Montendre
Histoire de Montendre
Montendre est une commune de Charente-Maritime, en Nouvelle-Aquitaine, qui compte 3 228 habitants. Montendre est attesté sous la forme latinisée de Monte Andronis en 1116, pour la première fois dans une charte médiévale. C’est une formation toponymique médiévale en Mont- suivie comme c’est généralement le cas d’un anthroponyme. Il pourrait s’agir du nom de personne germanique Andar.
Le nom de personne a été latinisé en Andronis dans les textes, d’après les noms de personne en -on au cas régime (type Guy / Guyon, cf. Par la suite, on trouve les formes romanes avec la graphie Montandre, puis Montendre par étymologie populaire « Mont tendre ». Cette formation toponymique est parallèle à celle de Montguyon (Montis Gwidonis en 1242) à environ de Montendre et qui repose sur un autre anthroponyme d’origine germanique, à savoir Guy, avec la désinence -on du cas régime.
L’occupation humaine du site est très ancienne, comme en témoigne la découverte récente d’un ou plusieurs dolmens sur les contreforts du mont où sera édifié beaucoup plus tard le château. Il faut cependant attendre la période gallo-romaine pour que se développe un premier bourg, ancêtre de Montendre, autour d’un camp fortifié établi sur une éminence, l’actuelle colline du château. La légende fait remonter la fondation de cet oppidum à la conquête romaine de l’Aquitaine: un officier de Crassus, nommé Andron, aurait établi un premier camp dans la région, d’où le nom de la ville: Mons Andronis (Mont d’Andron). Or, il n’y a aucune trace du nom de Montendre avant le Moyen Âge et Andron n’est pas un nom utilisé par les Romains. L’histoire de Montendre demeure relativement méconnue pour ce qui est des premiers siècles de notre ère. Des récits évoquent le passage dans la région de Charlemagne, à la poursuite du duc Hunald, sans qu’il soit possible de savoir où commence la réalité historique et où finit la légende. Un peu plus tard, un premier château, sans doute en bois et fort rudimentaire, est établi à l’emplacement présumé du camp romain. Il faut attendre 1032 et le capitulaire de l’abbaye de Cellefrouin pour qu’apparaisse le nom du plus ancien seigneur de Montendre connu: Guillaume.
Son petit-fils, Guillaume III, épouse Arsende de Didonne en 1151, cumulant de ce fait les titres de seigneur de Montendre et de sieur de Didonne (importante seigneurie couvrant la rive droite de la Gironde, et centrée sur Saint-Georges-de-Didonne). Au début du, Montendre passe à Geoffroy III de Tonnay (Tonnay-Charente). La petite cité est alors un pôle commerçant modeste mais dynamique, qui rayonne sur la région alentour. Le bourg s’organise autour de halles, sises au centre d’un petit vallon, où se concentrent la plupart des habitations, et de deux champs de foire établis aux principales sorties de la ville: marché aux porcs au nord, marché aux bestiaux au sud. Deux collines encadrent la cité: la colline du château, qui culmine à près de, porte un château en pierre depuis le. La colline de l’église, qui lui fait face, est moins bien moins haute; elle abrite, comme son nom le laisse supposer, une église (dont il ne subsiste plus de traces), un cimetière, le presbytère et plusieurs moulins à vent. Des chemins de terre relient le bourg à une multitude de hameaux, répartis à travers la campagne. Depuis le remariage de la duchesse Aliénor d’Aquitaine avec Henri Plantagenêt (1154), Saintonge, Guyenne, Angoumois et Poitou sont partie intégrante d’une grande Aquitaine, sous influence anglaise.
En dépit de revirements ponctuels, les seigneurs de Montendre restent, dans l’ensemble, attachés au parti anglo-aquitain. Au moment de la guerre de Cent Ans, la ville – et avant tout son château – attirent les convoitises des deux partis, et passe aux mains des uns et des autres, non sans quelques destructions. En 1365, le château est confisqué par Édouard de Woodstock, prince d’Aquitaine et de Galles, mieux connu sous le nom de « Prince noir ». Ce dernier en fait don à son lieutenant Bertrand II de Preyssac, soudan de La Trau et sieur de Didonne. Vingt ans plus tard, Charles V s’en empare, et le confie à Jean II Harpedanne, sénéchal de Saintonge. C’est ce même Jean de Harpedanne qui préside, le 19 mai 1402, le célèbre « Combat des Sept » qui, dans la même veine que le non moins célèbre « combat des Trente », oppose, dans un pré au bas du château (en un lieu baptisé depuis lors « motte à Vaillant »), sept chevaliers français et sept chevaliers anglo-aquitains. Ce combat « entre gentilshommes » se solde par la mort d’un combattant aquitain: en dépit de son caractère « symbolique », cette « victoire » française sera chantée (entre autres) par les poètes Octavien de Saint-Gelais (dans son Verger d’honneur) et Christine de Pisan comme un haut fait d’armes, et alimentera la « propagande » française longtemps, pendant et après ce long conflit. À Montendre, la guerre de Cent Ans se termine en 1452 par la prise du château par les Français de Jehan (Jean) de Brosse; prélude à la chute complète de l’Aquitaine l’année suivante.
