Gémozac
Histoire de Gémozac
Gémozac est une commune de Charente-Maritime, en Nouvelle-Aquitaine, qui compte 2 989 habitants. Il s’agit d’un type toponymique gaulois ou gallo-romain en -(i)acum, suffixe d’origine gauloise désignant le lieu ou la propriété et qui a régulièrement donné la terminaison en -(i)ac dans les anciennes régions de la langue d’oc. Le nom de Gémozac, désigne un vaste domaine gallo-romain la, issu du nom du premier propriétaire, en l’occurrence un certain *Gemutius, anthroponyme non attesté, et ce, d’après une suggestion d’Albert Dauzat. Ernest Nègre préfère l’anthroponyme germanique Germodus, car il est attesté.
Dans l’antiquité tardive, le suffixe -acum a pu être associé à des noms de personnes germaniques.
Dans l’antiquité et au de l’ère chrétienne, à l’apogée de Mediolanum Santonum, alors capitale de la civitas Santonum, les Gaulois et les Gallo-Romains ont mis en valeur la région. Ils auraient commencé les premiers défrichements depuis Pontes, actuelle ville de Pons, centre à partir duquel nombre de villae gallo-romaines ont donné naissance aux villages actuels qui se terminent par la terminaison -ac: Gémozac, Tanzac, Fléac, Pérignac, Chadenac, Mosnac, Givrezac, etc. Si le passage d’une antique voie romaine de Mediolanum Santonum, actuelle ville de Saintes, à Saint-Romain-sur-Gironde est bien attesté à Gémozac, le bourg n’a réellement pris de l’importance qu’à l’époque médiévale. Son essor remonte donc à la période des grands défrichements forestiers de la forêt de La Lande, sous l’impulsion de moines augustins de l’abbaye de Madion, située dans la commune voisine de Virollet, ce qui permit la découverte de vastes souterrains qui avaient dû probablement servir de refuges. Mais la paroisse de Gémozac est marquée par les guerres de religion de la seconde partie du XVIe siècle, et par les conséquences néfastes de la révocation de l’édit de Nantes au siècle suivant. En effet, Gémozac s’ouvre dès 1542 aux idées de la Réforme, ce qui en fait l’une des plus anciennes paroisses protestantes de la Saintonge. L’introduction de la Réforme à Saintes et la prédication de l’Evangile par des personnes illustres comme Bernard Palissy et le pasteur Hamelin eurent un grand retentissement à Gémozac. Les guerres de religion qui débutent en 1562 n’épargnent pas la paroisse de Gémozac et sa région et les bâtiments religieux sont tour à tour détruits, comme le prieuré et le monastère, pendant que l’église est fortifiée après avoir subi quelques dommages.
Quant aux protestants, ils doivent attendre l’avènement d’Henri IV et la fin des hostilités entre catholiques et réformés en 1598 pour pouvoir disposer d’un lieu de culte public. Un premier temple est alors édifié en 1599, mais il est victime de luttes acharnées au siècle suivant au point qu’il est détruit, puis reconstruit quatre fois au cours de son existence. Au, la paroisse de Gémozac s’est beaucoup agrandie, elle a intégré, entre autres, le gros village de Chadeniers, édifié sur la Seudre. Durant ce siècle, Gémozac s’enrichit grâce à une agriculture prospère et au commerce des eaux de vie. De plus, la localité est toujours autant renommée pour ses foires mensuelles qui se tiennent sous de grandes halles en bois. Une bourgeoisie active et protestante s’occupe du négoce des vins, des eaux de vie de cognac et des céréales, pendant que deux puissants seigneurs des lieux résident dans les deux châteaux de Gémozac, les logis de Bernessard et de La Salle. Ils veillent jalousement sur cette grande paroisse, qui est déjà l’une des plus peuplées de l’ancienne province de Saintonge. En tant que représentants de l’aristocratie terrienne, ils pèsent de tout leur poids lors de la Constituante pour faire de Gémozac un chef-lieu de canton.
