Le Bono
Histoire du Bono
Le Bono est une commune de Morbihan, en Bretagne, qui compte 2 581 habitants. Cette formulation dépourvue d’article est probablement due à une simple erreur de plume lorsque l’arrêté préfectoral a été retranscrit au Journal Officiel. Les textes de lois utilisaient généralement « Bono » bien que la variante « Le Bono » ait pu coexister.
La variante avec l’article défini, d’un usage habituel, était celle retenue par le site officiel de la mairie, et était utilisée par différentes institutions et administrations (conseil régional de Bretagne, conseil général du Morbihan, préfecture du Morbihan, Golfe du Morbihan – Vannes agglomération, etc.) ainsi que par les médias (Ouest-France, Le Télégramme, Le Mensuel du Golfe du Morbihan, etc.) et par la signalisation routière bilingue. Par décret du 12 septembre 2022. Bono viendrait du mot breton ar bonn (pluriel bonnoù), « la limite » ou du mot gallo bono, signifiant « marécage ».
Le tumulus de Kernours date du Néolithique (daté vers ); il est entouré de tombelles de l’âge du fer. Varin évoquent en 1853 « le Rocher, ou plutôt Men-Druec, jolie maison de campagne bâtie dans une admirable position, sur le point culminant d’une petite presqu’île, au confluent des deux rivières de la Sal et du Loc’h. Pour la construire, on a été obligé de détruire plusieurs menhirs et le beau dolmen de Men Druec (la pierre druidique), qui a donné son nom à ce promontoire. Dans une lande qui l’avoisine s’élève le petit barrow de Men-Druec ». En 1865 l’acquéreur d’une lande au lieu-dit Le Rocher écrit au Journal des débats politiques et littéraires pour indiquer les trouvailles archéologiques qu’il y a faites, notamment quatre réduits formés par des amoncellement de pierres ayant suvi l’action du feu et contenenat divers objets en bronze, dont une vingtaine de bracelets, puis une tretaine d’autres découverts un peu plus tard. En 2013, une fouille préventive menée par l’Inrap, sous la direction de Laurent JUHEL, a pu mettre en évidence la présence à l’emplacement de la ZAC Mané Mourin de vestiges archéologiques du Néolithique et de l’âge du Bronze. L’une d’entre elles a livré un petit vase. L’emprise de cette fouille archéologique se situe directement à l’est de l’enclos paroissial, de part et d’autre de la rue Édouard Herriot.
Une voie romaine venant de Vannes aboutissait près du Bono, permettant de rejoindre le pont romain de la pointe de Kerisper (en Pluneret) et compléter ainsi la communication entre Vannes et Locmariaquer. Varin, cette voie romaine traverse la partie sud de la commune de Plougoumelen: venant de Vannes par la route d’Auray, traversant le bourg de Baden, elle entre par le sud dans la commune de Plougoumelen, passant par les villages de Kerléan, Mané-Guen, du Mané (ou de la Montagne), de Kerbihan, pour aboutir au hameau du Bono. « Pour joindre le pont romain de la pointe de Kerisper, et compléter ainsi la communication entre Vannes et Locmariaquer, on suppose qu’un pont romain, aujourd’hui détruit, devait exister au hameau du Bono et traverser la Sal ». En fait, selon Gustave de Closmadeuc, la voie romaine traversait l’Hérius (nom que portait alors la Rivière d’Auray) grâce à un pont, situé entre Kerentrech (le « village sur le passage » en breton) et Kerdrech (« village du passage » en breton), en aval du pont-aqueduc, dit « pont de César » (appelé à tort par le passé « pont des Espagnols »), situé entre les pointes de Kerisper et de Rosnarho (cette dernière en Crach); plusieurs poutres encore subsistantes de ce pont en bois furent retirées de la Rivière d’Auray en 1755. (paroisses de Plougoumelen (incluant Le Bono) et Pluneret). Ancienne propriété des moines de Saint-Gildas-de-Rhuys, le domaine du Bono fut vendu avec « maison, édifice et terre de passage d’eau » au chevalier Pierre de Montigny, seigneur de Kerisper le. Les droits du passage d’eau permettant de franchir la Rivière du Bono, qui était aussi la propriété de ces moines, fut également vendu à Pierre de Montigny; la famille de celui-ci en resta propriétaire jusqu’à la construction du premier pont. Le manoir de Kerderian [Kerdréan] appartenait à Éon de Coët-Consout.
