Bergues

Histoire de Bergues

Bergues est une commune de Nord, en Hauts-de-France, qui compte 3 561 habitants. On y fait allusion en 857 sous le nom de Gruono(m)bergou qui devient Groen Berg en 877, Bergan en 944. Le nom de la ville vient du néerlandais qui signifie « colline verte ». Le nom se dit Sint-Winoksbergen en néerlandais (littéralement ), et Bergen en flamand occidental.

En 1646, la ville était appelée Bergue-Saint-Vinox.

Sous le sol de Quaëdypre, Bergues et de Wormhout, ont pu être mis au jour à l’état de fossiles des restes de pachyderme (éléphant ou mammouth) de même type que ceux retrouvés à Arques et datant de la préhistoire. Bergues a eu une riche histoire, fut une place politique longtemps importante, avant que le développement de Dunkerque ne l’éclipse quelque peu. Ce passé glorieux se marque entre autres par le passage par la ville de nombre de personnages illustres tout au long de son histoire: comtes de Flandre, roi d’Angleterre, rois de France, empereurs (Charles Quint, Napoléon ). Bergues a changé au moins cinq fois de maître au cours de son histoire depuis le Moyen Âge: elle a appartenu pendant 522 ans aux comtes de Flandre, puis 93 ans aux ducs de Bourgogne et comtes de Flandre, 79 à la maison d’Autriche, 111 ans à l’Espagne (Pays-Bas espagnols), avant de devenir définitivement française en 1668. Le cartulaire de saint Bertin, écrit par les moines de l’abbaye de Sithiu à partir du (actuellement Saint-Omer) confirme que Bergues était jadis appelée le « Mont Baal », ce qui pourrait dénoter l’existence d’un culte païen antérieur à l’installation de religieux chrétiens. Baal aurait été une divinité invoquée aux sommets des collines. Lors de leur invasion de la Gaule en 451, Attila et les Huns dévastent Bergues, alors appelée Groenbergh et plusieurs villes de la région, Arras, Thérouanne, Tournai, etc., Wormhout, Esquelbecq, avant de se diriger vers Amiens et Paris. Selon la légende, Winoc (ou Winox), fils de roi breton (c’est-à-dire de Grande-Bretagne selon François-Joseph Grille), accompagné de trois amis anglais, aurait été envoyé par saint Bertin évangéliser les cantons maritimes, alors souvent des marais.

Winoc se serait retiré entre 665 et 675 avec quelques compagnons sur le « Groenberg (Le mont vert) », une colline isolée en bordure des anciens marais côtiers. Il alla ensuite diriger un monastère fondé à Wormhout, détruit par les Vikings. Vers 800, sur une carte de Jacques Malbrancq qui représente la partie orientale du delta de l’Aa, le village Grunberga (Bergues) est indiqué, entouré de Burgus in broco (Bourbourg), (Brouckerque), Saint-Wilbrordi (Gravelines), Koudekerke (Coudekerque-Village), Spikere (Spycker) ou Loo berga (Looberghe)) le corps de saint Winoc, les moines survivants de Wormhout s’y installent et il donne le nom de Saint-Winoc au bourg qui se développe à proximité. La ville sera attaquée et prise par les vikings en 918 et 928, les fortifications rétablies en 931 ou 932 par Everard, châtelain et vicomte de Bergues, puis de nouveau détruite en 942. Baudouin III de Flandre, dit Baudouin le jeune, fortifie (murailles en terre, fossés) de nouveau Bergues, Furnes, Ypres, Bruges, Bourbourg, en 958. Il meurt à Bergues en 961 et sera enterré dans l’abbaye de Saint-Bertin de Saint-Omer. Plus tard, vers 1022, le comte Baudouin IV le Barbu, réforme les chanoines de Saint-Martin aux mœurs dissolues, les chasse, fait venir des bénédictins de Saint-Omer et érige l’abbaye Saint-Winoc sur les cendres laissées par les normands, lui donne les biens des chanoines de Saint-Martin et le village de Wormhout et y fait déposer les ossements du saint. Folcran, châtelain de Bergues participe en 1096 à la première croisade.

