Hésingue
Histoire d’Hésingue
Hésingue est une commune de Haut-Rhin, en Grand Est, qui compte 2 859 habitants. Le nom de la commune est attesté sous les formes Hassinga en 831, Hesingin en 1234. Il s’agit d’une formation toponymique médiévale germanique en -inga > -ingen, précédé comme c’est généralement le cas pour ce type toponymique d’un nom de personne, ici le nom de personne germanique Hasso, comme l’indique la forme la plus ancienne. Cet anthroponyme est attesté dans les noms de personnes de l’ancienne Gaule.
La forme -ingue montre une francisation graphique du suffixe.
L’origine de la localité de Hésingue serait à chercher à l’époque gallo-romaine mais diverses découvertes archéologiques témoignent d’une occupation du site à l’âge du bronze (1500-700 ) et même dès le Néolithique (5000-3800 ). Avant l’époque romaine, la région fut occupée par les Celtes et notamment par la tribu des Rauraques. Parmi la noblesse villageoise on peut citer Hezilone de Hesingin vers 1234, Conradus de Hesingen en 1284, Meyer Johans von Hesingen « der munzer » en 1297, le chevalier Richard von Hesingen en 1359. Mais c’était la famille noble Zu Rhein qui fut le plus intimement liée à l’histoire de Hésingue. En mai 1253, l’abbaye de Murbach donna ses biens de Hésingue, y compris la cour dîmière, en fief à Jean Zu Rhein et au chevalier Otto Schaler bourgmestre de Bâle. Jean Zu Rhein était le fondateur de la branche Zu Rhein de Hésingue. Originaires de Bâle et comptant parmi les principaux vassaux de l’évêque de cette ville, les Zu Rhein y détenaient aussi des biens d’église. De nombreuses maisons religieuses et couvents, surtout bâlois, avaient également des possessions à Hésingue.
En 1349, la peste noire qui ravageait toute l’Europe se déclara dans la région. L’épidémie ne prit fin qu’en 1352, laissant des milliers de morts ( à Bâle). Le 18 octobre 1356, un grand tremblement de terre secoua Bâle et sa région, faisant probablement souffrir le château de Hésingue comme de nombreux autres châteaux de la région bâloise et du Sundgau. En 1379, l’évêque de Bâle inféoda les débris du château de Waldeck (Leymen) ruiné par le tremblement de terre, avec toutes ses dépendances aux frères Fritscheman et Hertrich Zu Rhein de Hésingue. Le moulin de Hésingue est mentionné pour la première fois dans un acte de vente en 1379. En 1401, l’écuyer Frytschemann Zu Rhein possédait la moitié des étangs, des bois, des gens de la cour, de la cour dîmière, de la dîme, de la basse justice et du moulin de Hésingue ainsi que la totalité du droit de collation. Le 29 janvier 1633, les 48 meneurs furent pendus à trois arbres le long de la route menant vers Bâle, près de Hésingue (une gravure du musée de Huningue illustre l’évènement). En cette année 1633, le commissaire royal suédois voulut incorporer le village de Hésingue dans la seigneurie de Landser occupée par les troupes suédoises et les sujets prêtèrent serment au roi de Suède non sans déclarer qu’ils étaient sous la domination de l’abbaye de Murbach.
La répression et la dévastation touchèrent le village et lorsque les Suédois redevinrent maîtres du Sundgau, de nombreux Sundgauviens dont 37 Hésinguois trouvèrent refuge à Bâle. La famine s’installa poussant même les gens à se nourrir d’animaux crevés. Puis ce fut la peste qui éclata la même année et décima une grande partie de la population. En 1635, l’armée de Henri de Rohan éleva son camp près de Hésingue et Hégenheim, et pilla de nombreux villages dans les environs. L’occupation par les troupes françaises se traduisait par de nouveaux impôts et les établissements religieux furent pillés et incendiés, entraînant une grande misère de 1643 à 1647. Pendant cette guerre, le village a dû payer écus aux occupants suédois, 800 aux troupes françaises et encore une fois aux Français après le départ des Suédois. Le conflit s’acheva en 1648 avec la signature du traité de Westphalie qui vit passer tous les biens et droits de la Maison d’Autriche en Alsace à la Couronne de France. Le Sundgau de l’après-guerre de Trente Ans était un champ de ruine où régnait la misère et la désolation.
