Crach
Histoire de Crach
Crach est une commune de Morbihan, en Bretagne, qui compte 3 422 habitants. Attestée sous les formes Craz et Crac en 1233, Crach en 1262. On trouve l’orthographe Crac’h, en août 2011, sur le site de la mairie de la commune. En breton Krac’h, rappelle une zone surélevée ou basse colline.
Le bourg de Crac’h occupe une position dominante au centre de la presqu’île formée par la rivière du même nom et celle d’Auray. Cette langue de terre connait une occupation humaine ancienne, la présence de nombreux mégalithes en est un témoignage et quelques-uns des plus prestigieux se situent à Locmariaquer qui en est la pointe extrême. Dans la commune de Crac’h on en recense une vingtaine (les plus connus sont le dolmen d’Er Marh, l’allée couverte du Beudrec, le dolmen et les restes du tumulus de Coët Kerzuc [dans le parc public Muller], les deux dolmens de Park Guren, l’allée couverte du Luffang, les menhirs immergés de la Baie de Saint-Jean, le dolmen de Kergoët, le dolmen de Kercado, l’allée couverte de Coët Kaloun) dont cinq ont été classés monuments historiques. Malheureusement la plupart se trouvent dans des propriétés privées et sont difficilement accessibles. Plusieurs ont disparu ou ont été très dégradés, exploités comme carrières par des habitants du voisinage ou par des entrepreneurs: par exemple en 1825 et 1828 les entrepreneurs chargés de la construction, l’un de la Chartreuse d’Auray, l’autre du phare de Goulphar à Belle-Île, prélèvent des pierres dans plusieurs dolmens de Locmariaquer et dans des dolmens ainsi que dans l’allée couverte du Luffang à Crach en dépit des vaines protestations du chanoine Mahé; d’autres, cités en 1856 dans une notice de la Société polymathique du Morbihan, sont signalés comme disparus en 1892 comme le menhir de Kerourang et les deux dolmens de Kergurionné. Une statuette en granulite trouvée dans la niche d’une vieille fontaine au bord de la rivière de Crac’h datant probablement de l’âge du fer a été découverte par Gustave de Closmadeuc et donnée au Musée d’histoire et d’archéologie de Vannes. Les Romains établirent sur ce même site de Locmariaquer une ville assez importante pour être dotée d’un théâtre face à la mer. Les voies qui reliaient cette agglomération empruntaient le territoire de l’actuelle commune de Crac’h.
À Rosnarho se voient les vestiges d’un aqueduc venant de la pointe de Kerisper en Pluneret, qui puisait son eau sur la rive gauche de la rivière d’Auray. On parle aussi d’un pont de bois, à la hauteur de Kerentrech, d’où l’on a retiré de la vase, au, des poutres bien conservées. La tradition garde, en effet le souvenir d’un « pont de César », dit encore « pont des Espagnols », sans doute parce qu’il y avait eu, en aval, au temps de la Ligue, un fort espagnol. L’existence de restes de ce pont est attestée vers 1756 par Christophe-Paul de Robien, alors propriétaire du château du Plessis-Kaer, situé à en amont. Il décrit dans son « Histoire ancienne et naturelle de la province de Bretagne » « les restes d’un pont dont on perçoit encore, à marée basse, quelques piles qu’on a bien de la peine à détruire pour nettoyer la rivière ». Des restes des piles, gênantes pour la navigation, furent arasés. En fait, selon Gustave de Closmadeuc, la voie romaine traversait l’Hérius (nom que portait alors la Rivière d’Auray) grâce à un pont, situé entre Kerentrech (le « village sur le passage » en breton) et Kerdrech (« village du passage » en breton), en aval du pont-aqueduc, dit « pont de César » (appelé à tort par le passé « pont des Espagnols »), situé entre les pointes de Kerisper et de Rosnarho (cette dernière en Crach); plusieurs poutres encore subsistantes de ce pont en bois furent retirées de la Rivière d’Auray en 1755. Une datation au carbone 14 pourrait permettre d’attribuer ou non aux Vénètes, bons charpentiers, ce pont conçu ensuite comme support d’aqueduc par les Romains.
