Grosbliederstroff
Histoire de Grosbliederstroff
Grosbliederstroff est une commune de Moselle, en Grand Est, qui compte 3 297 habitants. La première mention écrite connue de Grosbliederstroff remonte à 777 dans un acte de Fulrad, abbé de Saint-Denis et conseiller de Charlemagne, sous la forme latinisée Blitthario villa ou Blithario villa. Par la suite, le nom du village est attesté sous les formes: Blitestorf en 1125, Grosbliedersdorff en 1860, Grossblittersdorf et Großblittersdorf (période de l’Alsace-Lorraine). D’après Ernest Nègre, ce toponyme se compose de l’adjectif germanique gross « grand », suivi du nom de personne germanique Blitharius + dorf.
Cependant, en Lorraine francique, le mot dorf « village » est souvent passé à troff par métathèse de /r/ et durcissement de /d/ en /t/, ce qui explique la forme Grosbliederstroff. En francique rhénan de Lorraine, le nom de la commune est Blidderschdorf et Grosblidderschdorf.
Des découvertes archéologiques laissent penser que Grosbliederstroff et ses environs étaient habités dès le paléolithique: découvertes de dents (Hanweiler) et d’ossements (Spicheren, 1931) de mammouth ou d’éléphant (Cocheren, 1866), plusieurs armes en silex. La présence des Celtes (Gaulois) est attestée dans la région de Grosbliederstroff, ensuite elle subit une romanisation intense et elle est desservie par une voie romaine. L’arrivée des Francs modifie le peuplement, dont le dialecte devient germanique. Dans la forêt domaniale de Grosbliederstroff, il se trouve une des plus anciennes nécropoles des invasions barbares. Sous les Francs, le village faisait partie de l’Austrasie. Ce bourg était au une villa appartenant à l’abbaye de Saint-Denis, puis détruite par l’armée Suédoise pendant la Guerre de Trente Ans.
Ces destructions suivies par une épidémie de peste en 1637 firent considérablement chuter la population. Bliederstroff était une localité comprenant l’actuel village de Grosbliederstroff sur la rive gauche de la Sarre et la ville de Kleinblittersdorf sur la rive droite. Les préfixes gros (en allemand: grand) et klein (en allemand: petit) n’ayant été introduits que lorsque le village a été divisé par une frontière. Ces préfixes ont tour à tour été francisés (préfixes ‘petit’, ‘grand’, ‘le gros’) et germanisés (‘gross’, ‘klein’). La paroisse de Blittersdorf dépendait de l’abbaye des prémontrés de Wadgassen (Sarre) depuis 1253. La chapelle Sainte-Croix fut probablement construite pendant les croisades bien que sa première mention écrite ne remonte qu’au.
L’église paroissiale telle qu’elle existe aujourd’hui – bâtie sur la base d’une chapelle – fut construite en 1745. Le presbytère, l’ossuaire, le cimetière (détaché de l’église) datent de la même époque:. La population se remit à croître et Bliederstroff était une localité importante sur la Sarre. En 1766, à la mort de Stanislas Leszczynski, dernier duc souverain de Lorraine, la Lorraine et le Barrois sont définitivement rattachés au royaume de France et Grosbliederstroff devient française. En 1790, date de la création des départements, Grosbliederstroff sera rattachée au département de la Moselle. En 1792, poussée révolutionnaire jusqu’au Rhin, création du département de la Sarre dont la préfecture est fixée à Trèves, Sarrebruck devenant sous-préfecture.
Après la chute de Napoléon, le congrès de Vienne en 1815 et le deuxième traité de Paris, définissent une nouvelle frontière le long de la Sarre: cette frontière divise le village de Bliederstroff en deux et donne naissance aux deux localités indépendantes de Grosbliederstroff et Kleinblittersdorf, nouvelle commune rattachée à la Prusse. Grosbliederstroff fut épargnée par la guerre de 1870-1871 contrairement aux localités voisines (particulièrement Spicheren). En 1871, à la suite de la proclamation du deuxième empire allemand, la commune et toute l’Alsace-Lorraine y est rattachée, conformément au traité de Francfort. En 1880, un imposant pont en pierre est inauguré, financé par un emprunt de la commune et remboursé en 1897 grâce au succès du péage vers la gare de Kleinblittersdorf. Grosbliederstroff redeviendra officiellement française par le traité de Versailles en 1919. Grosbliederstroff se situant entre la frontière franco-allemande et la ligne Maginot, les habitants ont été évacués en Charente tandis que les mineurs ont été réaffectés dans les mines du Nord.
Dès le début de la guerre en 1939, le pont est détruit; il sera remplacé par un bac, puis par une passerelle piétonne, augmenté par un pont routier au sud qui relie la voie rapide de Sarreguemines vers Forbach au contournement de Kleinblittersdorf vers Sarrebruck. Grosbliederstroff a été bombardée en 1944 et ne fut libérée que le par les 275th Trailblazers américains. Grosbliederstroff comptait une importante communauté juive (environ ); aussi évacués en 1939, leur retour fut interdit en 1940, ils furent cachés en France, quelques membres furent déportés. De 1951 à 1953, Charbonnages de France a construit à Grosbliederstroff, près de l’embarcadère des charbons des Houillères de Lorraine, une centrale électrique au charbon, la centrale thermique de Grosbliederstroff. Ses cheminées sont décrites comme les plus grandes d’Europe, en 1959. Le charbon était amené par un système aérien de wagonnets directement de Morsbach située à une dizaine de kilomètres de là.
On avait installé la centrale loin du bassin de production charbonnier, mais près de la seule rivière un peu consistante de la région. Cependant, la faiblesse du débit de la Sarre ne permettait pas d’accroître la centrale, qui dès lors est restée secondaire par rapport à sa cadette de Carling, lancée en 1959 et bien plus puissante. Finalement la centrale de Grosbliederstroff a été démantelée en 1989-90, car elle n’était plus assez rentable. Durant ces années, la ville s’est accrue de quelque, grâce à la centrale mais aussi grâce au travail en Sarre. En 1966-67, on comptait déjà plus de 1500 personnes qui partaient quotidiennement du canton de Sarreguemines pour travailler en Allemagne. Mais il est vrai qu’à cette époque, il y avait très peu de travail des femmes de ce côté-ci de la frontière.
Ici c’est le facteur frontalier (et aussi la proximité de Sarreguemines) qui a facilité la « reconversion » à la différence de beaucoup d’autres petites villes de centrales. Une passerelle piétonne donne un accès direct au réseau tramway de la ville de Sarrebruck. L’Union européenne met en place la libre circulation des personnes dans l’espace Schengen, la douane revenue en 1959 après la fin du mandat de la France en Sarre est supprimée. De nombreux Sarrois éliront alors domicile à Grosbliederstroff. En 1997, Grosbliederstroff est reliée à Sarrebruck par tramway via l’arrêt voisin de Kleinblittersdorf. En 2007, la synagogue, qui n’était plus utilisée, est déclassée.