En mai 1802 des officiers chouans de la légion d’Auray (commandée alors par Vincent Hervé, dit « La Joie », de Plougoumelen; Marc Le Guénégal, qui habitait le manoir de Kerdréan, en était membre) embarquèrent clandestinement, certains à partir de Kerderf (Kerdrec’h), alors en Plougoumelen (désormais en Le Bono), dans la Rivière d’Auray à destination des Îles anglo-normandes. La construction d’un pont, dit « Pont Marie », est décidée au cours du conseil municipal d’Auray. D’une valeur de francs, ce pont suspendu bénéficie d’une subvention royale de Louis-Philippe de francs. La technologie des ponts suspendus étant encore balbutiante, ce pont, dont la construction est approuvée par ordonnance royale du 22 mai 1837, est construit par le sieur Le Pontois moyennant la concession d’un péage pendant; il est achevé en 1840 et il subira de nombreuses périodes de fermetures pour réparations diverses (il fut fermé entre 1865 et 1867 en raison des dégâts provoqués par une violente tempête). Ce pont permettait aux habitants de Plougoumelen de se rendre à Auray sans prendre le chaland: par exemple au début du XIXe sièc Au début du, il n’y avait autour du port qu’un petit village de pêcheurs dont les maisons uniformes, les, étaient groupées le long d’un capricieux réseau de ruelles étroites et souvent pentes; les « forbans », exclusivement armés pour la pêche, étaient une centaine à mouiller dans ou à proximité du port. Dans ces chaumières de deux pièces dotées au pignon d’une loge à cochon on vivait chichement.
Dès la fin de l’hiver, les hommes sortaient en baie de Quiberon sur leurs chaloupes non pointées à deux mâts, avec un foc, une misaine et une grande voile quadrangulaire, armées au chalut à perche; l’équipage était composé de trois ou quatre hommes: le patron, les matelots et un mousse. Ces bateaux, arrondis à l’arrière, dont la première description remonte à 1847 (mais on en construisait déjà à la fin du XVIIIe siècle), étaient appelés « forbans », nom qui devint aussi le surnom des habitants de ces « pen-ti » vivant de façon marginale aux yeux de leurs voisins. Au retour de pêche, les femmes, poussant leur brouette, s’en allaient vendre ou parfois troquer leur poisson dans les villages environnants. Afin de subvenir aux besoins de la famille, elles cultivaient quelques rangs de pommes de terre, des légumes et élevaient quelques volailles dans de petits jardins. Durant l’été, les « Forbans » prenaient leurs quartiers au Croisic, au Pouliguen, à Belle-île ou à l’Île d’Yeu. En hiver la majorité d’entre eux restait échouée bord à bord à l’abri du port. Bono a compté jusqu’à 400 marins et une centaine de bateaux: ils étaient si nombreux que la place pour les accueillir manquait dans le port et certains devaient s’amarrer en face sur la rive droite du Sal. Ce cimetière de bateaux est situé sur la rive droite de la Rivière du Bono, donc en Pluneret, mais concerne d’anciens bateaux du Bono.