Son nom figure dans la salle des croisades du château de Versailles. Lors de l’affrontement en 1071 entre Robert Ier de Flandre, dit Robert le Frison, et Richilde de Hainaut pour la possession du comté de Flandre, Bergues comme la plupart des villes flamandes prend parti pour Robert. Celui-ci érige à Bergues, qui s’est développée, une seconde paroisse dédiée à Saint-Pierre. Un incendie (les maisons sont en bois, les toits en chaume, les rues étroites, tous facteurs qui favorisent les incendies jusqu’à la construction des bâtiments en pierre ou brique, bien plus tard) ravage la ville et l’abbaye de Saint-Winoc en 1083. Entre 1123 et 1125, Bergues connait la famine, le Comte Charles le Bon secourut les pauvres. En 1206, Bergues est assiégée par une faction flamande opposée à Mathilde de Portugal, veuve de Phillippe d’Alsace comte de Flandre (affrontement entre les Ingrekins soutenus par Mathilde et les Blavoetins; ceux ci viennent assiéger Bergues qui fait partie du douaire de Mathilde). Les assiégeants menés par Herbert de Wulveringhem et Walter d’Hondschoote sont écrasés par les partisans de Mathilde sous les murs de Bergues. Bergues est de nouveau ravagée par des incendies en 1212-1215, les manufactures de toile et de serge florissantes sont détruites.

En 1237, comme de très nombreuses villes et de très nombreux seigneurs de Flandre, les échevins et la ville de Bergues déclarent qu’ils soutiendront le roi de France (Louis IX autrement dit saint Louis) si la comtesse de Flandre (Jeanne de Constantinople) n’observe pas les conditions du traité récemment conclu à Péronne (traité de Péronne 1200). Ce genre de déclaration est fréquent: depuis 1214 et sa victoire lors de la bataille de Bouvines, le roi Philippe-Auguste a introduit cette obligation pour les villes et seigneurs de Flandre de se déclarer fidèles au roi; il s’agissait pour eux d’éviter ainsi des déboires ou taxations supplémentaires mais ils ne se sentaient pas plus engagés que cela par cette promesse, même si les rois de France comptaient bien s’en servir pour les déclarer parjures le cas échéant s’ils revenaient dessus. La ville dut renouveler la promesse en 1238 après le mariage de Jeanne de Constantinople avec Thomas II de Piémont dit Thomas de Savoie. En 1240, la ville de Bergues obtient, en même temps que Bourbourg, une « keure » (charte, c’est-à-dire un ensemble de lois, établi en accord avec le comte, établissant des échevins, ancêtres des conseillers municipaux et accordant certaines libertés) du comte Thomas de Savoie (Thomas II de Piémont) et de la comtesse Jeanne de Flandre, donnant ainsi à la ville un élan supplémentaire. Cette charte sera confirmée en 1406 par Jean Sans Peur, duc de Bourgogne et comte de Flandre. Elle dispose donc à cette époque de libertés communales, d’un conseil d’échevins, d’une maison commune, ancêtre des mairies, et sans doute d’un beffroi primitif, symbole de ces libertés communales. En 1250, Giselbert de Bergues accompagne Saint Louis dans la septième croisade, se retrouve captif avec lui, de même que Guillaume châtelain de Saint-Omer et ils participent à payer la rançon demandée pour qu’ils retrouvent la liberté. Le châtelain de Bergues est l’un des héros du Tournoi de Chauvency qui eut lieu en 1285.

Le trouvère Jacques Bretel raconte ses exploits lorsqu’il est aux prises avec Joffroi d’Âpremont, pendant la mêlée générale qui opposa plus de 500 chevaliers venus se mesurer lors de ces fêtes et jeux guerriers. Le châtelain se trouve en compagnie des seigneurs de Hondschoote, Haussy, Fléchin, Ligne, Lalaing, Montigny, Auberchicourt, ainsi que du fils du comte de Flandres, et du fils de Jean d’Avesnes, Florent de Hainaut. Guy de Dampierre, fils de Marguerite de Constantinople, rassemble, sous la pression du roi de France, en 1286 à Bergues Saint-Winoc les délégués des villes et pays de Flandre pour leur faire approuver la paix de Melun signée en 1225 entre la France et la Flandre (paix survenant après la défaite de la Flandre lors de la bataille de Bouvines) en présence des envoyés du roi de France, Philippe IV le Bel. Cette approbation les amène à s’engager à prendre le parti du roi si le comte ne respectait pas les dispositions du traité. Ce comte de Flandre, conscient que la guerre avec la France pouvait reprendre, fortifie de nouveau Bergues. En 1297, Philippe le Bel entre en Flandre, les français remportent la bataille de Furnes, le châtelain de Bergues qui tenait pour les français, livre la ville sans combattre, ce qui vaut à Bergues de voir le roi lui confirmer la même année ses anciennes franchises mais lui impose de verser une rente annuelle. Philippe le Bel visite Bergues lors de sa tournée en Flandre en 1301 et il ordonne des réparations pour renforcer ses défenses. Au début du, Bergues se retrouve partie prenante dans l’opposition de la Flandre à la volonté de mainmise de la France, à l’incarcération du comte Guy de Dampierre, à la confiscation du comté de Flandre et à l’autorité mal supportée du représentant du Roi Jacques de Châtillon.

