Saint-Pierre-d'Oléron
Histoire de Saint-Pierre-d’Oléron
Saint-Pierre-d’Oléron est une commune de Charente-Maritime, en Nouvelle-Aquitaine, qui compte 6 627 habitants. Le nom de la commune a pour origine la référence à saint Pierre, à qui la paroisse avait été dédiée.
Le territoire communal semble avoir été peuplé dès la période paléolithique, en un temps où Oléron n’était pas encore une île. Du matériel lithique (grattoirs, silex taillés) datant de la période acheuléenne a été récolté en divers points de la commune. De facture plus récente, la « cuillère de Gargantua » qui s’élève au lieu-dit Saint-Gilles est un monolithe datant du néolithique moyen. Après avoir été « emprunté » par des habitants de Saint-Georges-d’Oléron en 1961, puis récupéré de façon tout aussi rocambolesque et placée devant l’église Saint-Pierre, le monument a désormais réintégré son emplacement d’origine, et la « pierre-levée » qui a donné son nom au lieu-dit actuel. Ces deux témoignages du passé de Saint-Pierre ont aujourd’hui presque totalement disparu. L’époque gallo-romaine a également laissé quelques traces dans la commune, dont des pièces de monnaie romaines à l’effigie de Tibère, des restes de tuiles, des vestiges de céramiques et les restes d’une nécropole et d’un bustum (site de crémation).
Le manque de documents ne permet pas de savoir grand-chose de la période allant. Le petit bourg qu’est alors Saint-Pierre suit naturellement les destinées de l’histoire saintongeaise, et obtient des divers seigneurs qui se succèdent divers privilèges, dont celui de pouvoir vendre librement les denrées que produisent ses habitants, poissons, vin et sel essentiellement. En 1068, une charte fait état de la donation de l’église du lieu au prieuré de Sainte-Gemme. octroie à l’île d’Oléron ses premières libertés communales. En 1137, Aliénor d’Aquitaine hérite du duché d’Aquitaine, duquel dépend le comté de Saintonge. Lors de son mariage avec le roi de France Louis VII, elle apporte en dot ses nombreuses possessions du sud-ouest.
Cependant les mésententes entre les deux époux ne tardent pas à se faire jour, conduisant à l’annulation du mariage pour cause de consanguinité en. Le remariage presque immédiat de la duchesse Aliénor avec le comte d’Anjou Henri Plantagenêt, futur roi d’Angleterre, fait basculer l’Aquitaine dans la mouvance anglaise dès 1154. Comme le reste de l’Aquitaine, l’île d’Oléron en tire une certaine liberté, qui se matérialise par l’octroi d’une charte communale en 1199. La commune d’Oléron (qui englobe toute l’île) se dote d’un « mayor » élu, assisté d’un collège d’échevins. La paroisse de Saint-Pierre s’organise sous la houlette des seigneurs de Bonnemie, dont on trouve mention dès la seconde moitié du XIIIe siècle (les dates sont incertaines). Elle est sans doute alors une modeste bourgade tirant sans doute profit du commerce du sel et du vin avec les ports anglais.
La guerre de Cent Ans bouleverse cet ordre établi et l’île est disputée entre les partis français et anglais jusqu’en 1372, où elle passe définitivement sous contrôle français. En 1380, elle entre dans le domaine des puissants seigneurs de Pons. La seigneurie de Bonnemie, jusqu’alors détenue par la famille de Fors, passe aux de Céris en 1376. Le mariage de l’héritière de la famille, Marie de Céris, avec Pierre Jourdain en 1508 fait passer le domaine en de nouvelles mains. Il en est de même en 1545 lorsque Pierrette Jourdain épouse Jean Le Berton en 1545, faisant des Le Berton les seigneurs de Bonnemie pour trois cent cinquante ans. La tolérance des seigneurs de Bonnemie (pourtant restés fidèles au catholicisme) fait que les fidèles réformés obtiennent l’autorisation de célébrer leur culte dans une dépendance du château!