Les Vénètes auraient aussi construit un port et des palissades à l’endroit dénommé par la suite « Fort Espagnol ». Les émigrés bretons, venus des Îles Britanniques au et au, ont colonisé les territoires de Crach, comme ceux du reste de l’Armorique, devenue alors la Bretagne, à tel point que tous les noms de lieux sont empruntés à la langue devenue le breton, à commencer par celui de la paroisse. Crac’h, selon toute vraisemblance, est une variante de « Kreac’h, kreh » qui signifie: butte, colline. L’église paroissiale serait construite sur une butte artificielle attribuée aux Romains avec les débris d’un ancien établissement de Templiers. Les Bretons étaient christianisés et ont laissé de leur foi quelques traces remontant au Haut Moyen Âge. Une croix marque le sarcophage de Lomarec que l’on date de l’époque mérovingienne et qui serait, selon la légende, la tombe du roi Waroch; ce sarcophage comporte une inscription considérée comme la plus vieille en langue bretonne (Irha Ema in ri, « Ici repose un roi »). De même, une croix pattée et hampée est visible sur le menhir christianisé du Musée du Château-Gaillard à Vannes, qui provient de Mané-Justice en Crac’h. Elle est dessinée, encore en place, en Mars 1823 par [https://data.bnf.fr/fr/14961921/jean-baptiste-joseph_jorand/ Jorand] (ce menhir, qui avait été découpé en deux morceaux par un carrier et qui furent trouvés pour l’un, la partie supérieure, au pied de la « Montagne de justice » de Crach par Charles de Keranflec’h en 1854 et pour l’autre, la partie inférieure, dans la cour du château de Plessis-Kaër deux ou trois ans plus tard, ont été réunis et se trouvent désormais au musée de Château-Gaillard (musée d’histoire et d’archéologie) à Vannes depuis 1858).
L’inscription, en vieux breton, peut se traduire ainsi: « Pierre élevée à la mémoire d’Hervé Le Blanc, fils d’Hervé Le Vaillant, par son ami Ranahuri ». La chapelle de l’Ermitage, à Locqueltas, passée sous le patronage de saint Gildas, rappelait la présence, en ce lieu, d’un lointain ermite. Le Moustoir tire son nom d’un petit monastère comme il en a existé beaucoup en Bretagne. La baronnie de Kaër, qui avait son siège au château du Plessis-Kaër, avait droit de haute, moyenne et basse justice sur les paroisses de Crac’h et Locmariaquer et une partie de celles de Carnac, Brech et Pluvigner. Le château date du XIe siècle. Composé de deux ailes, il comporte six tours. Son parc est vaste de plus de. Pendant les Guerres de la Ligue, en 1590, le duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne, à la tête de la Ligue bretonne, fai appel au roi d’Espagne Philippe II, qui envoie soldats espagnols, commandés par Juan d’Aguila, qui arrivent à Vannes en octobre 1590.
Le mois suivant le gros des forces espagnoles quitte Vannes pour se diriger vers Blavet, mais une garnison s’installe à Auray et une autre se retranche plus en aval sur le Loch à Crac’h dans un avant-port, « le port Espagnol » (construit par Juan d’Aguila, il contrôlait la navigation sur la Rivière d’Auray et les traversées d’une rive à l’autre), désigné alors sous le nom de « Fort Sainte-Marie », puis de « Fort Espagnol ». En 1598, la Paix de Vervins mit fin à l’occupation espagnole, ce qui provoqua le départ de leurs soldats. La paroisse de Crac’h est alors divisée en six frairies: celles de Saint-Thuriau (le bourg), de Locqueltas, de la Magdeleine, de Sainte-Brigitte, de Saint-Michel et de Saint-Pierre. Une chapellenie existait dans la chapelle Sainte-Anne située dans les dépendances du manoir de Kérantré. Charles Colbert de Croissy écrit en 1656 que « la rivière ou golfe de Crach est une entrée d’environ demye lieüe des eaües de la mer dans la terre n’y ayant aucune suite dès son embouchure, elles barrée par un banc de sable et n’a rien d’avantageux pour les navires du Roy ». De nos jours l’entrée de la rivière de Crach abrite le port de plaisance de La Trinité – sur-Mer. Crach faisait partie de la capitainerie des garde-côtes d’Auray au XVIIIe siècle. En 1759 une ordonnance royale de Louis XV ordonne à la paroisse de Crach de fournir 30 hommes pour servir de garde-côtes.