La Flandre se révolte dès 1301. Les français subissent en 1302 deux défaites: les Matines de Bruges, et la bataille des Éperons d’Or à Courtrai. Bergues gardée par un gouverneur français avec une forte garnison est assiégée par Guillaume de Juliers. La population favorable à la cause flamande favorise la prise de la ville, le gouverneur français doit s’enfuir. Pendant l’année 1303, les escarmouches plus ou moins meurtrières se poursuivent: les flamands gagnent un affrontement à Pont à Vendin mais sont vaincus ensuite par les Audomarois: 1000 berguois des milices de Bergues figurent parmi les victimes flamandes. L’épisode se conclut par la victoire française lors de la bataille de Mons-en-Pévèle en 1304 et le traité d’Athis-sur-Orge en 1305. En 1325, Bergues fait partie des opposants menés par la ville de Bruges au nouveau comte Louis de Nevers (Louis de Flandre), les villes concernées sont excommuniées. L’affaire se termine par la bataille de Cassel de 1328, où les flamands sont écrasés par le roi de France Philippe VI de Valois, venu porter secours à Louis de Nevers.

L’intercession de Nicolas abbé de l’abbaye des Dunes évite à Bergues le pillage par les Français. En 1350, Louis de Flandre confirme à la ville de Bergues ses privilèges et coutumes octroyées par ses prédecesseurs. À cette époque, en 1326, les documents disponibles montrent que la châtellenie de Bergues ne dispose pas de sceau communal et qu’elle utilise celui de la commune de Bergues pour authentifier un acte, le sceau communal pouvant se prêter. Par la suite, la ville est prise dans les tourments de la guerre de Cent Ans. La ville de Bergues est encore retrouvée aux côtés des Flamands et des Français cette fois en 1340, à l’époque de Guillaume van Artevelde, au siège de Tournai ou encore au siège de Saint-Omer. Le 1er mars 1347, ont lieu à l’abbaye Saint-Winoc, les fiançailles du comte Louis II de Flandre également connu sous le nom de Louis de Male, avec Isabelle, fille du roi d’Angleterre, Édouard III, lequel compte sur la Flandre dans son opposition au roi de France. Le roi et la reine d’Angleterre y assistent ainsi que les grands seigneurs de la Flandre. Louis de Male qui n’a accepté que sous la pression de la ville de Gand, s’enfuit dès que possible vers Paris afin d’éviter la conclusion du mariage et il épousera finalement Marguerite, fille du duc de Brabant (Marguerite de Brabant).

En 1383, les Français mettent la ville à sac dans le cadre de la croisade d’Henri le Despenser: la ville prise d’abord par les Anglais arrivés en Flandre est ravagée par les Français à la suite du repli anglais, quelques édifices restèrent debout dont l’abbaye de Saint-Winoc, le couvent des Dominicains, l’église Saint-Martin. L’année suivante, le duc Philippe II de Bourgogne, dit Philippe le Hardi, comte de Flandre par son mariage avec Marguerite III de Flandre, fille et héritière de Louis de Male, restaure la ville, fait revenir les habitants réfugiés à Saint-Omer et confirme ses privilèges. Les fortifications sont refaites au début du et financées au moyen de taxes spécifiques. La ville et l’abbaye de Saint-Winoc favorisées par le duc et ses successeurs purent se développer. En 1470, le duc Charles II de Bourgogne dit Charles le Téméraire, prête le serment de comte de Flandre à Bergues. En 1486, c’est au tour de l’archiduc d’Autriche Maximilien (Maximilien ), comte de Flandre par son mariage avec Marie de Bourgogne, fille et héritière du duc de Bourgogne et comte de Flandre Charles le Téméraire de venir à Bergues pour se faire reconnaitre comte de Flandre. Quelques années plus tard, en 1509, il accorde à Bergues le droit de tenir une franche foire (foire ou marché avec exemption de certains droits et taxes ce qui favorise le succès de cette manifestation). Cette décision va contribuer à assurer le développement économique de Bergues.

