèche de l’église de Kervignac (ancienne chapelle Notre-Dame dela Pitié) fut détruite par la foudre le 11 février 1833.
En 1843 une bande d’une quinzaine réfractaires légitimistes, soutenant les prétentions au trône d’Henri V, se cachèrent dans le bois de Rohabon en Kervignac et commirent quelques méfaits. Varin, continuateurs d’Ogée, décrivent ainsi Kervignac en 1843 Une école d’agriculture existait à Kervignac en 1843; c’était l’une des 9 écoles d’agriculture existant alors en France; elle abritait une ferme-modèle et un haras. C’est l’origine de l’actuel lycée professionnel d’enseignement agricole Ker Anna. Julien Le Priol fut zouave pontifical, participant notamment à la défense de Rome en 1870, avant d’être Volontaire de l’Ouest pendant la Guerre de 1870. La vicomtesse Gustave de Perrien de Crenan, née Alice Roger de Sivry, décéda prématurément âgée de seulement 32 ans au château de Locunolay [Locguénolé] le 19 août 1879: « d’une piété exemplaire et d’une générosité sans limites, Mme de Perrien était la providence des pauvres et notamment de ceux de la commune de Kervignac ». Un incendie brûla 22 maisons dans le hameau de Saint-Sterlin dans la nuit du 7 au 8 juillet 1887 (« par ce temps de sécheresse, les maisons couvertes de chaume offraient au fléau un aliment trop facile pour qu’on songeât à l’arrêter »). Les toits en chaume étaient alors généralisés, favorisant la propagation des incendies; Ernest Capendu écrit dans son roman La corvette la « Brûle-Gueule » (publié initialement en 1862) que « les toits en chaume de Kervignac allaient apparaître à l’horizon » et parle de « l’unique rue qui, à cette époque, composait à elle seule toute la ville ».
Une épidémie de variole survint en 1889 et une de dysenterie en 1898 à Kervignac. Le journal La Croix du 25 juillet 1891 écrit que l’école libre (privée) de Kervignac compte alors 126 élèves, celle des filles 103 élèves alors que l’école de garçons compte 8 ou 9 élèves et celle des filles une élève. Un témoignage datant de 1888 dit qu’« à Kervignac, quand un homme ne faisait pas ses Pâques, on le montrait au doigt et le curé en parlait en chaîre. mais on ne nommait pas, dame, non! En application de la loi sur les congrégations du 7 juillet 1904, l’école congréganiste tenue par les Frères des écoles chrétiennes dût fermer à partir du 1 octobre 1904. En 1906 la maire de Kervignac, Gustave de Perrien démissionna, ainsi que 12 des 21 conseillers municipaux, à la suite de la mise en demeure des autorités préfectorales d’avoir à construire une école publique de filles à Kervignac (finalement construite d’office sur décision préfectorale), ce qui entraîna la dissolution du conseil municipal. Mais il fut réélu et resta maire jusqu’en 1923. La création d’un bureau de bienfaisance est autorisée à Kervignac par un arrêté ministériel en date du décembre 1913; sa dotation initiale est constituée par les biens mis sous séquestre ayant appartenu à la fabrique de la paroisse avant la loi de séparation des Églises et de l’État.