Les terres étaient abandonnées; incendiés et pillés, les villages s’étaient vidés de leur population et en 1648 Hésingue ne comptait plus que 46 foyers. Ces années de malheurs restèrent gravées dans la mémoire populaire et au siècle dernier, les vieilles personnes évoquaient encore « D’r Schwedakriag ». En 1662, un édit de l’intendant d’Alsace Colbert de Croissy invita les Français des autres provinces et les étrangers à venir s’implanter dans la région, sur les terres abandonnées afin de redresser l’économie de l’Alsace. Le régime de faveur promis aux nouveaux arrivants provoqua une forte immigration en provenance du Palatinat, du Tyrol et de la Suisse alémanique. En 1665, le prince abbé de Murbach, Colomban d’Andlau, fut déposé en raison de son manque de docilité à l’égard de la France et exilé à Hésingue où il résida au château jusqu’à sa mort en 1707. Le août de la même année, le comte Philippe Eberhard Joseph de Löwenstein-Wertheim prince du Saint Empire, abbé commendataire des abbayes de Murbach et de Lure, fut ordonné prêtre en son château à Hésingue. Le traité de Westphalie ne marqua pas la fin des hostilités pour la Haute Alsace et dès 1673, Louis XIV engagea la France dans une nouvelle guerre contre l’empire et les villes impériales d’Alsace. Durant cinq années, l’Alsace avait à nouveau à souffrir de pillages, d’incendies et de contributions de guerre.
Au printemps de l’année 1674, Turenne arriva avec les troupes françaises dans la région frontalière où son armée campa au nord-est de Hésingue, pour garder la rive gauche du Rhin. En octobre 1676, ce fut François Henri de Montmorency-Bouteville, duc de Luxembourg et maréchal de France, qui fit camper ses troupes à proximité de Hésingue. Ainsi Bâle connut un nouvel afflux de réfugiés dont 87 venant de Hésingue. En juillet-août 1677, Hésingue devint le quartier général français des armées du général Monteclar qui menaçait Bâle. Le 5 février 1679 fut signée la paix de Nimègue qui confirma l’appartenance de l’Alsace à la France et la seigneurie territoriale de Murbach dont Hésingue fit partie fut rattachée à la France en 1680. Entre 1680 et 1691, à l’époque de la construction de la place forte de Vauban à Huningue qui vit la naissance de nouvelles localités comme Village-Neuf ou Saint-Louis, une nouvelle route, la « Hohe Strasse », fut construite à travers le Sundgau. Celle-ci débouchait sur Hésingue et devait relier Belfort à Huningue. Lorsqu’en 1681 le receveur général du Sundgau L’Hermine visita la contrée, le château de Hésingue « grand et commode » était abandonné et démeublé.
À partir de 1701, le château et les biens seigneuriaux seront loués à diverses personnes. Dans la nuit du 12 au 13 avril 1744, le château fut en grande partie dévoré par les flammes, sinistre dû à la négligence d’un cavalier du Régiment de Beaucaire, en cantonnement à Hésingue pendant la guerre de Succession d’Autriche et qui à la suite d’un délit se trouvait dans les geôles du château. En 1751, la communauté de Hésingue demanda à être détachée du bailliage de Landser pour être rattachée à celui de Ferrette, ce qui prit effet au janvier 1752. Selon le souhait des paroissiens, l’église « trop petite pour contenir la communauté nombreuse de Hésingue », fut rebâtie à partir de 1758 et consacrée le 12 juin 1773. Ironie de l’histoire, après avoir résisté et avoir été systématiquement reconstruit pendant cinq siècles, le château de Hésingue disparaît à la suite d’un incendie criminel en 1744. Le château, servant de prison, accueille des soldats du régiment de Beaucaire mis aux arrêts. Ces derniers, afin de pouvoir s’échapper, y mettent le feu. Sous la Restauration et le Second Empire, la commune de Hésingue était qualifiée comme étant l’une des plus pauvres de l’arrondissement de Mulhouse.
