Sérent
Histoire de Sérent
Sérent est une commune de Morbihan, en Bretagne, qui compte 3 279 habitants. Le nom de la localité est attesté sous les formes Serent en 866 et 1166, Serant en 1383, Serent en 1387, Sereint en 1516, Serans en 1630. Selon Ernest Nègre le nom de Sérent contiendrait une racine « pré-celtique » *ser qui aurait signifié « couler, se mouvoir rapidement et violemment » et aurait, la plupart du temps, donné leurs noms à des cours d’eau. Sérent et le Sérentin – ruisseau dans le bassin où la ville est implantée – sont donc liés étymologiquement.
N-Y Tonnerre ne voit pas d’origine bretonne au toponyme, et le rattache plutôt à Serrant, Serandon et Serain. Erwan Vallerie pense à un anthroponyme breton ou « latin en évolution brittonique » pour une paroisse primitive. L’hypothèse d’un hagionyme Serent sans préfixe (plou-) lui paraît téméraire.
.La prononciation du nom de la localité en gallo a été rapportée sous les formes « S’ran » et « S’rin » en 1954 par Henri-François Buffet
trouvées dans la nécropole protohistorique de Boquidet à Sérent et contenant les ossements de défunts (Musée d’histoire et d’archéologie de Vannes). Des vestiges mégalithiques, tombelles, sépultures, chambres souterraines et plus spécifiquement la nécropole hallstattienne de Boquidet, lieu-dit de Sérent, y attestent une présence humaine très ancienne. La découverte, entre autres, de dix urnes cinéraires intactes sur onze en 1932 à Boquidet et étudiées en 2005 ont permis un éclaircissement notable sur les pratiques funéraires en Bretagne à l’âge du fer et plus précisément aux b.p. Des briques et poteries datant de l’époque gallo-romaine ont été trouvées dans la lande de Tregaro, ainsi qu’à Pouz-Mélan et la Ville-ès-Bretz. La voie romaine allant de Condate Riedonum (Rennes) à Vorgium (Carhaix) entrait en Sérent près du village des Haies, traversait l’Oust, passait près des villages de la Touche-Morgan, du Léry, de la Ville-au-Rouge, avant d’entrer dans l’actuelle commune de Plumelec. Plusieurs enceintes fortifées (des camps romains) ont été retrouvées (près du Crouézic, de Sainte-Geneviève, de la Lande-Pinieuc, de Vieille-Ville, de Breman et du manoir de Bothurel. La première allusion à Sérent date de la fin du dans le cartulaire de Redon. En effet, le premier écrit connu mentionne Billy de Sérent, qui donna une terre à l’abbaye Saint-Sauveur de Redon, en 857.
Puis, une terre située sur la paroisse de Sérent est donnée en 878 à l’abbaye de Redon par un certain Bertwal. Vers 1030, c’est un nommé Ratfred qui donne à l’abbaye de Redon la terre de Brois (ou de La Brousse). La Terre de Sérent ou de La Chapelle en Sérent a été érigée en baronnie banerette en 1318 par Jean III, duc de Bretagne en faveur d’Olivier II, sire de La Chapelle, maréchal de Bretagne. 1351, Jehan de Sérent, seigneur de Sérent participa au combat des Trente sous les ordres de Beaumanoir, chef local des blésistes (parti de Charles de Blois prétendant au trône de duc de Bretagne lors de la guerre de succession). La seigneurie de Sérent est fort ancienne (elle fut érigée en baronnie en 1319 par le duc Jean III de Bretagne). La famille de Sérent est connue depuis Guéhénoc de Sérent, seigneur de Sérent, né en 950; parmi ses membres Josselin de Sérent, participa à la Troisième croisade et fut tué lors du siège de Saint-Jean-d’Acre; Guéhénoc de Sérent (né vers 1180, décédé après 1274), participa à la Croisade des barons en 1239; Alain de Sérent, né vers 1280 au moulin de Tromeur, tué à la bataille de Cassel en 1328; Jean I de Sérent participa en 1351 au combat des Trente dans le camp de Jean de Montfort; Régnaud de Sérent, seigneur de la Rivière, présent à la réformation de 1513. s (Lizio, Roc-Saint-André et Saint-Guyomard) en 1789. Un procès-verbal daté du 12 avril 1663 a été conservé concernant l’enquête sur les preuves de noblesse de Pierre de Sérent, baptisé le 26 juillet 1644 à Vannes (son père Pierre de Sérent, né en 1609 à Sérent, décédé en 1663 y était président du Présidial et fut aussi sénéchal de Vannes).