Le monument aux morts de Kervignac porte les noms de 92 soldats et marins morts pour la France pendant la Première Guerre mondiale; parmi eux 3 (Pierre Le Person, Joseph Le Roux et Joseph Maho) sont morts dès le 22 août 1914 dans les combats de Maissin (Belgique); Toussaint Le Moing, marsouin au 37e régiment d’infanterie coloniale, est mort (disparu) en 1917 et Julien Gahinet en 1918, tous deux dans l’actuelle Macédoine du Nord; Henri Guégan, lui aussi marsouin, est mort le 26 février 1916 lors du naufrage du Provence II; Vincent Gourden est mort en captivité en Allemagne le 9 janvier 1918; la plupart des autres sont morts sur le sol français dont le capitaine Marie Henri Secondat de Montesquieu, tué à l’ennemi le 9 septembre 1914 à Mondement-Montgivroux (Marne) lors de la bataille des Marais de Saint-Gond et le lieutenant Raymond Dauchez de Beaubert, mort des suites de ses blessures le 29 octobre 1916 à l’hôpital temporaire de Beauvais (Oise), tous deux décorés de Légion d’Honneur et de la croix de guerre; Armand Le Fur, Louis Le Garrec, Jean Le Moing et Vincent Le Quéven, tous les quatre décorés de la médaille militaire et de la croix de guerre; Pierre Gléour, Pierre Kerzerho, Pierre Le Blimeau, Jean Le Bouter, Julien Le Floch et Yves Le Labour, tous les six décorés de la croix de guerre; Pierre Kernin, décoré de la médaille militaire. La ligne de chemin de fer d’intérêt local à voie métrique des chemins de fer du Morbihan allant de Port-Louis à Baud avec embranchements à Hennebont et à Port-Louis, déclarée d’utilité publique par la loi du 1 mai 1911, ouvrit en 1921 mais ferma dès 1934. En 1935 le maire de Kervignac fit transférer sans autorisation la veille de la rentrée scolaire le matériel de l’école laïque de garçons à l’école des filles; le jour de la rentrée l’instituteur et les élèves trouvèrent porte close. Il fallut que l’inspecteur d’Académie se déplace à Kervignac et menace le maire de demander au préfet de le suspendre de ses fonctions pour obtenir que l’école soit rouverte. Madeleine Desroseaux a décrit de manière détaillé en 1938 le pardon de Saint-Efflam en Kervignac. Lors des combats de la Poche de Lorient les troupes allemandes occupaient dans la commune plusieurs positions stratégiques: forteresse et miradors de Kermoello, camp allemand de Kermainguair, poste de commandement des liaisons de l’Atlantique à Kérandin ainsi que le Pont-du-Bonhomme, seul point de passage d’un côté à l’autre de la rade. La Résistance tenait une ligne allant de Sainte-Hélène à Hennebont passant à l’Est de Kervignac afin d’interdire tous mouvements de l’armée allemande, lui coupant ainsi les vivres. Le journal La France libre: organe de « Ceux de la Libération-Vengeance » écrit dans son numéro du 4 novembre 1944 que « ce sont les villages de Nostang, Kervignac, Merlevenez et Sainte-Hélène qui sont l’objet des plus violentes attaques.
Chaque jour, des hommes tombent. Le bourg de Kervignac a été détruit à 90 % pendant ces combats qui se déroulèrent entre août 1944 et mai 1945, pilonné par environ obus; l’église paroissiale Saint-Pierre-et-Saint-Paul (une église de style gothique en granite qui était classée monument historique) est détruite lors des échanges d’artillerie entre la garnison allemande de la Poche de Lorient et les troupes franco-américaines de libération; son clocher tombe le 10 novembre 1944. Le monument aux morts de Kervignac porte les noms de 34 personnes mortes pour la France pendant la Seconde Guerre mondiale; parmi elles, 6 au moins sont des soldats morts lors de la Débâcle française au printemps 1940 (dont 2 en Belgique (Louis Devise et Joseph Le Bobinnec) et 4 dans la partie nord de la France (Émile Fouillé, Victor Le Diméet, Joseph Le Rezollier et Théophile Ollier); d’autres sont des résistants morts lors des combats de la Poche de Lorient (Philippe Kernilis et Robert Le Bon, tués tous les deux le 5 décembre 1944 à Kervignac lors d’un accrochage avec les Allemands et Pierre Teffaine, résistant FFI tué le 4 mai 1945 à Lopriac en Kervignac; 19 sont des victimes civiles de la guerre dont 5 personnes (Jean Boulard, Louis et Marie Huchon, Marie Portanguen et le lorientais Louis Le Ral) fusillées le 23 août 1944 dans le village de Kermassonet en représailles à l’attaque de deux soldats allemands ainsi qu’Hélène et Guy Le Bouille, tués le 16 août 1945 à Kervignac (leur fille Louisa, âgée de 8 ans, décède le 4 octobre 1945) et aussi Louis Thomas, décédé le 30 novembre 1945 à Lorient, donc après la fin de la guerre; Lucien Huet et Léon Raude sont morts en captivité en Allemagne, tous les deux en 1941. Le retour des réfugiés qui avaient fui les combats survint progressivement, mais les difficultés des habitants furent grandes au lendemain de la guerre. Le journal L’Espoir du Morbihan écrit le 25 mai 1947 que « la population de Kervignac est sans pain depuis quelques jours ». La Croix de guerre a été attribuée à la commune le 11 novembre 1948. L’église, dédiée à Notre-Dame-de-Pitié, a été reconstruite après 1956 par l’architecte lorientais René Delayre et dotée de beaux vitraux modernes dus à Gabriel Loire. Deux soldats (Armel Le Garrec et Joseph Cano) originaires de Kervignac sont morts pour la France pendant la Guerre d’Indochine et un (François Le Livec) pendant la Guerre d’Algérie mais à Fès (Maroc) le 4 avril 1956.