La reconquête catholique a facilité l’installation de la communauté de religieuses, toujours à l’œuvre aujourd’hui, et a permis la restauration de la façade occidentale de l’église Saint-Pierre, alors en mauvais état. Le retour de la paix entre catholiques et protestants ne prend effet qu’après la signature de l’édit de Versailles de 1787. En effet, le temple réformé doit être démoli en 1768 sur ordre du maréchal de Senneterre, alors gouverneur des provinces de l’Aunis, du Poitou et de la Saintonge. Mais six années plus tard, un nouveau temple est édifié dans la ville, attestant de la vitalité de la communauté protestante de Gémozac à cette époque. Ce n’est qu’après l’édit de Versailles que les protestants de la ville et de ses environs purent enfin assister librement au culte réformé et purent avoir leur sépulture dans le cimetière communal, qui cependant fut longtemps divisé par une haie des sépultures catholiques. avec l’édification de belles maisons en pierre de taille. Le est le « siècle d’or » de Gémozac qui y connaît alors son apogée, grâce à l’essor considérable de la production et du négoce des eaux de vie de cognac dont elle tira l’essentiel de sa richesse. La ville était située au centre du département le plus viticole de France.
Au début du, Gémozac, alors dotée de son statut de chef-lieu de canton, n’a toujours pas d’hôtel de ville. C’est en 1837 qu’est construite la première mairie de la ville, sur l’emplacement de l’ancienne forteresse médiévale qui était délabrée et qui fut détruite en 1835. Toujours en 1856, la gendarmerie nationale est établie dans de nouveaux locaux, à la place de l’ancien presbytère. Le tableau de l’évolution démographique de Gémozac de 1821 à 1866 montre cette croissance quasi ininterrompue de la population de ce gros chef-lieu de canton viticole. Mais, à partir du début de la Troisième République, Gémozac est confrontée à la crise du phylloxéra de 1875, qui a durement frappé les vignes de la Saintonge, puis de l’Aunis. Cependant, malgré la ruine progressive du vignoble charentais, provoquant un exode de la population de la Saintonge, la ville devient un point d’ancrage pour le milieu rural environnant. Elle résiste particulièrement bien à la crise viticole, en participant notamment à la reconversion de l’économie locale. Les grandes maisons de négoce s’adaptent à cette nouvelle situation économique car elles ont pu écouler leur stock d’eau de vie et elles ont pu se réorganiser en encourageant la reconversion des terres abandonnées à la céréaliculture et surtout à l’élevage.
La ville s’affirme alors comme un actif marché rural dans son canton, avec ses marchés bi-hebdomadaires et ses foires à bestiaux où ont lieu mensuellement la vente des bœufs de labour, des chevaux, des mulets et des moutons. Elle est également réputée pour ses foires mensuelles de volailles. L’élevage des chevaux qui est à l’origine de la construction d’un hippodrome en 1867 prend de l’essor et des courses hippiques sont organisées régulièrement dès 1870. et Mortagne-sur-Gironde ouverte au trafic voyageurs en 1894. De plus, la ville renforce sa position de carrefour de communications, deux voies ferroviaires se croisant à Gémozac: celle entre Pons et Royan, mise en service en 1875, et entre Saintes et Mortagne-sur-Gironde, ouverte en 1894, et celle de la nouvelle école de garçons en pierre de taille, en 1888. Les locaux de la Poste sont transférés dans une grande et avenante maison bourgeoise du Second Empire, à l’intersection des artères urbaines, et la Perception intègre les locaux laissés vacants par l’ancienne gendarmerie. Pendant ce temps, un nouveau quartier se met en place dans le secteur de la gare où des taxis hippomobiles affrétés par les deux hôtels de la ville viennent chercher les voyageurs à la gare. La voie ferrée, qui traversait la ville, est déplacée vers le nord et c’est dans cet espace que de nouvelles constructions voient le jour en direction de Saintes et de Pons.