Au début du XXe siècle le port du Bono était trop petit pour accueillir la centaine de « forbans » (bateaux de pêche) pratiquant le chalut à perche dans la Baie de Quiberon, les Coureaux de Belle-Île, le Mor-Braz et allant même pour quelques-uns jusqu’à l’Île d’Yeu; ce type de pêche fatigue vite ces chaloupes non pontées dont la durée de vie n’excède guère la dizaine d’années. Lorsque la Première Guerre mondiale éclata, de nombreux « forbans » furent mis à l’abri des vents dominants, en attendant des jours meilleurs, dans l’Anse du Govillo; mais la longueur de la guerre fait que lorsque la paix revint, beaucoup de ces chaloupes ne furent plus en état de naviguer et leurs épaves furent abandonnées sur place, en bordure de ce coin de forêt dénommé « Corn er Hoet » par les habitants du coin. Ce cimetière de bateaux a été utilisé jusqu’au début du XXIe siècle: par exemple le Jean-Marc l’a rejoint en 1985, l’ Arche d’Alliance depuis 2001 et l’ Aimons-nous depuis 2005. Au XIXe siècle (et certainement bien avant) le Sal et la Rivière d’Auray offraient une suite presque ininterrompue de gisements naturels d’huîtres plates et autres coquillages, allant de Sainte-Avoye et du Plessis à la pointe du Blaire. Dès 1865 des chantiers ostréicoles commencent une activité d’élevage de naissains d’huîtres plates, expédiés dans tout le Golfe du Morbihan et jusqu’à la côte nord de la Bretagne pour achever leur croissance. Vers 1900, on compte environ 200 chantiers familiaux le long de la rivière du Bono, chacun équipé d’un escalier de quelques marches pour accéder à la ria. Toujours au début du, les travaux de Coste et De Bon sur la reproduction et le captage des huîtres ont permis au Bono de participer à la naissance de l’ostréiculture. Chaque famille possédait quelques milliers de tuiles destinées au captage du naissain.
Ces petits chantiers ostréicoles occupaient essentiellement les femmes, les enfants en âge de prêter la main et les retraités. Avant Pâques, marquant le début de la saison de pêche, la « drague » des huîtres sur les bancs naturels des rivières d’Auray et du Bono apportait l’argent frais sur lequel on comptait pour payer le boulanger. Les épizooties de Marteilia refringens déclarée en 1974, puis de Bonamia en 1980 ont décimé la quasi-totalité des gisements d’huîtres plates de la région, amorçant le déclin de l’ostréiculture locale que l’introduction de Crassostrea gigas n’a pu enrayer. Aujourd’hui subsistent encore de nombreuses traces de cette intense activité: terre-pleins et cabanes se dégradant sous les herbes folles, bassins disparaissant sous la vase. Mais au début des années trente, après des essais peu concluants de motorisation de leurs bateaux et la difficile traversée de la crise économique, les pêcheurs bonovistes se sont tournés vers les chalutiers de La Rochelle, de Lorient puis de Concarneau ou vers la marine de commerce où beaucoup d’entre eux ont excellé. Un vœu en faveur d’un projet de construction d’une ligne de chemin de fer à voie étroite allant d’Étel à Vannes en passant par La Trinité-sur-Mer, Crach, Le Bono, Baden et Arradon, qui aurait nécessité la construction de plusieurs ouvrages d’art, fut voté en 1916 par le Conseil général du Morbihan, mais ce projet n’aboutit pas. N’étant pas encore une commune indépendante lors des deux guerres mondiales, les morts pour la France du Bono pendant celles-ci sont recensés avec ceux du reste de la commune de Plougoumelen. La commune a toutefois érigé, une fois son indépendance communale obtenue, un monument aux morts.
Une école de pêche ouvre au Bono en 1927; c’est la seconde du Morbihan après celle ouverte à Groix en 1895. La paroisse du Bono est créée en 1936. Le Bono était autrefois un des hameaux de la commune de Plougoumelen. L’essor de la pêche dans la seconde moitié du marqua le début des différences culturelles entre Le Bono et Plougoumelen, la population de Plougoumelen étant essentiellement rurale, et le port du Bono étant constitué d’une communauté de pêcheurs. Dès 1887, Le Bono obtient une école publique. En revanche, il n’existe pas de paroisse près du port du Bono avant 1936. En 1893, Le Bono obtient une boîte aux lettres et réclame en 1903, la création d’une recette auxiliaire. En ce début de, les différences s’accentuent avec l’apparition du français répandu dans les villes et les ports, tandis que les campagnes restent bretonnantes.