Bergues connait un nouvel grand incendie en 1494. La proximité de la mer, d’une région agricole et de la présence d’un centre spirituel important tel que l’abbaye ont stimulé la croissance de la ville. L’indépendance administrative a trouvé son expression dans le beffroi dont la construction a été autorisée par le comte en 1240. Les comtes flamands ont également renforcé les fortifications de tours. Les personnes qui gèrent la ville sont appelées le Magistrat. Bergues devint un port et un centre textile d’importance régionale et produit, à partir de 1276 son propre marché de laine. Au cours des siècles suivants elle produit également des étoffes et toiles réputées. Au, la ville possède un atelier monétaire et au, elle fait partie de la Hanse de Londres et, ses métiers à tisser battant avec entrain, ses marchands tentent le grand commerce.

La situation défavorable à la frontière avec la France ennemie n’a pas eu véritablement d’influence économique, bien que la guerre soit manifeste dans l’histoire de saint Winoksbergen cf. mise à sac de 1383 déjà citée; en 1494, le coq rouge a crié au-dessus du centre. Un des plus importants moyens de défense de Bergues, outre ses fortifications fut la possibilité d’inonder les alentours en manœuvrant les écluses ou autres moyens de régulation des marais (des inondations préventives auraient ainsi été provoquées en 1573, 1646, 1793. Au, Bergues comme toute la Flandre, est prise dans l’affrontement entre la France et la Maison d’Autriche puis l’Espagne, devenus comtes de Flandre, après les ducs de Bourgogne. Elle reçoit la visite de Philippe IV le Beau en 1500, et encore la visite de Charles Quint en 1549, après avoir reçu en ses murs sa sœur Marie de Hongrie, gouverneure des Pays-Bas espagnols en septembre 1534. Le 27 juillet 1549, Charles Quint vient donc à Bergues pour un double motif: voir le nouvel hôtel de ville dont il avait autorisé la reconstruction en 1541, le bâtiment abritant également entre autres une prison, et surtout pour y faire reconnaitre son fils Philippe II (Philippe II (roi d’Espagne)) en tant que comte de Flandre. Le lendemain, l’empereur et son fils continuèrent leur tournée effectuée dans ce but en se rendant à Dunkerque, à Gravelines, Bourbourg, avant de gagner Saint-Omer. En 1554, l’abbé de Saint-Winoc est présent à la réception dans la cathédrale de Saint-Omer des chanoines fugitifs de Thérouanne rasée sur ordre de Charles-Quint en 1553.

Du fait de la disparition de l’évêché de Thérouanne à cette même date, Bergues est rattachée au diocèse d’Ypres où elle est le siège d’un doyenné. Le 4 juillet 1558, Bergues subit le passage du Maréchal de Thermes à la tête des troupes françaises: la France a repris Calais en 1558 aux Anglais, alliés de Charles Quint, et depuis cette base, le Maréchal mène une expédition en Flandres: il prend Dunkerque, puis après un siège de deux jours, Bergues. Comme partout lors de cette équipée, les Français pillent et ravagent: la ville est incendiée et l’abbaye de Saint-Winoc n’est pas épargnée. L’affaire se terminera par la bataille de Gravelines où les Français sont battus. Bien qu’aux mains des Français, Bergues sera rendue à l’Espagne par le traité du Cateau-Cambrésis du 3 avril 1559. Le nouveau comte de Flandre Philippe II, fils de Charles Quint la fortifie de nouveau. Bergues connait quelques années de prospérité (draps, serge.). Par deux fois, en 1566 et 1578, la ville reçoit la visite d’iconoclastes fanatiques.