Certes, une certaine baisse de sa population peut être observée de 1876 à 1891, c’est-à-dire au plus fort de la crise viticole, mais à partir de cette dernière date, la croissance démographique reprend nettement jusqu’en 1911 et y atteint un nouveau pic de population – certes toujours inférieur à celui observé en 1866. Ce nouveau pic de population ne sera d’ailleurs pas dépassé pendant tout le. La reprise de la croissance démographique de Gémozac s’explique par une réorientation réussie de son économie urbaine au seuil. Le bourg de Gémozac a su en effet résister et s’adapter à la nouvelle donne économique, en s’affirmant notamment comme un gros marché rural et un actif centre de foires à bestiaux et à volailles. C’est au lendemain de la Première Guerre mondiale que Gémozac connaît sa plus forte chute démographique. La saignée provoquée par cette tragique guerre lui a fait perdre plus d’un habitant sur dix, ce qui est considérable. Malgré une légère reprise de sa démographie, constatée entre 1921 et 1926, la ville entame une période de crise urbaine. Celle-ci a perduré jusque dans les années cinquante, où la commune enregistre alors son chiffre de population le plus bas jamais observé depuis le début.
En 1954, Gémozac ne compte plus que, mais il est vrai qu’elle n’est pas passée au-dessous du seuil. Ce n’est réellement que depuis les années soixante que la situation de la ville a beaucoup évolué et s’est nettement améliorée. La ville s’est beaucoup développée depuis la fin du dernier quart du XXe siècle et a continué son essor depuis le début. La commune enregistre une croissance démographique soutenue depuis 1990.
Patrimoine religieux
L’église Saint-Pierre de Gémozac est un édifice religieux de style composite qui intègre tout à la fois une structure de style roman saintongeais et des éléments gothiques. Elle est l’une des rares églises de la région témoignant de la transition entre les deux styles et est classée Monument historique depuis 1910. Certaines assises de petites pierres de taille allongées témoignent d’un édifice de la fin du XIe siècle ou du début du XIIe siècle. La nef fut reprise dans la seconde moitié du XIIe siècle et renforcée par des arcatures. Si la base du clocher est caractéristique de l’architecture romane, sa partie supérieure porte la marque du premier âge gothique.
La flèche octogonale en pierre couronne une chambre des cloches basée sur un plan similaire, les côtés présentant en alternance des baies simples et des baies géminées. Enfin, le mur nord et la façade furent refaits au XIXe siècle, la première travée de la nef ayant été raccourcie afin d’élargir la route passant devant l’église. Comme la majorité des églises de la région, l’église Saint-Pierre de Gémozac est basée sur un plan en forme de croix latine. Elle se compose d’une nef unique de quatre travées couverte d’une voûte en berceau brisé, laquelle a été entièrement refaite. À l’intérieur, des arcatures répondent aux contreforts et servent à renforcer la structure de l’édifice.
Comme dans certaines églises romanes de la région, les croisillons sont couverts de coupoles. Néanmoins, si le croisillon nord l’est par une coupole sur trompes, le croisillon sud a pour particularité de posséder une coupole sur pendentifs. Les deux bras du transept sont prolongés par des absidioles: la plus ancienne , celle du croisillon sud, forme un hémicycle voûté en cul de four; la plus récente est une chapelle rectangulaire couverte d’une croisée d’ogives. Une arcade étroite ouvre sur la première travée du chœur. Celui-ci forme un ensemble de deux travées.
La première est couverte de croisées d’ogives quadripartites, tandis que la seconde est complétée par des liernes. Le chevet plat (XIIIe siècle), percé d’un triplet, témoigne de l’influence cistercienne sur l’architecture de l’époque. L’église Saint-Pierre de Gémozac s’inscrit dans l’inventaire touristique des plus belles églises de la Saintonge et est souvent citée parmi les édifices religieux dignes d’être visités. Le jardin public est l’un des principaux espaces verts de la commune. Localisé à proximité du cimetière municipal et de la gendarmerie nationale, il accueille également le monument aux morts.