La révocation de l’édit de Nantes (édit de Fontainebleau) par Louis XIV en 1685 condamne les « soi-disant Réformés » à l’exil ou au désert (c’est-à-dire à la clandestinité — dans des granges, des clairières, des bois ou même en pleine mer). Pour convaincre les récalcitrants, le pouvoir envoie des soldats, les Dragons du Roi. Ceux-ci pratiquent la terreur et obtiennent par la force la conversion de 350 personnes. Il faut attendre l’édit de tolérance de 1787, signé par Louis XVI, pour que les protestants puissent jouir d’une certaine liberté de culte. La Révolution se traduit par l’élection d’un maire, de onze officiers municipaux, d’un procureur, d’un substitut et d’un corps de vingt-quatre conseillers. Élu le, le curé Rivière devient le premier maire de la commune de Saint-Pierre.
Les célébrations patriotiques se succèdent pendant plusieurs mois, mais cette situation ne dure qu’un temps et bientôt la Révolution prend un tour nouveau, plus radical et plus violent. Avec la proclamation de la constitution civile du clergé, les prêtres refusant de prêter serment sont persécutés et n’ont souvent d’autre choix que l’exil ou la prison. Le curé Rivière connaît les deux: s’exilant en Espagne, il est emprisonné au bagne de Ré à son retour. En 1793, Saint-Pierre est rebaptisé « La Fraternité ». Sous l’Empire, les habitants participent au relèvement des fortifications de l’île, important chantier appelé à se poursuivre plusieurs années durant. Le est l’occasion de quelques transformations importantes, parmi lesquelles la création d’une grande voie de communication reliant Le château à Chassiron en 1837 (actuelle D 734).
Un temple moderne est édifié, de même qu’un hôpital, une nouvelle école communale et un kiosque à musique. Sur la côte ouest, le port de La Cotinière prend son essor, facilitant l’exportation des productions saint-pierroises (vin, eau-de-vie, vinaigre, sel) vers le continent mais aussi les îles britanniques et le nord de l’Europe. L’apparition du phylloxéra entre 1875 et 1880 décime le vignoble et force nombre d’habitants à se reconvertir, du moins pendant un temps, d’autant que les salines connaissent également des heures sombres, étant concurrencées par le sel de mine, moins cher à produire. Le vignoble est patiemment reconstitué — même s’il n’atteindra jamais plus sa superficie d’origine — mais nombre de paysans se tournent vers l’élevage, et une coopérative laitière voit le jour. L’île d’Oléron est occupée par les troupes allemandes ( de la Wehrmacht) le. Le quartier-général de la garnison d’Oléron est installé sur la place Gambetta, à Saint-Pierre.
Des noyaux de résistance s’organisent progressivement, tandis que les Allemands fortifient l’île (blockhaus, « pieux à Rommel », champs de mines), délimitant une série de points d’appuis (stützpunkt). L’opération Jupiter, visant à libérer la poche d’Oléron, débute le. Le mai, Saint-Pierre a recouvré la liberté. La seconde moitié du XXe siècle se caractérise par un développement considérable du tourisme, activité qui s’accroît encore avec la construction du pont de l’île d’Oléron en 1966. Des lotissements et des zones commerciales sont construites, principalement dans le bourg de Saint-Pierre et dans le village des pêcheurs de la Cotinière où ce dernier se transforme considérablement. Un tremblement de terre se produit sur l’île: d’une magnitude de 5,7 sur l’échelle de Richter, il cause quelques dégâts et frayeurs dans la région et est ressenti jusqu’en région parisienne.
Le dernier séisme ressenti en date, sur la même faille, d’une magnitude de 4.7, a lieu le. De nombreuses infrastructures sont mises en place dans le dernier quart du XXe siècle: le marché couvert est bâti en 1979, le centre médico-social l’année suivante. En 1986, la commune se dote d’un golf. La criée est modernisée en 1987. Une médiathèque est construite en 2008, et le cinéma est agrandi l’année suivante. Enfin, si l’urbanisation s’est poursuivie à un rythme soutenu dans toute la commune pendant le dernier quart du, elle est davantage maîtrisée et la tendance actuelle est de privilégier les nouvelles constructions dans le centre-bourg et dans quelques écarts de la commune déjà urbanisés.