En 1570, Bergues participe aux débats tenus par les Flamands, outrés de la dureté de la mainmise espagnole, des excès de l’Inquisition et de la répression anti protestante, qui conduisirent à vouloir s’affranchir de cette tutelle, ce qui amena la guerre de Quatre-Vingts Ans, également appelée révolte des Pays-Bas. La France ne reste pas inactive et cherche à profiter de cette situation pour reprendre des territoires à l’Espagne: en 1579-1580, pour éviter une destruction par les Français, Bergues se met sous la protection de la France. Cette fusion correspondait à une demande de la ville, la châtellenie y étant opposée; Bergues connut cette évolution à la même époque que Furnes. La ville conserve néanmoins une fonction administrative et juridique, et reste un centre spirituel florissant. Le port sur la Colme a pu héberger à ce moment-là 40 à 50 navires, reliés à la mer par le canal de Bergues. Au début de ce siècle, plusieurs membres du magistrat de Bergues bénéficient de mesures d’anoblissement. En 1613, des lettres d’anoblissement sont données à Bruxelles pour Guillaume Hardevulst, bourgmestre des villes et châtellenie de Berghes-Saint-Winoc, fils de Pierre et de Jeanne Ziloff. Il a pour armes « D’or, à l’aigle d’azur, membrée de gueules, casque à treilles ouvertes, les lambrequins et bourlet d’or et d’azur ».

En 1626, c’est au tour de Marc Stappens, receveur de la ville et châtellenie de Bergues-Saint-Winoc depuis 26 ans de recevoir des lettres d’anoblissement venant de Madrid. Son père a été pendant les troubles (furie iconoclaste déjà évoquée) 14 ou 15 fois échevin de Bergues jusqu’en 1578, où il fut chassé et dut se réfugier à Bourbourg, puis est revenu en 1583 à Bergues, après la cessation des troubles et fut de nouveau échevin. Marc Stappens a épousé Anne de Zinneghem, fille de Gilles de Zinneghem; il possède en ce début de des fiefs dans la châtellenie de Bourbourg, et il est seigneur d’Harnes (voir Liste des seigneurs de Zinneghem, Seninghem et un fichier en ligne sur les seigneurs de Seninghem). Marc Stappens avait pour armes: « D’argent, à une fasce d’azur accompagnée de sept mouchetures d’hermines posées 4 en chef 3 en pointe; les lambrequins et bourlet d’argent et d’azur ». La ville arme en 1623 et 1624 des navires de guerre, dont un mené par Jacques Colaert, corsaire dunkerquois. La région de Bergues est ravagée par la peste en 1635, et l’année suivante par une « fièvre noire ». Mais ce siècle est aussi celui de nouveaux affrontement entre la France et l’Espagne pour la maîtrise de la région. Le 30 juillet 1646, Bergues, alors appelée « Bergue-Saint-Vinox », est assiégée et prise par les Français menés par le duc d’Orléans, Gaston de France, qui y nommèrent comme gouverneur le maréchal de France Josias Rantzau.

L’Espagne profite des années troubles de la Fronde en France pour reprendre l’avantage et les villes perdues dont Bergues en octobre 1651. Le traité des Pyrénées du 7 novembre 1659 rend Bergues à l’Espagne, les Français en sortent le 3 mars 1660, pour quelques années. Il y revient en avril 1677 après avoir signé la capitulation de Saint-Omer à Thérouanne. Dans l’intervalle il a chargé Vauban de fortifier la ville, décision qui structure encore aujourd’hui la commune. La porte sud de la ville porte la marque de cette période: elle porte le soleil de Louis XIV; il revoit largement les fortifications de Bergues en 1679. La ville se voit confirmé le droit d’avoir des armoiries qui sont proches de celles d’aujourd’hui: « d’argent au lion de sable, au champ parti, coupé et fascé de sable, au canton d’or au lion de sable et à la bordure de gueules » En 1701, la châtellenie de Bergues compte habitants (contre à Cassel et à Bailleul). Bergues, qui abritait en 1714 sept cent quatre-vingt-six maisons et trois mille cent soixante-quinze habitants, est restée le chef-lieu d’une châtellenie jusqu’à la Révolution, celle ci ayant aboli toutes les anciennes circonscriptions ou divisions du territoire.