En 1905, une pétition demandant l’autonomie du Bono est soumise au conseil municipal de Plougoumelen. En 1913, le conseil municipal reconnaît qu’il y a lieu de réfléchir à l’érection de la commune du Bono sans pour autant aller en ce sens. En 1925, l’apparition de l’électricité est sujet d’une nouvelle discorde. Devant profiter initialement au seul bourg de Plougoumelen, l’électricité est finalement disponible dans tous les hameaux de la commune. En 1936, la création d’une paroisse appelle naturellement la création d’un cimetière, mais ce cimetière ne sera ouvert qu’en 1946. Les élections d’avril 1945 vont changer considérablement le statut de ce lieu puisque pour la première fois Le Bono est plus peuplé que Plougoumelen: Le Bono regroupe alors les deux tiers des habitants de la commune. Ainsi le, Joseph Le Clanche ostréiculteur au Bono, est élu maire de Plougoumelen et la question du détachement du Bono de la commune de Plougoumelen est aussitôt posée: « Vu l’importante agglomération de la population du Bono, située à quatre kilomètres du bourg et s’accroissant rapidement, le Conseil municipal demande à Monsieur le Préfet de bien vouloir ériger en commune la section du Bono comportant actuellement ». Une fois les limites territoriales des deux communes définies, la création de la commune du Bono prend effet le.
Le conseil municipal de Plougoumelen est dissous et de nouvelles élections désignent Joseph Le Clanche premier maire du Bono. L’église paroissiale Stella Maris est construite grâce aux dons de nombreux paroissiens entre 1956 et 1966; elle est de style néo-roman; elle est en pierres de taille, mais avec une structure métallique; les vitraux sont de Job et Michel Le Guével et la statue de Notre-Dame-des-Flots est due au sculpteur Jouannic, d’Auray. Le pont construit entre 1869 et 1871, bien que le tablier et les câbles aient été renforcés notamment en 1925 pour faire face à la circulation automobile naissante, était devenu totalement inadapté au trafic routier moderne (le platelage est refait en 1965 mais l’accès du pont est limité aux véhicules de moins de ), le département du Morbihan décide la construction d’un nouveau pont: les travaux sont achevés en 1969 et est dénommé pont Joseph Le Brix. Le vieux pont est incorporé à la voirie communale en 1973, inscrit aux Monuments historiques en 1997, mais sa vétusté oblige à le fermer à la circulation en 2003; il est restauré à l’identique en 2005. De nos jours le tourisme et la navigation de plaisance ont supplanté la pêche et l’ostréiculture dont il ne reste que des vestiges et quelques survivances.
Patrimoine religieux
Le port du Bono est situé en bordure de la rivière. Le site est une ancienne anse bordée d’une chaîne rocheuse. Le port, qui assèche à marée basse, a été construit en 1916. Le Notre Dame de Béquerel, est une réplique de 1992 du « forban », gréement traditionnel de pêche typique du port du Bono. Le tumulus de Kernours, qui est de type « coudé » ou en « équerre », a été érigé vers 3000 av.
Il est l’un des sept tumulus connus de ce type, que l’on retrouve tous entre les estuaires de la Loire et du Blavet. Il est le seul des sept à avoir conservé son tertre (butte recouvrant le tumulus), lequel mesure de haut et de diamètre. L’entrée du tumulus est orientée en direction du solstice d’hiver et donne dans un couloir de constitué alternativement de mégalithes et de pierres maçonnées. Au fond de ce couloir, on peut observer une chambre mortuaire de de long. Sur cinq des piliers supportant la voûte, le tumulus est orné d’une idole en forme de seiche caractéristique des constructions du néolithique.
a avancé l’hypothèse qu’il s’agirait du totem d’une tribu maritime. Restauré en 2006, le vieux pont suspendu du Bono est l’un des deux derniers ouvrages de ce type encore en service en France. Chapelle située entre Le Bono et Plougoumelen, Notre-Dame de Becquerel est un édifice. L’autel a été construit sur une source, probablement lieu de culte antique car on prêtait à cette eau une vertu curative contre les maux de bouche. La chapelle, l’enclos et la fontaine , implantée directement dans le mur de la chapelle, sont classés à l’inventaire des monuments historiques depuis 1925.
Notre-Dame de Béquerel est un ancien lieu de pèlerinage, où on venait pour retrouver le corps d’un marin disparu ou avoir des nouvelles d’un proche parti au loin. Actuellement, une association de protection de la chapelle assure son renouveau par l’organisation de pardons, messes et événements culturels (concerts).