Lorsqu’en 1837 il fut décidé de prolonger la ligne de chemin de fer Strasbourg-Mulhouse vers Bâle, Hésingue demanda que la ligne n’emprunte pas son territoire, « pour conserver des terres de bonne qualité ». En 1867, une nouvelle mairie-école (l’actuelle mairie) put enfin être construite, alors que cette nécessité avait déjà été reconnue dès 1814 car l’ancienne maison commune menaçait ruine. Lorsqu’en 1871 l’Alsace-Moselle fut annexée par l’Allemagne, un certain nombre de natifs de Hésingue émigrèrent, choisissant la France comme patrie. En 1900, la commune comptait. Peu après le début du, un effort de modernisation fut entrepris. Le Kreisdirektor proposa de faire installer l’eau courante, mais le village refusa, préférant des fontaines supplémentaires. La question de la canalisation de l’eau occupa les délibérations pendant 29 ans. On parlait d’installer l’électricité, ce qui sera fait en 1913.
Le gaz aussi était un sujet en débat aux séances du conseil municipal. En 1902, on parlait d’une nouvelle mairie et d’une nouvelle école. Il était également question d’un projet de ligne de tramway « Bâle – Allschwil – Hégenheim – Hésingue – Saint-Louis – Bâle », mais la réalisation de ces projets sera empêchée par la guerre. Peu avant la Guerre 1914-18, une fraction sociale-démocrate manifestant des tendances anticléricales et une opposition à l’empereur Guillaume II, s’installa au conseil municipal. Au mois d’août 1914, lorsqu’éclata la guerre, un combat entre une patrouille allemande et une patrouille française dont chacune perdit un homme, eut lieu à Hésingue. Dès l’automne 1914, une clôture en barbelé électrifiée allant du Rhin jusqu’au Jura alsacien fut posée, créant une zone neutre le long de la frontière suisse. Un poste de passage se trouvait à Hésingue et le village voisin de Hégenheim se situait dans la zone neutre. De nombreux hommes valides du village ont été mobilisés dans l’armée allemande.
Cinquante militaires hésinguois sont tombés au champ d’honneur pendant la Grande Guerre. Leurs noms sont gravés sur le monument aux morts en grès, qui a été inauguré en 1924. Les familles hésinguoises fortement touchées en termes de victimes militaires sont les familles Christen et Wicky. Le monument fut restauré en 1954 et doté de nouvelles plaques portant les noms des tués 1939-1945. En 1918, l’Alsace redevint française mais les problèmes restaient les mêmes que ce qu’ils étaient avant le premier conflit mondial. L’époque d’entre-deux-guerres se caractérisa par une grande pauvreté et beaucoup de chômage. Le conseil municipal de l’après-guerre était socialiste et anti-clérical ce qui engendra beaucoup de tensions avec le curé. Dans le cadre de l’édification de la ligne Maginot entre 1929 et 1940, le village de Hésingue fut organisé en centre de résistance avec une quinzaine d’ouvrages bétonnés, fossés antichar et réseaux barbelés.
Après le deuxième conflit mondial, Hésingue adhéra selon décision du conseil municipal du 12 juillet 1946, à la création de la « Région française de Bâle ». L’adhésion à ce groupement d’urbanisme de Bâle-Huningue s’explique par l’intérêt direct de la commune aux travaux de l’aéroport de Bâle-Mulhouse auquel elle décida de céder 165 hectares pour la construction des pistes.