Le 22 juin 1741, Bergues reçut en grande pompe un membre de la famille royale Louis-Philippe d’Orléans, duc de Chartres, accompagné de toute une suite, venant d’Ypres et se rendant à Dunkerque. L’équipage passa la nuit à l’abbaye de Saint Winoc. Est également signalée la visite le 27 novembre 1754 de l’intendant des Flandres, représentant du roi, avec son épouse. Ils passèrent la nuit à Saint-Winoc. Comme à chaque passage de notabilité, la ville était parée pour l’occasion. Une épizootie frappe le canton de Bergues en 1770. Le 19 juillet 1774, ce fut au tour du roi Louis XV de faire un bref passage par Bergues, il descendit la Colme pour se rendre à Saint-Omer. Dans les années précédant la Révolution française, furent signalés à Bergues de légers tremblements de terre sans grandes conséquences: en 1756, 1760, 1776.

Elle s’étendait sur plusieurs paroisses faisant partie de la châtellenie ou relevant de la châtellenie de Cassel, et englobait Il faut rappeler que les seigneuries étaient de taille très variable à l’époque, parfois très petites et ne donnant pas toujours droit à un titre de noblesse, mais cet enchevêtrement de pouvoirs conduisait inévitablement à des conflits incessants entre les différentes parties prenantes, chacune cherchant à défendre ou étendre ses prérogatives. À cela s’ajoutaient plusieurs hôpitaux ou hospices, établissements charitables généralement tenus par des religieuses Sont appelées confréries, des regroupements libres de personnes, généralement des bourgeois de la ville, se rassemblant pour des activités communes. Elles étaient très fréquentes en Flandre et peuvent être retrouvées dans de nombreuses villes. Peuvent également être mentionnées les communautés ou jurandes: elles regroupaient les marchands ou artisans par corps de métier. Destinées à regrouper les personnes disposant d’un savoir-faire, elles étaient devenues au fil du temps des organes bloquant l’évolution de la société, gênant la libre installation de toute personne non affiliée, ce qui explique leur suppression par la révolution française (décret contre les corporations: Décret d’Allarde). Dès le 24 juillet 1789, à Bergues, tous portent la cocarde tricolore.

En octobre 1789, le prix du pain qui avait beaucoup augmenté est source d’agitation populaire. En réaction, pour protéger les biens des possédants, se crée à Bergues une garde bourgeoise composée de 30 compagnies de 40 hommes. La Révolution française (1789) donne à Bergues un rôle politique important. Dans le cadre de la réorganisation territoriale de la France en 1789-1790, Bergues devient en effet chef-lieu du district qui deviendra plus tard l’arrondissement de Dunkerque (déplacement du chef-lieu en 1803). C’est depuis Bergues que la Convention fait appliquer ses lois en Flandre maritime. Tous les objets du culte, les biens des émigrés et les réquisitions sont envoyés à Bergues. Sous la Terreur, le district de Bergues envoie dans ses prisons, plusieurs maires des communes environnantes qui avaient pris du retard dans les réquisitions de blé qu’il leur avait imposées… jusqu’à ce que le rôle du district décline avec le 9 thermidor et la chute de Robespierre. L’élection des premiers conseillers municipaux eut lieu le 26 janvier 1790.

Louis Clays Van der Hulst fut élu et proclamé maire. En 1790, l’Assemblée nationale décrète la vente des biens des couvents, ordonne le recensement de leurs propriétés. Les conseillers municipaux récemment élus sont chargés d’en dresser l’inventaire. Néanmoins, il demeure une opposition à certaines décisions du nouveau pouvoir, en matière de religion notamment: une partie de la population refuse le principe de la constitution civile du clergé, et des prêtres faisant le serment de fidélité à la Révolution. En juillet 1791, le nouveau prêtre de la paroisse de saint-Pierre, ayant prêté le serment, déclare ne pas se sentir en sécurité, d’avoir été menacé par un groupe de femmes et pendu en effigie par des enfants, une certaine agitation est encore constatée en décembre 1791. En octobre 1792, la municipalité de Bergues, jugée trop tiède, est suspendue par les envoyés de la Convention nationale auprès de l’armée du Nord, Antoine Dubois de Bellegarde, Jean-François Delmas et Pierre Joseph Duhem. François Bouchette, homme de loi, ancien membre de l’Assemblée Nationale pour le tiers-état en 1789, devient et reste maire par intérim jusqu’aux élections générales des 18 et 19 novembre 1792. Celles ci le confirmèrent dans ce poste.