Jean-Baptiste Ogée décrit ainsi Crac’h en 1778 Le château de Kergurioné fut une seigneurie puissante au Moyen Âge. Il devint vers 1620 la propriété de Pierre Coué, seigneur de Salarun; un de ses descendants, Jean-François Coué de Salarun, participa en 1719 à la conspiration de Pontcallec. Julien Le Glouannic, recteur de crac’h depuis 1781, refusa de prêter le serment de fidélité à la Constitution civile du clergé. Il fut maintenu à la tête de la paroisse lors du Concordat de 1801 et décéda à Crac’h le 24 août 1807. Le château de Kerantrech servit de refuge à des émigrés en fuite après l’expédition de Quiberon en 1795. Plusieurs habitants de Crac’h furent des chouans: par exemple Jean Coriton, Joseph Laîné et Jean Le Bourdiec, traversant la Rivière de Crac’h clandestinement en bateau, furent surpris au début du mois de novembre 1795 par une patrouille de soldats républicains (« Coriton, qui conduisait le bateau, eut le bras traversé d’une balle »); Thuriau Le Gloanic fut chef de bataillon de la légion d’Auray (dont le chef était Georges Cadoudal) au sein de la Chouannerie morbihannaise. En 1798 des bandes de faux chouans, en fait des bandits surnommés « chauffeurs », « torturaient les paysans et leur brûlaient les pieds pour leur extorquer de l’argent » le long du « bras de mer de Crach ou de La Trinité »; ils furent tués par Julien Cadoudal, un frère de Georges Cadoudal.
Le 4 juin 1800 les Anglais tentent un débarquement entre la pointe de Kerpenhir (en Locmariaquer) et la Rivière de Crac’h et sont approvisionnés en bœufs et grains par une bande d’une soixantaine de chouans et le 5 juin « des lignes de feu et de fumée se montraient (.) devant la rivière de Crac’h ». Le 23 mai 1801 Jacques Jouanno, aubergiste et garde forestier à Crach, est condamné à 4 mois de détention et à une amende (une peine légère car il était peu compromis, mais les deux responsables principaux furent condamnés à mort) pour avoir fait partie d’une conspiration, dont les membres avaient été envoyés dans l’île par Georges Cadoudal, visant à livre Belle-Île aux Anglais. Varin, continuateurs d’Ogée, décrivent ainsi Crac’h en 1843 En 1871 le château de Kerantech passe par mariage aux mains de la famille d’Aboville. Celui du Plessis-Kaër est acheté dans la décennie 1870 par Jules Caillot, industriel parisien. L’élevage des huîtres est une activité importante depuis la décennie 1870. Auparavant on se contentait de draguer les bancs naturels d’huîtres: le dragage des huîtrières dans les rivières de Crac’h, d’Auray et de Pénerf s’arrêtait le 31 mars.Le baron de Wolbock installe en 1865 ses bassins le long de la Rivière de Crac’h, mais c’est son fils Henry Armand de Wolbock, aussi baron de Wolbock, qui développa par la suite l’ostréiculture. Ses parcs sont ainsi décrits lors de l’Exposition universelle de 1889: « Ces établissements, situés à Kercado (.) occupent une superficie de 9 ha 97, auxquels peuvent être ajoutés 45 ha de bassins fermés par une digue insubmersible.