Jean-Baptiste Ogée décrit ainsi Sérent en 1778 Le 27 août 1848 des troubles graves éclatèrent à Malestroit lors des élections pour le conseil d’arrondissement: les électeurs de 4 communes (Sérent, Lizio, Saint-Abraham, Saint-Guyomard) se disputèrent pour savoir quelle commune voterait la première: « les pierres que se jetaient les combattans atteignirent beaucoup de vitres et quelques habitans de Malestroit; aussitôt la Garde nationale fut convoquée et, par un mouvement de frayeur fort regrettable, elle tira sur les paysans de ces communes. Deux furent atteints assez grièvement; on pense que la blessure de l’un d’eux est mortelle. Nous avons demandé que l’on fit voter chaque commune au chef-lieu de la commune, et non au chef-lieu de canton ». Dans un autre article paru quelques jours plus tard le même journal précise que le commencement des troubles serait dû à des électeurs de Ruffiac qui auraient commencé dans l’après-midi à frapper des électeurs de Sérent qui commençaient à danser et qu’une trentaine de Sérentais auraient été blessés. Varin, continuateurs d’Ogée, décrivent ainsi Sérent en 1853 Le journal La Croix publie le 30 août 1888 un long article citant la protestation en date du 10 août 1888 du conseil municipal de Sérent contre la laïcisation de l’école des garçons, tenue jusque-là par les Frères de Ploërmel et l’ouverture d’écoles de hameaux à Couëtbout et Les Haies alors que cela « n’a été demandé par aucun habitant de Sérent ». En octobre 1888 le conseil municipal de Sérent déclare que « l’attitude des institutrices laïques qu’on nous a imposées a produit jusqu’ici, parmi nous, la plus triste impression » reprochant aux deux jeunes femmes venant d’être nommés de « faire danser les filles avec les garçons », d’aller « jouer aux cartes dans les auberges du bourg » et de « faire monter leurs élèves, en pleine foire, sur des chevaux de bois ».
Dans les dernières décennies du XIXe siècle et au début du XXe siècle l’industrie des carrières d’ardoise se développa considérablement (la première ouvre en août 1861 et au moins 5 autres ouvrent entre cette date et 1927) laissant encore aujourd’hui de profondes traces dans le massif de Pinieux [Pinieuc]: en 1861 Sérent est une ville prospère grâce à ses carrières d’ardoise dans les landes et à Kerfontaine. Au total on y retrouve cinq grosses carrières sur le secteur et plus d’une dizaine dans les environs. L’extraction d’ardoise a pris fin à la sortie de la Première Guerre mondiale. En tout 27 sites d’ardoisières ont pu être retrouvées à Sérent dont une vingtaine dans les landes de Pinieux. Certaines carrières sont de nos jours ennoyées et leur profondeur peut atteindre une centaine de mètres, voire plus; elles présentent des dangers qui nécessitent des travaux de sécurisation. Le 6 mars 1906 eut lieu l’inventaire des biens d’église de Roc-Saint-André, La Chapelle et Sérent. « L’un des vicaires de Sérent et celui de Lizio ont été arrêtés et conduits, menottes aux mains, et sous escorte, au tribunal de Ploërmel pour y être jugés le soir même ». En 1907 le journal L’Ouest-Éclair déplore l’arriération des pratiques agricoles dans la région: « Que de landes encore, du côté de Campénéac par exemple, et comme les paysans sont routiniers par là.