Le 15 avril 1793, il est à son tour suspendu puis arrêté par les représentants du peuple Joseph Duquesnoy et Lazare Carnot. Il sera réhabilité par la suite.Durant cette période, les autorités révolutionnaires donnèrent à Bergues-Saint-Winoc le nom de Bergues-sur-Colme. La Révolution française marque aussi pour Bergues le début d’un effondrement économique, un déclin et un appauvrissement qui dureront. Toutes les institutions ecclésiastiques y sont supprimées et la plupart de leur patrimoine détruit; à part le commerce des grains, toutes les activités ont disparu et l’ancien port berguois est éclipsé par le port de Dunkerque; plus aucun navire ne vient à Bergues qui perd en outre l’intérêt militaire séculaire du fait de la proximité de la forteresse dunkerquoise, par laquelle les fonctions redondantes et superflues sont supprimées. Témoins de la richesse et de la gloire passées de Bergues, plusieurs grandes foires pour toutes marchandises, et aux bestiaux le premier jour, se tiennent encore annuellement à Bergues: en 1801, du au 8 et du 16 au 23 brumaire (23 au 30 octobre et 7 au 14 novembre), du au 8 et du 16 au 23 germinal (22 au 30 mars et 6 au 13 avril), du 16 au 23 prairial (5 au 12 juin) et du 16 au 23 thermidor (4 au 11août). S’ajoutent à cela deux francs marchés (marché où les ventes sont dispensées de taxes) aux bestiaux en brumaire, germinal, prairial et thermidor. Enfin se tient chaque décade (période de dix jours du calendrier républicain) un marché pour grains, petits animaux et légumes. Les marchés de grains et de bestiaux de Bergues sont encore les plus importants du département à cette.

À cette date, Bergues est une ville de ordre et une place-forte de classe et en février 1805 il transfère le siège du tribunal d’arrondissement de Bergues à Dunkerque. En 1802-1803, Bergues profite de la diligence Dunkerque-Lille qui y fait un arrêt. Chaque jour, deux barques se rendent à Dunkerque, et une à Saint-Omer. Elle y arrive le jour même et en revient le surlendemain. La ville est déjà connue pour ses fromages faits du lait des vaches flamandes: « Aux halles de Bergues, il se vend une quantité considérable de fromages façon de Hollande, et que les correspondants de Paris donnent, au marché des Innocents, pour des fromages de Groningue ». En 1806, n’étant plus chef-lieu d’arrondissement, n’ayant plus non plus le tribunal d’arrondissement, Bergues ne joue plus le premier rôle au niveau local, mais reste cependant un centre important: on y trouve un juge de paix, un commandant d’armes, un magasin militaire de vivres et fournitures (Bergues est encore une place forte fortifiée), des représentants du service des contributions directes, indirectes et du domaine, une poste aux chevaux, un mont de piété, deux hôpitaux civils, un dépôt principal de sûreté (intermédiaire entre les dépôts de sûreté de base et les prisons). Elle se distingue également par une école spéciale communale de peinture et d’architecture, un eécole secondaire communale, 5 foires, 4 francs-marchés, et ses marchés hebdomadaires Si Bergues a perdu de son éclat, François-Joseph Grille précise que « La ville de Bergues est forte par ses remparts et surtout par ses inondations provoquées; et ces flaques d’eau qui l’emprisonnent, peuvent aussi parfois la sauver.

»
Bergues fait partie d’un dispositif militaire qui la lie à Dunkerque: « De Bergues à Dunkerque, la grande route est tracée le long du grand canal. À l’est de ce canal, au milieu de la distance, entre les deux villes, est le port Saint-François, qui lie les fortifications des deux places. À portée de canon » rappelle JF Grille. On a fait un port intérieur qui fait arriver les marchandises jusqu’à la porte des magasins, et l’on a multiplié les écluses, qui font la fortune du pays, par les irrigations qu’elles facilitent et par la navigation qu’elles assurent: chacune a son numéro; en les ouvrant toutes à la fois, on submergerait dix lieues de prairies, et on rendrait l’accès de la ville impraticable. Si ces digues venaient à se rompre par quelque circonstance fortuite, on conçoit quel serait le danger. L’habitude fait qu’on vit là-dessus fort tranquille, en attendant le refoulement des vagues de la mer du Nord, et quelque catastrophe du genre de celle de Cronstadt et de Saint-Pétersbourg ». C’est aujourd’hui le syndicat des watringues qui gère grâce à des pompes électriques, qui ont remplacé les moulins à vent, ces niveaux d’eau. Lors de la sècheresse de 1846, ce syndicat a tenté de remédier à la sécheresse des sols en manœuvrant les petites écluses mais rencontra l’opposition de l’administration des ponts et chaussées qui préféra privilégier la navigation.