Ils occupent environ 80 personnes et contiennent environ 20 millions d’huîtres d’élevage, dont 3 millions sont livrées chaque année à la consommation. Les huîtres, fournies à l’état de naissain par près de collecteurs, sont nourries en caisse jusqu’à dix-huit mois, placées dans des claires jusqu’à la quatrième année, engraissées pendant la quatrième et la cinquième année, d’où, dans les bassins, une rotation quinquennale que M. le vicomte de Wolbock considère comme indispensable à la plénitude de l’industrie ostréicole ». En 1889 Benjamin Girard indique que Crach a une population agglomérée de 363 habitants (pour une population totale de la commune qui est alors de 1 938 habitants). En 1896 Mme Besnard, propriétaire du château de Rosharno, fit bâtir un orphelinat « où de jeunes enfants seront élevés chrétiennement et apprendront à gagner honnêtement leur vie dans les travaux des champs ». Le 16 mars 1902 le Conseil municipal de crach donna un avis favorable pour que cet orphelinat de Rosharno soit dirigé par des Sœurs de Notre-Dame des Orphelins Un naufrage survenu en Rivière d’Auray au large de Fort Espagnol le 5 juillet 1903 provoqua la noyade de sept jeunes gens. Un vœu en faveur d’un projet de construction d’une ligne de chemin de fer à voie étroite allant d’Étel à Vannes en passant par La Trinité-sur-Mer, Crach, Le Bono, Baden et Arradon, qui aurait nécessité la construction de plusieurs ouvrages d’art, fut voté en 1916 par le Conseil général du Morbihan, mais ce projet n’aboutit pas.
Les plaques commémoratives de l’église paroissiale Saint-Thuriau indiquent les noms de 86 soldats et marins morts pour la France pendant la Première Guerre mondiale à Kercado en direction du Fort Espagnol. Une sorcière réputée de Crach, qui avait exercé ses talents jusqu’à Belle-Île-en-Mer en « soignant » des patients en usant de sortilèges fut poursuivie devant les tribunaux en 1922. En février 1941 les Conseils municipaux de Crach et de plusieurs autres communes adressent « au maréchal Pétain l’hommage de leur admiration, de leur loyalisme et de leur gratitude pour l’œuvre de redressement qu’il a entreprise ». Les plaques commémoratives de l’église paroissiale Saint-Thuriau indiquent les noms de 18 personnes mortes pour la France pendant la Seconde Guerre mondiale.
Patrimoine religieux
L’église paroissiale date de 1809. Elle a fait l’objet de plusieurs restaurations. En 1828 la duchesse de Berry gratifia la commune d’un secours pour la réparation: le clocher situé à proximité des côtes serait un point de vue utile aux navigateurs. Au-dessus du porche Ouest, une pierre porte une inscription en latin faisant référence à l’altitude. En 1904, l’église reçut trois belles cloches neuves de Villedieu-les-Poêles.
En forme de croix latine, elle s’augmente d’une tour carrée à l’ouest et d’un porche au midi. Le clocher comporte trois étages inégaux et une flèche pyramidale. Le clocher même est ouvert en quatre baies cintrées. Les pilastres d’angles et une balustrade couronnent la tour. Le porche porte un fronton où l’on peut lire: « ici, c’est la maison de Dieu et la porte du ciel ».
À l’intérieur du porche, deux bancs de pierre s’adossent aux murs et un bénitier important est encastré près du portail d’entrée. À l’intérieur de l’église, la nef est dallée de pierres. Les ailes du transept s’ouvrent par d’audacieux arcs en plein cintre, lequel prend place sur un podium circulaire. Le buste et le bras reliquaire de saint Thuriau contribuent à la richesse du sanctuaire. (Les reliques de ce saint furent apportées au duc de Bretagne au château d’Auray puis confiées à la paroisse de Crac’h).
Du grand retable de chevet en triptyque de l’église précédente, il ne subsiste que les colonnes à chapiteau corinthien encadrant le tableau: Descente de croix de Jouvenet, dont l’original de 1700 se trouve au Louvre et séparant les statues de saint- huriau (Turiaf) et saint Clair. Les retables latéraux comportent des chutes de fleurs et des guirlandes surmontées de visages d’angelots. Les tableaux ont été restaurés au cours de l’année 2000. Il s’agit au nord de La donation du rosaire: le personnage de gauche au pied de la Vierge serait saint Dominique et le chien, symbole de fidélité, porte dans la gueule le flambeau de la foi. Côté Sud, l’autre tableau la Vierge, sainte Anne et saint Joachim peint par F.