La région, comme bien d’autres, apparaît comme sinistrée par tant d’années de guerre, de pillages et d’exactions en tout genre. En bien des endroits, les champs sont envahis de ronces, devenus des « désers » qu’il faut remettre en valeur. Les régions dépeuplées voient arriver des « colons » originaires d’autres provinces, attirés par des baux avantageux. Ce sont eux qui permettent la « reconstruction agraire », dont la toponymie garde de nombreuses traces (nombre de hameaux issus d’anciennes fermes portant depuis lors le nom de leur premier propriétaire, précédé de « chez »). Cette seconde moitié de est également caractérisée par une perte des repères dans le domaine de la religion, prêtres et moines ne donnant pas toujours l’exemple d’une vie exemplaire. Le protestantisme gagne une partie de la population, et certains seigneurs ne sont pas les derniers à prendre parti pour la foi réformée. C’est notamment le cas à Montendre, où Louis de La Rochefoucauld devient un des principaux chefs des armées réformées pendant les guerres de religion. De nombreuses églises de la châtellenie sont saccagées, puis purement et simplement détruites: ainsi de l’église de Montendre, mais aussi de celles de Chardes et de Vallet.
En 1598, à l’issue du conflit, Henri IV fait de Montendre une « place de sûreté » protestante, au même titre que Pons ou Royan. Au, l’ingénieur et géographe Claude Massé décrit le bourg de Montendre dans un de ses mémoires: « Ce lieu est situé dans une plaine entourée de landes: il y a, joignant le bourg, un château au sommet d’une butte fort élevée que l’on découvre de très loin », poursuivant: « Le bourg est bien joli, où il y a de bons bourgeois, marchands et artisans ». Le bourg est alors un centre agricole d’une certaine importance, rythmé par ses marchés (le jeudi) et ses foires annuelles, au nombre de huit. En 1750, le marquis de Villegagnon, nouveau maître du marquisat de Montendre, fonde une maison de charité destinée aux pauvres et aux malades, futur Hôtel-Dieu (détruit en 1966). La Révolution n’est caractérisée, dans la commune nouvellement créée, par aucun fait véritablement marquant. Le est, au contraire, une période de développement intense, marquée par la construction d’une nouvelle église (de 1816 à 1825), d’un temple protestant (1820), la construction de nouvelles halles (1863), la modernisation du centre-bourg et l’alignement des façades des maisons (à partir de 1861), la mise en service d’une première ligne télégraphique (1869)! La guerre d’Espagne apparaît par bien des aspects comme un terrible avant-goût de la Seconde Guerre mondiale. Devant le flot de réfugiés fuyant à la fois les combats et l’avancée des troupes nationalistes (franquistes), le ministre de l’intérieur envoie une circulaire aux préfets afin de trouver des locaux présentant des « garanties de salubrité et d’hygiène » où accueillir les réfugiés.
Des immeubles sont réquisitionnés à La Rochelle, Saintes, Saint-Jean-d’Angély et Rochefort. En 1939, décision est prise de placer les Espagnols dans des centres de rassemblement: en Charente-Inférieure, on aménage celui de Montguyon. Le 22 juin 1940, l’arrivée d’un détachement de la de la Wehrmacht marque le début d’une occupation appelée à durer quatre ans. Un camp de réfugiés (« camp des Chaumes »), aménagé aux premiers mois de la guerre afin d’accueillir des réfugiés de l’est de la France, est transformé en camp d' »asilés » espagnols, où sont regroupés, notamment, les réfugiés de Montguyon. Au moment de la libération de la ville par les FFI (1), des prisonniers de guerre allemands viennent prendre leur place jusqu’en 1947 et certains furent employés à construire le stade municipal et à creuser la piscine municipale. En 2012, la commune de Montendre a réaménagé la place des Chaumes sur le site de l’ancien camp, et une élévation bois (bâtie et offerte par la ville jumelle de Sulz-am-Neckar) figure désormais les anciens baraquements où furent parqués plusieurs centaines d’exilés espagnols entre août 1940 et janvier 1944. Une céramique espagnole, offerte par la ville jumelle de Onda représente le plan de l’ancien camp. Elle a été dévoilée publiquement lors de l’inauguration du 14 juillet 2012.
