Thônes
Histoire de Thônes
Située dans le département de la Haute-Savoie, en région Auvergne-Rhône-Alpes, Thônes compte 6 600 habitants. L’ecclesia Taunii est mentionnée vers 1121, et l’on trouve par la suite les formes Tollnum et Tolno dans le cartulaire de l’abbaye de Talloires. Le nom de Thônes proviendrait d’un nom de domaine gallo-romain reposant sur le nom de personne Tonnius, suivi du suffixe d’origine gauloise -acum. La commune est née avec l’agriculture, activité qui caractérise la plupart des communes de la communauté de communes du Val de Thônes; comme dans beaucoup de communes alpines, l’agriculture a perdu de son importance au profit du tourisme.
Depuis des temps anciens, la ville avait le droit d’organiser une grande foire en accompagnement de la fête du saint patron de la paroisse, saint Maurice. Le bourg est sous le contrôle de la famille des Clets. En 1312, la ville obtient du comte Guillaume III la permission de tenir un marché hebdomadaire. En 1350, elle obtient une charte de franchise du comte Amédée III ainsi qu’une autre foire de deux jours, et les bourgeois thônains revendiquent le privilège d’exemption de péage sur le marché. La ville est le siège d’une châtellenie, le châtelain étant, dans le comté puis duché de Savoie, à la fois juge et administrateur, d’abord salarié par le comte, puis prenant à partir du XVe siècle sa charge à ferme. Au Moyen Âge, une « maladière » ou léproserie, destinée aux malades de la lèpre puis de la peste, est créée au hameau de Tronchine. Un hôpital est ensuite fondé, et il existait peut-être dès cette époque un premier collège d’éducation, dans lequel le jeune Pierre Favre (1506-1546) fit ses études jusqu’à l’âge de 12 ans.
En 1670, un nouveau collège correspondant aux études secondaires est fondé par le révérend Jacques Avrillon. Les locaux étaient situés rue blanche et le collège comprenait quatre sections: petites écoles, classes intermédiaires et classes d’humanités et de rhétorique. La seconde moitié du XVIIe siècle est, en Savoie, une période de restauration seigneuriale et d’affrontements entre les communautés urbaines et rurales d’une part, et les tenants des droits seigneuriaux d’autre part. La décennie 1670 voit à Thônes de nombreux conflits naître entre les syndics de la communauté et le châtelain Jean François Jacquet, qui s’efforce de restaurer les droits seigneuriaux tels que la leyde ou les perceptions sur les poids et mesures. La commune se trouve endettée pour plusieurs années et forcée de vendre une partie de ses biens communaux; les remboursements ne sont pas terminés à l’arrivée des troupes françaises en 1792. Le 1er mai 1793, quelque 4 000 paysans se révoltent contre l’occupation française.
Vers 1800-1900, Thônes est une petite ville de montagne qui vit de sa production de fromage local, le reblochon. Dans la vallée, l’exploitation des vastes forêts est également très importante, et l’on a compté jusqu’à 70 scieries au début du XIXe siècle, le long des cours d’eau. Leur activité atteignait son maximum à la fonte des neiges ou après de fortes pluies, lorsque l’eau abondante permettait de faire fonctionner les engins mécaniques. En 1829, le collège de la rue blanche est transféré rue des Clefs, sur l’emplacement de l’actuelle place du Vieux Collège, et fut surnommé la « petite Sorbonne ». Rénové en 1860, il fait passer ses élèves au baccalauréat pour la première fois en 1879. Il est démoli en 1936 après l’ouverture du nouveau collège en 1933.
En 1898 est créé le Tramway d’Annecy à Thônes (TAT), un tramway à vapeur qui favorisait les déplacements entre la montagne et la ville. Ce transport permit l’exportation du reblochon vers Annecy et ouvrit parallèlement la vallée aux touristes urbains. Au début du XXe siècle, l’activité manufacturière se développe: la ville compte alors quelques tanneries, une fabrique de chapeaux, plusieurs horlogeries et scieries qui exploitent le bois. En 1906, la ville ouvre un syndicat d’initiative. En 1908, Francis Crolard, de la Compagnie du Tramway, crée un service touristique d’été avec les premiers cars équipés du moteur Lorraine-Dietrich, qu’il faudra rapidement remplacer par des cars Berliet plus puissants. Cependant, des courriers hippomobiles continuèrent à fonctionner, jusqu’à Manigod en 1925 ou Serraval en 1928.
Patrimoine religieux
La commune a accueilli plusieurs maisons-fortes inscrites au titre des monuments historiques, dont la maison-forte de la Tornette dans le bourg, ayant appartenu à la famille Galley de Saint-Pierre. Divers sites de la commune abritent également des oratoires. La mémoire littéraire de Thônes est associée à un épisode raconté par Jean-Jacques Rousseau dans ses Confessions: parti d’Annecy pour une promenade d’une journée, le philosophe rencontra à Dingy les demoiselles Claudine Galley et Graffenried, qu’il accompagna jusqu’au manoir de La Tour, une maison forte située au pied de Glapigny à Thônes, où ils passèrent une journée idyllique. Cette idylle, décrite en 1782, marquera durablement le jeune homme. La fête patronale de la ville reste associée à saint Maurice, en lien avec le droit ancien de tenir foire en accompagnement de cette célébration religieuse.