À Malestroit c’est pis encore; de Saint-Marcel au Roc-Saint-André, par Sérent, de Réminiac à Monterrein, par Caro, comptez les terrains incultes, à peine plantés de maigres sapins. (.) Pourquoi alors ces progrès si lents qui paraissent nuls? Pourquoi le sol de Sérent ou de Ménéac ne produiraient-ils pas aussi bien que celui de Bréhan? Ces terrains sont trop maigres, dira-t-on. (.) La faute n’est pas à la terre, elle n’est pas plus au manque de bras, elle est au manque d’initiative, au manque d’influences compétentes ». Le monument aux morts de la guerre 1914-1918 porte les noms de 160 soldats morts pour la France pendant la Première Guerre mondiale; parmi eux 3 sont morts en Belgique (Joseph Courant à Maissin dès le 22 août 1914, Mathurin Bourdonnais et Jean Caillot à Nieuport le 18 décembre 1914); quatre sont morts en Allemagne dont trois de maladie (Joseph Duval, Joseph Le Déan et Laur Braud) alors qu’ils étaient prisonniers de guerre et un accidentellement (Victor Gloux) le 1 juin 1919, donc après l’armistice alors qu’il faisait partie des troupes françaises d’occupation; Pierre Dréan est mort de maladie en Suisse en 1917 alors qu’il était interné dans ce pays neutre; trois sont morts (de maladie) en 1918 dans le cadre de l’expédition de Salonique (Jean Le Hé et Joseph Marot en Grèce et Henri Le Blanc dans l’actuelle Macédoine du Nord): la plupart des autres sont morts sur le sol français dont onze, décorés à la fois de la Médaille militaire et de la Croix de guerre, deux de la Médaille militaire et cinq de la Croix de guerre. Lors de la Seconde Guerre mondiale, le maquis de Saint-Marcel , haut lieu de la Résistance, était en fait situé essentiellement sur la commune de Sérent autour de la ferme de La Nouette. Sérent eut donc à déplorer les exactions de l’occupant (en grande majorité des soldats géorgiens engagés dans l’armée allemande).
Un monument commémoratif est situé à la limite des deux communes de Sérent et Saint-Marcel. Le 21 juin 1944, trois jours après le combat de Saint Marcel, une patrouille allemande découvre une dizaine de parachutistes et de patriotes réfugiés dans une maison abandonnée sur les ardoisières de Pinieux. Au cours du combat, deux parachutistes, Roger Vautelin, de Joinville-le-Pont, et l’aspirant Louis Arcille, dit « François Mariani », de New York, sont tués. Les corps furent découverts dans la carrière de Cadieu et inhumés dans le cimetière de la chapelle des Haies. Le monument aux morts 1939-1945 de Sérent porte les noms de 45 personnes mortes pour la France pendant la Deuxième Guerre mondiale. Ce monument, constitué de trois blocs de granite, fut inauguré le 21 juillet 1946. Désirée Allain, épouse Le Mené, blessée lors d’un bombardement de 23 novembre 1943 de la gare de Vannes (elle habitait alors dans cette ville) se réfugia avec son fils Maurice dans son village natal de la Foliette en Sérent. Devenue femme de ménage au service des Allemands, elle fut fortement suspectée de collaboration et notamment d’avoir dénoncé au moins 7 des 17 résistants fusillés le 27 juin 1944 à Plumelec.
Arrêtée par des résistants, elle est, ainsi que son fils, détenue à la ferme du Bois-Hurel et tuée (après avoir été battue et violée), ainsi que son fils âgé au lors de 12 ans (il menaçait de dénoncer les résistants) sur ordre du lieutenant Le Bourvellec, chef local de la résistance FFI, par Lucien Crété (meunier au Grand Fao en Pleumeleuc). De retour de captivité, Stéphane Le Mené, époux et père des deux exécutés, porta plainte; Lucien Crété est arrêté le 8 janvier 1947, puis condamné à une peine de prison avant d’être amnistié le 24 janvier 1952 par le tribunal militaire de Paris; cette affaire fut provoqua une polémique d’ampleur nationale.