La deuxième moitié du est marquée par un nouveau développement de la ville, qui se dote d’équipements touristiques (syndicat d’initiative, piscine, base de loisirs et lac Baron-Desqueyroux dans les années 1950; villages de vacances et camping municipal vingt ans plus tard), éducatifs (collège Samuel-Duménieu en 1968, groupe scolaire Jacques-Beaumont, nouvelle école maternelle en 1987) ou culturels (salle des fêtes en 1976). Des lotissements et des logements HLM sont édifiés (Grand Pré, La Rivière, Cité des Chaumes).
Patrimoine religieux
Cinéma: Montendre dispose d’un cinéma municipal, l’Andronis, équipé d’une salle de 120 places, à côté de la médiathèque (1, rue Jacques Beaumont). Il propose entre 8 et 10 séances par semaine avec une programmation qui se veut éclectique (films populaires, jeune public, Art & Essai, documentaires.) et de nombreuses animations. Le cinéma est géré par la société Artec cinémas, en lien avec l’association CLAP Montendre, qui a permis la réouverture du cinéma en 2017. Établi sur un éperon haut de dominant de vastes étendues couvertes de landes et de bois (forêt de la Double) et la petite cité située en contrebas, le château de Montendre trouverait ses origines dans un castrum romain. Les textes anciens permettent de dater la construction d’un premier château (sans doute en bois) aux alentours du, suivie d’une reconstruction en pierre.
Profondément remanié au (datent notamment de cette époque, la tour carrée, qui surmonte l’entrée), après avoir été très disputé pendant la guerre de Cent Ans, il devient une place forte protestante pendant les Guerres de Religion. Au, l’ingénieur et géographe Claude Masse décrit une « enceinte basse de bonne maçonnerie (…) mais à présent fort ruinée », précisant toutefois que « si les parapets étaient un peu raccommodés, ce poste pourrait soutenir un coup de main et qu’il faudrait du canon pour le prendre »; encore debout au début du, il se limite désormais à un pan de façade, qui sert de toile de fond au théâtre de verdure aménagé en 1959. De nos jours, le château conserve des éléments de diverses époques, dont une partie des enceintes, une tour ronde, une tour carrée (qui accueille aujourd’hui le musée d’art et de traditions populaires), la façade du logis noble et des souterrains. Le site est converti en promenade, et abrite un théâtre de verdure servant de cadre à des spectacles en période estivale. Un dolmen est situé sur l’un des accès qui mène à la butte du château.
Les anciennes halles de Montendre sont une construction atypique: de forme octogonale, couvertes d’une charpente en fond de bateau renversé (« en erse »), sans aucun pilier, il n’en existe que huit de ce type en France. Inaugurées en 1863, elles remplacent des halles médiévales, devenues vétustes. Ces dernières, qui s’apparentaient à celles de Villebois-Lavalette (Charente), Cozes ou Pisany (Charente-Maritime) étaient bien plus vastes que le bâtiment actuel. Ses dimensions, connues avec précision grâce au cadastre de 1833, étaient de sur 20. En 1844, leur état est préoccupant: « différents bois de charpente tombent de vétusté, presque tous les piliers côté couchant sont pourris par le bas.
L’ancienne église, bâtie au comme la plupart de ses consœurs saintongeaises, est mentionnée dans une charte du, qui permet également de connaître le nom d’un certain Guillaume de Montandronis (Montendre), archiprêtre dudit lieu. Situé à proximité immédiate du château, il forme une simple salle rectangulaire, éclairée par une série de baies en plein cintre et par un oculus au niveau de la façade. D’une grande austérité, cette dernière s’inspire de la grammaire stylistique néoclassique, comme nombre d’autres édifices de ce type dans la région, et comprend une porte rectangulaire, et un fronton triangulaire dépourvu de toute ornementation. Ses modestes dimensions indiquent une communauté protestante assez réduite au milieu du, dans une région qui fut pourtant longtemps acquise aux idées réformées. Les origines de cette modeste église de campagne pourraient remonter au, mais elle ne conserve guère d’éléments datant encore de cette période.