À cette date, elle compte une loge maçonnique (Franc-maçonnerie en France): la Cordialité, encore en activité en 1830, où elle se réunit à Dunkerque avec plusieurs loges dunkerquoises (Franc-maçonnerie à Dunkerque), pour fêter la révolution de 1830 (Trois Glorieuses). Charles X est de passage à Bergues le 14 septembre 1827. Il serait également passé en mai 1829, à l’occasion d’un voyage en Angleterre. Il s’agit de la ligne de chemin de fer de Hazebrouck à Bergues et Hondschoote, exploitée en 1894 et 1954. Elle relie Hazebrouck à Honschoote, via Rexpoëde où un embranchement mène à Bergues. Le cahier des charges prévoit que soient desservies à terme les communes de Bambecque, Herzeele, Winnezeele, Steenvoorde, Terdeghem, Saint-Sylvestre-Cappel et Hondeghem. Les canons à longue portée et les bombardements aériens ont ravagé la commune, comme une grande partie de la région, au cours de la Première Guerre mondiale. La ville a reçu la croix de guerre 1914-1918 à la suite de ces évènements.

Elle a également eu droit à une citation à l’ordre de la nation à en ces termes Bergues est en 1917-1918 le siège d’un commandement d’étapes, c’est-à-dire un élément de l’armée organisant le stationnement de troupes, comprenant souvent des chevaux, pendant un temps plus ou moins long, sur les communes dépendant du commandement, en arrière du front. Quaëdypre, Socx, Crochte, Esquelbecq, Bierne, Hoymille, Bissezeele, Wormhout, Warhem, Looberghe, Pitgam, West-Cappel, Rexpoëde, Steene, Coudekerque-Village, Uxem, West-Cappel, font partie de ce commandement d’étapes et ont donc accueilli des troupes. Le commandement d’étapes a ensuite été installé pendant un temps à Socx avant de revenir à Bergues. Dans le cadre de la défense de Dunkerque, en 1940 lors de la Seconde Guerre mondiale, Bergues a été la scène de combats vifs, des tirs d’artillerie et des bombardements qui l’ont touchée au cœur. Le Centre d’instruction de la 60e division d’infanterie (France)| qui s’était établie à Bergues fit barrage plusieurs jours dans les remparts de la ville et repoussa de nombreuses attaques ennemies malgré une grande infériorité et de violents bombardements. Le 2 juin, une brèche a été portée dans la défense, la ville avait été ravagée à 60 %. La ville, quittée par les Allemands au petit matin, est libérée le, après dix jours de siège et de violents combats par les Canadiens.

Mais avant de partir, les Allemands ont dynamité le beffroi et l’église qui s’effondrent. Et quelques heures plus tard, alors que la population se réjouit et est rassemblée, semble-t-il parce que les F.F.I. (Forces françaises de l’intérieur) s’apprêtaient à tondre deux femmes accusées de « collaboration horizontale », une explosion ravage deux maisons, elles aussi piégées avec volonté de tuer des civils, de la rue Nationale faisant 42 morts et une soixantaine de blessés. À l’issue de la guerre, la ville est détruite à 80%. Ces évènements ont valu à la ville une nouvelle citation à l’ordre de la nation avec attribution de la croix de guerre 1939-1945 avec étoile d’argent Ville héroïque dont la conduite peut servir d’exemple à la Nation|3=Annuaire Ravet Anceau Département du Nord Année 1979 Tome III p. Le beffroi construit en 1448, incendié en mai 1940, dynamité par les allemands en 1944, est reconstruit en 1961. Bergues n’a plus qu’une importance régionale faible de nos jours entre autres dans le domaine de l’enseignement.

À proximité de Dunkerque l’industrieuse, on voit entre les nombreux monuments, les restes d’un passé riche. La vocation de la ville se trouve maintenant dans le tourisme qui s’est développé fortement ces dernières années, surtout depuis le succès du film Bienvenue chez les Ch’tis de Dany Boon.

Informations Clés

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Population

3.561 habitants

Région

Hauts-de-France

Département

Nord
(59)

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